Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Les langues de l'invisible : de la diversité salvatrice des religions

Il existe de nombreuses langues sur Terre. Toutes cherchent à décrire une même réalité : environnement, sentiments, rêves,... parler permet de faire le lien entre le monde extérieur et le monde intérieur. Mais parler permet aussi de développer l'appréhension du monde et les capacités qui sont potentiellement au fond de chaque individu, c'est grâce à la parole, à la communication, à la formulation et à l'échange qu'on développe le raisonnement, l'imaginaire, la réflexion, l'intelligence.

Mais chaque langue possède sa logique propre, sa cohérence, son fonctionnement propre, et induit un mode de pensée propre. La conception du monde est différente selon qu'on parle et pense anglais, qu'on parle et pense allemand, swahéli, mandarin, hindi ou bantou.

Pour autant, peut-on dire qu'une langue est supérieure à une autre ? Peut-on dire que tel paysage est mieux décrit dans telle langue, que telle langue est plus parfaite, plus proche de la réalité. Bien sûr que non, ce serait absurde. Tout au plus peut-on remarquer que telle phrasé est plus poétique, telle autre plus réaliste, plus emphatique ou plus concis.

Nulle langue ne peut prétendre à détenir la vérité du langage, nulle langue ne peut prétendre saisir la réalité dans son ensemble infini.

Ainsi en va-t-il des religions et des systèmes philosophiques. Une religion est une appréhension du monde invisible, une tentative de décrire des événements, des forces et des concepts dont la source, Dieu, nous sera à jamais inaccessible et inexprimable. Une religion est une tentative pour transcrire la Parole qui vient d'en haut et qui n'est autre que l'acte créateur lui-même, le Fiat originel qui continue à s'étendre dans l'ensemble de l'Univers.

Chaque religion possède sa logique propre, sa cohérence, son fonctionnement propre, et induit un mode de pensée propre. Notre conception du monde diffère selon notre religion et notre spiritualité, selon qu'on croit à la réincarnation ou non, au Samsara ou au Royaume, au Mahabharata ou au Coran, selon qu'on accorde ou non de l'importance à telle institution,....

Comment alors prétendre détenir la Vérité au détriment des autres ? Comment encore croire de manière infantile qu'on possède la voie droite et juste alors que le reste du monde se trouverait dans l'erreur ?

N'est-ce pas la signification de l'épisode de la Tour de Babel : des Hommes tentant d'élever un édifice et parlant un langage unique, une religion unique ?, pour atteindre le Ciel. Orgueil démesuré de ceux qui croient avoir enfermé Dieu et l'esprit humain fait à son image. Orgueil démesuré de ceux qui veulent délimiter l'infini. Dieu ne permet pas l'avènement d'une expression unique de la Vérité qui devient alors limitation. Dieu veut la diversité car seul un kaléidoscope permet de rendre compte de son infinitude.

Comment ne pas se rendre compte que c'est notre différence d'expression et d'appréhension de la même réalité insaisissable qui nous enrichit et que l'uniformisation tant langagière que religieuse serait une perte monumentale ? Comment ne pas prendre conscience que le choc de l'altérité permet l'étincelle salvatrice ?

Dans le même ordre d'idée aucune langue n'est statique, elles évoluent toutes selon l'évolution de la société. Absurde également l'idée de « pureté » de la langue. Tantôt les langues, vivantes, se mêlent et s'entremêlent avec celles auxquelles elles sont confrontées. Tantôt, elles se replient sur elles-mêmes. Mais dans ce derniers cas, elles se sclérosent et disparaissent rapidement.

Et bien, il en va de même pour les religions, par définition toutes limitées à un certain niveau, qui tentent de décrire l'invisible. Elles se mélangent, se fondent, se confondent ou se replient et se condamnent à se calcifier avant de disparaître.

Les religions comme les langues n'appartiennent à personne. Elles sont des expressions évolutives d'une compréhension momentanée de l'Univers et des pourvoyeuses de sens. A ce titre, elles font parties du patrimoine commun à tous et ne peuvent être réclamées par un peuple, un clergé ou une ethnie.

Le syncrétisme est inévitable tout comme est inévitable l'appropriation progressive de certains mots ou expressions exogènes dans la langue de tous les jours.

Certains, trop superficiels disparaissent rapidement, d'autres s'enracinent et deviennent des spiritualités profondes comme par exemple récemment le bahaisme ou le sikhisme.

L'idée d'une pureté dogmatique ou religieuse est aussi nocive qu'irréaliste, aussi dangereuse qu'archaïque. Elle défie tout sens commun, toute connaissance académique de l'histoire des idées car chaque religion est née d'un syncrétisme, d'un apport ou à tout le moins s'est construite sur un substrat pré-existant. Il n'existe pas et n'existera jamais de religion naissant ex-nihilo ou restant immuable car chaque philosophie naissante, chaque Révélation assume le passé, se confronte au présent qui la fait évoluer et s'avance dans le futur qui n'est que mouvance et changement.

Pour conclure, je ne peux m'empêcher de citer ces quelques mots de Mirabeau :

« Je ne viens pas prêcher la tolérance. La liberté la plus illimitée de la religion est à mes yeux un droit si sacré que le mot tolérance qui voudrait l'exprimer me paraît en quelque sorte tyrannique lui-même, puisque l'existence de l'autorité, qui a le pouvoir de tolérer, attente à la liberté de penser par cela même qu'elle tolère, et qu'ainsi elle pourrait ne pas tolérer. »

Tag(s) : #société, #Théologie et spiritualité, #fraternité

Partager cet article

Repost 0