Vendredi 11 décembre 2009
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La roue de la fortune tourne dans le sens
inverse des aiguilles d’une montre, sens de rotation de la Terre.
A gauche, une sorte de démon bestial (un singe dans le Tarot de Marseille) semble chuter, tandis qu’à droite un dieu semblable à Thot (un chien
dans le Tarot de Marseille) s’élève vers un sphinx qui se situe, bien stable, sur un plateau au sommet de la roue.
La roue, c’est le temps et le monde. La roue, c’est l’univers matériel dans lequel l’âme humaine a chuté et qui est lui-même en exil, loin
de Dieu.
Le démon représente le mystère de cette chute et ses conséquences : l’être humain (ainsi que l’Univers tout entier) est désormais soumis au
temps, à la souffrance, à la maladie, à la mort apparente et à l’illusion des sens de chair. Etrange mystère de l’Univers conservant en son sein l’étincelle de son origine divine mais
déchiré par la loi d’entropie, écrasé par la limitation de sa condition !
Face à ce monde où tout est vain, où tout est douleur… Face à ce monde si opposé à l’Eternité de notre nature profonde, on peut, au risque de
caricaturer, dégager cinq attitudes spirituelles possibles : l’indifférence, la résignation, le détachement, l’ivresse ou la transmutation. Bien sûr, au cours de la vie, on passera
souvent d’une attitude à l’autre, parfois même sans s’en rendre compte.
1) L’indifférence est l’attitude la plus commune. Elle est souvent le produit de l’athéisme mais peut être aussi le fait de croyants à
l’ego surdéveloppé ou de personne à la doctrine vague et superficielle. L’indifférence consiste à fermer les yeux, à ignorer ou à vouloir ignorer la roue sur laquelle on se trouve.
L’indifférence caractérise bien notre civilisation occidentale qu’un sociologue pertinent à qualifié de civilisation du « bof ». Elle a souvent comme corollaire le
relativisme : la Vérité n’existe pas (même en tant que concept métaphysique), le bien et le mal n’existent pas, on ne s’engage pour rien, rien ne vaut la peine d’être milité, plus aucune
cause ou idéal ne subsiste. C’est aussi le tout tolérant, l’égalitarisation de toutes les religions, de toutes les philosophies, tout se vaut sans esprit critique aucun, sans
hiérarchisation des valeurs. Une civilisation basée sur ces valeurs est une civilisation qui aspire à exister sur une roue statique, une roue qui ne tourne plus, c’est une attitude
profondément autodestructrice car le statisme l’est toujours.
2) La résignation est celle des âmes guettée par l’acédie, cette étrange maladie spirituelle dont les symptômes sont aussi variés que
terrible : cynisme, déprime, spleen, paresse ou hyper activité. L’âme perd de vue son but sur Terre, ne percevant plus la Lumière, elle est engloutie par la ténèbre, elle ne voit plus
que l’absurde de l’existence qui pèse sur elle comme une chape de plomb. Cette état d’être est considéré comme pêché mortel par la théologie catholique. En effet, pêcher signifie
« manquer sa cible », sous entendu « manquer sa raison d’être », or la raison d’être de l’Homme, c’est rejoindre sa propre nature, c’est à dire Dieu. En se laissant
aller à la résignation, on devient comme le Roi Salomon à la fin de sa vie : aigri, amer, tellement amer que même le goût de Dieu devient insignifiant, sans intérêt.
3) Le détachement est la deuxième attitude dans ce monde en exil. Elle est celle de Siddhârta Bouddha et de ses disciples. Nier
l’illusion, nier la pensée, sortir de maya et du monde, briser le cercle infernal des réincarnations impersonnelles. Le bouddhiste compte sur ses propres forces afin de se parfaire et
atteindre le Nirvana, état ultime du non-être.
4) L’ivresse est l’attitude de celui qui décide de se marier au démon, il fait sien tout les travers de ce monde, y prenant appui afin de se
conquérir un royaume. Désir de puissance, exacerbation de l’ego au détriment d’autrui, mépris du monde, utilisation des autres,… Ivre de puissance, ivre de son ego, celui qui choisi cette
voie n’avance pas vers la Lumière de la Theosis mais vers l’éclat malsain du surhomme nietzschéen menant le plus souvent vers la destruction de lui et de ceux qui l’entourent.
5) La transmutation est l’attitude alchimique proposée par le christianisme en général et par l’ésotérisme chrétien en particulier. Celui
qui marche sur ce chemin, n’est pas seul. Dieu l’accompagne à chaque instant, transformant progressivement, par Grâce, ses vices en vertus, ses faiblesses en forces. Se présentant
devant Dieu avec humilité, c'est-à-dire avec vérité (notion rappelée par la lettre Yod associée à
cette lame), l’être se place d’emblée sur le côté ascendant de la roue. Se faisant, il sait qu’il ne parviendra pas à gravir les rayons seuls, car « avec vérité » il a vu que sa
puissance n’était rien comparée à celle de Dieu, rien comparée à l’état d’avant la Chute. Or, c’est justement cette prise de conscience qui lui donne la force de s’accrocher à la roue qui,
poussée par Dieu, entame sa montée vers le sphinx. Ce sphinx est l’Etre transmuté, l’Etre déifié qui a pu rassembler ce qui est épars en lui. Car nous sommes tous constitués de
plusieurs personnalités, de plusieurs tendances qu’il est souvent difficile de rassembler de façon homogène. Parce qu’il est à la fois Lion, Aigle, Taureau et Homme, le Sphinx est celui qui a pu
faire Un de la multiplicité et se faisant, il se trouve lui-même et en se trouvant lui-même, profondément, essentiellement, il trouve Dieu. Seul et unique but de
l’Humanité.
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