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"Vous serez comme des dieux" : créativité et veau d'or

« Vous serez comme des dieux » dit le serpent menteur, or les Pères de l’Église répètent à foison que « Dieu s'est fait homme pour que l'Homme se fasse Dieu ». N'y a-t-il pas une contradiction à ce qu’apparemment, les Pères professe la même chose que l'Ange déchu ?

Non, car il ne s'agit pas de la même chose. Il y a deux manières d'être comme un Dieu, une manière sainte et une manière impie.

L'un des principaux pouvoirs donnés à Dieu à l'Homme est l'imaginaire et la créativité. Sa première tâche dans le monde encore vierge de l'Eden était de nommer les choses et les animaux.

Cet acte de nommer, d'inventer des noms revient à verbaliser l'existence de l'Univers. En nommant, l'Homme se fait comme le Verbe, il organise, il invente du sens, il informe, il créée. L'Homme est co-créateur avec Dieu.

Chaque création, chaque monde imaginé, chaque univers produit, chaque mélodie, chaque dessin, peinture, photo ou film est une porte ouverte sur l'infinité des Mondes. Chaque œuvre d'art est un trou dans le voile du monde créé, un pont jeté entre différents niveaux de réalité. Car entre le monde sensible et le monde apophatique de l'intuition intellective, il existe un monde intermédiaire. Lieu de rencontre entre la créativité humaine et les images rêvées par Dieu. C'est dans ce monde imaginal, pour reprendre le terme d'Henri Corbin, ce monde des archétypes et des symboles que va puiser le prophète. Or chaque artiste véritable, chaque poète est un prophète.

Pour le christianisme, la matière fut créé bonne dès les origines et fut sanctifié par l'Incarnation. Tout art possède en lui une capacité de sanctification. Les chrétiens orientaux expriment cela à merveille dans l'art de l'icône qui loin d'être purement esthétique est une véritable porte ouverte sur le Royaume : « Dans l'icône, il s'agit de montrer cette présence, et toute l'ambiance humaine et cosmique autour d'elle, saturées de la paix et de la lumière divines. Le corps et les vêtements sont éclairés de fines hachures blanches ou dorées, animaux, plantes et rochers stylisés selon une sorte d'essentialité paradisiaque ; les architectures, toujours en arrière-plan, deviennent un jeu surréaliste, défi à la pesanteur de ce monde. » (Olivier Clément, Anachroniques, Desclée de Brouwer, 1990, pp 153-154)

Icône ou non, tout l'art : la calligraphie, l'architecture, les sons, l'écriture, l'image, l'acte de créer et l'acte de recevoir la création d'autrui ont une vertu libératrice. Ils participent d'une tension vers ineffable et tissent des liens numineux entre les êtres.

Or ce pouvoir créateur divin peut-être dévoyé. La différence tient dans les motivations. Si le veau d'or et son adoration suscite tant la colère de Dieu, ce n'est pas par un réflexe de jalousie infantile de Sa part mais bien parce que l'enjeu est grand. En construisant le veau d'or et en l'adorant, l'homme n'ouvre pas la porte de l'infini. La statue adorée pour elle-même ouvre sur le néant, sur l'absurde. Cette création humaine est inachevée, non sanctifiée. Au lieu d'être un pont menant vers les cieux, elle est un mur bloquant l'horizon, définition même de l'idole.

Le veau d'or est créé non comme un symbole archétypal des réalités divines, non comme un reflet de la Beauté, non comme un support à la réflexion, non comme une histoire exaltant les vertus, non comme une expression d'un transport ou d'une émotion, mais comme un dangereux miroir aux alouettes hypnotisant et capturant les âmes.

Il est évident que la publicité relève de cette logique d'emprisonnement.

Dévoyée à des fins de pouvoir, de mercantilisme, d'exacerbation des instincts primaires, la créativité devient diabolique au sens premier de ce mot : elle sépare l'Homme de sa Source, elle distrait l'épouse du Bien Aimé, retardant les noces sacrées.

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