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La Chronique du Lundi : Wall street et l'idéal du monde moderne

L'un des textes fondateurs de l'Europe fut certainement la Fama Fraternitatis, ce manifeste rosicrucien paru en 1614. Nous sommes alors en pleine ébullition des consciences, la Réforme bat son plein et l'aube de la modernité vient de se lever.

Parmi les évolutions proposées par la Fama, on trouve ce passage :

« Il conviendra de fonder en Europe, gravide d'un grand bouleversement et ressentant les douleurs de l'enfantement, une société qui possédât assez d'or et de pierres précieuses pour en faire le prêt aux rois à des conditions intéressantes, qui se chargeât également de l'éducation des princes, et qui sût tout ce que Dieu a accordé aux hommes de savoir. » (Fama in Gorceix, Bible des Rose-Croix, p 6)

Il faut évidemment remettre ce texte dans l'esprit de l'époque. Nous sommes en pleine guerres de religion, l'Eglise Catholique tient à récupérer le monopole de la foi, l'Inquisition sévit et les jésuites tentent de maintenir les consciences dans une poigne de fer. En face, les Princes de l'Europe centrale sont désunis en plusieurs factions protestantes de sensibilité différente et peinent à trouver leur unité face à Rome et aux Rois qui lui sont inféodés. Les manifestes rosicruciens sont alors un véritable plaidoyer pour la fraternité, la liberté de pensée et de religion ainsi que pour une liberté de recherche. Ils proposent une sortie de l'obscurantisme qui règne alors (les cendres de Giordano Bruno ne sont pas encore froides et nous sommes en plein procès Galilée).

Dans ce contexte, l'idée exprimée ici est de sortir de l'autocratie politique et religieuse. L'idéal d'une société d'hommes désintéressés qui seraient initiés aux mystères divins et assez puissants matériellement, non pour prendre le pouvoir, mais pour influencer celui-ci dans la direction d'une modernité fécondée par une spiritualité ouverte. Cette société nouvelle et utopique serait mue par la charité, la solidarité et la recherche de la connaissance spirituelle. Elle offrirait un cadre pacifié aux hommes afin qu'ils puissent accomplir leur destinée ontologique, à savoir la transfiguration de l'être et du monde tout en vivant pleinement sur cette Terre.

Quatre cents ans plus tard, l'idéal de la Fama ne s'est pas réalisé. Certes, il existe bien une société financière qui influe sur le monde politique mais je doute de ses intentions noble, spirituelle ou charitable. Ainsi au mois de février passé, Kevin Roose, un journaliste financier s'est décidé à publier le compte rendu de la soirée annuelle de la société secrète Kappa Beta Phi réunissant les plus grandes réussites de Wall Street dans laquelle il s'est invité incognito. (VOIR ICI).

J'arrête tout de suite les amateurs de conspirations grand guignolesques à deux balles. Ici pas de sacrifices de chats ou de vierges placées au centre de pentacles bizarres. Non, juste une bonne bouffe et un ticket d'entrée qui doit représenter plusieurs mois de salaire de la plupart des lecteurs de ce blog. Durant le repas, les nouvelles recrues (les jeunes loups qui montent) sont conviés à faire un show burlesque style drag queen tandis que les anciens (parmi les plus grands CEO du monde financier) viennent chanter et faire des blagues au micro. Le champagne coule et le foie gras circule, que du bon enfant snob, grossier et vulgaire. Pas de quoi fouetter un chat... Sauf que... Sauf que lorsqu'on lit l'article de Kevin Roose, on se dit qu'on est vraiment à l'opposé de l'esprit progressiste de la Fama.

Passons sur les blagues sexistes et homophobes de mauvais goût qui ne volent pas plus haut que celles d'un comité estudiantin. Plus difficilement, on passera la nostalgie de l'Etat Confédéré esclavagiste dont plusieurs grands patrons reprennent en choeur les chants (une étude récente montre les liens entre le Sud nostalgique des plantations et certains membres de Wall Street passant leurs vacances dans des reconstitutions luxueuses plus vraies que nature où l'on peut se faire servir par des afro-américains – VOIR ICI).

Mais le plus abject de tout est certainement la légèreté avec laquelle, aux dires de Roose, est traité la crise mondiale. Les patrons des grands groupes financiers ayant mis des états sur la paille et des dizaines de millions de gens dans le besoin se réunissent ici pour... en rire. Voire s'en féliciter....

Par de grand guignolesque pour alimenter les fantasmes mais la stupidité de l'indifférence et du cynisme, bref la banalité du mal.

Et que l'on ne me serve pas le couplet raciste anti-américain ou anti-sémite habituel, les monarchies pétrolières du golfe ne sont pas en reste d'horreurs financées de par le monde et nos pratiques bancaires européennes ne valent pas mieux. Peut-être sont-elles même pires et certainement pas innocentes dans la crise Ukrainienne et la tempête qui va peut-être se déchaîner (VOIR ICI).

De tout quoi il ressort, qu'il faudrait certainement changer profondément de système. Non mû par la volonté d'un retour en arrière ou une nostalgie passéiste mais par la nécessité de mettre les valeurs de spiritualité et de charité comme moteur premier de la société. Il serait temps de relire la Fama et les autres grands textes spirituels de l'Humanité afin de s'en servir de fondations pour la construction d'un monde fraternel et libre.

Et pour ceux qui, comme moi, sont des billes en haute finance, voici deux vidéos qui expliquent bien comment cela fonctionne :

Tag(s) : #société, #rose + croix, #banques

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