Le monde des ésotéristes n’est pas semblable à celui du commun. Quoiqu’ils vivent sur la même Terre, qu’ils se promènent dans les mêmes rues,
qu’ils arpentent les mêmes forêts, les deux personnes, magicien et commun, marchent dans deux mondes différents.
Qu’est ce qui les différencie ? La vision, le regard porté sur le monde. La conscience, pour l’ésotériste, de cette vérité énoncée dans Hamlet : « Il y a plus de choses dans le ciel et sur la terre, Horatio, que n'en rêve votre philosophie. ».
Pour l’ésotériste, le monde est vivant, peuplé d’une foule d’êtres invisibles, intermédiaire entre le monde matériel grossier et le monde divin inaccessible au sens les plus subtils.
Un monde juxtaposé au nôtre, juste derrière le voile fragile de la réalité quotidienne. Le chamane sibérien et le prêtre shintos y rencontrent les esprits de la nature, ce que d’aucun nomme les elfes ou les fées, sortes d’énergies semi consciente, d’âme collective chargée d’organiser la vie végétale et minérale.
Le sorcier amazonien y trouvera les esprits animaux, protecteurs totémiques de la famille et du clan.
Le devin afro-chrétien y parlera avec l’esprit de morts et des saints, lorsque ceux-ci le chevaucheront et qu’ils pourront, via la transe, entrer en contact avec la communauté.
Le mage païen va tenter de coopérer avec les dieux, ces super maîtres d’œuvre au service du Grand Architecte.
Les mages occidentaux qui soulèveront le voile tenteront d’y rencontrer les anges, insaisissables et lumineux messagers de la Source.
Certains voient cette conception de l’Univers comme superstitieuse, d’autres comme dangereuse. C’est que, les abords du monde physique ne sont pas sûrs, démons coupés de toute miséricorde souhaitant entraîner les âmes avec eux dans les abîmes, revenants n’acceptant pas leur sort et tourmentant les vivants, forces de la nature sauvages et primitives, les dangers ne manquent pas pour l’apprenti sorcier qui risque de perdre tout à la fois son âme, sa raison ou sa vie.
La magie ? Il existe certaines pratiques, certains gestes et certains mots qui fonctionnent comme des portes, qui ouvrent des ouvertures dans le tissu de la réalité car, comme on le sait aujourd’hui, la réalité n’est pas faite d’un bloc. Elle est multiple et multidimensionnelle. Aujourd’hui, le savant parle de multivers, de dimensions mais le mage médiéval, le kabbaliste invocateur et extatique, connaissent cela depuis la nuit des temps, ils savent que nous ne sommes pas seuls.
L’Eglise se méfie depuis toujours des pratiques qui consistent à ouvrir les portes vers d’autres plans d’existence. Malheureusement, comme souvent, le trop nuit au bien. La méfiance de l’Eglise catholique envers les résidents du monde invisible confine à la paranoïa. Comme le rappel Weill Parot en parlant du Moyen Age : « Toute opération dont on peut soupçonner qu’elle s’adresse d’une manière ou d’une autre à un destinataire qui la prend en charge est à rejeter. Ce type de magie, nous croyons pouvoir l’appeler « magie destinative » puisque le critère essentiel qui la définit est l’adresse à un destinataire intelligent qui, compte tenu de la polarisation du christianisme en ce domaine, ne saurait qu’être démoniaque aux yeux de l’Eglise. L’Eglise institutionnelle était la seule gardienne de l’unique « destinativité » licite : celle qui liait le fidèle à Dieu ou à ses intercesseurs. Elle avait le monopole de cette destinativité faite dans son cadre. Tous les autres rituels, tous les autres procédés destinatifs étaient prohibés car ils étaient adressés directement ou indirectement aux démons. »
Pourtant, quoiqu’en dise l’Eglise par soucis d’exclusivisme mêlé à de la prudence extrême, il est peut-être bon parfois d’ouvrir certaines portes ? (à suivre…)
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