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La redécouverte de l'Antiquité au XVIIIe siècle (1/2) : Bernard de Montfaucon

Le renouveau de l'ésotérisme va toujours de pair avec la redécouverte de l'Antiquité. Ceci est logique car l'ésotérisme plonge toujours ses racines dans la Tradition la plus ancienne tout en cherchant à la renouveler, à la réactualiser. Au XVIIIe siècle, Bernard de Montfaucon et le Comte de Caylus, quoique non lié au mouvement ésotérique, furent à l'origine de ce renouveau.

Entre 1719 et 1724, Bernard de Montfaucon publie l’Antiquité expliquée et représentée en figures sous forme de quinze grands in-folio. Une partie de ce gigantesque travail est consacrée aux antiquités grecques et romaines. En ce qui concerne les antiquités égyptiennes, Bernard de Montfaucon va rassembler dans son ouvrage et illustrer toutes les œuvres d’art qu’on considérait comme égyptiennes à l’époque. Toutes les collections publiques et privées sont étudiées. Certains grands monuments égyptiens ou du moins l’image que s’en fait l’auteur sont aussi représentés. Montfaucon est intéressant à plus d’un titre. En premier lieu, son encyclopédie est significative de la curiosité naissante vis-à-vis de l’ensemble des civilisations antiques. Montfaucon parle de tout, il veut tout montrer : les Grecs, les Romains, les Egyptiens, les Arabes, les Phéniciens, etc… En ce sens, il représente cette volonté de connaissance universelle qui ne cessera de se développer durant tout le XVIIIe siècle. Deuxièmement, il incarne les sentiments et les goûts esthétiques d’une société méfiante vis-à-vis de tous ce qui s’éloigne du classicisme. Ces sentiments à l’égard des oeuvres égyptiennes s’expriment comme suit : « Les Isis que nous avons données jusqu’à présent sont la plupart d’un goût Egyptien ; goût si marqué et si bizarre en même temps, que non seulement dans Isis mais aussi dans toutes les idoles et les figures de ce pays on le reconnaît sans peine. Les Grecs & les Romains qui adoptèrent les dieux Egyptiens, donnèrent à Isis et aux autres dieux une forme plus supportable. Il est vrai que Rome s’opposa longtemps à l’introduction des ces monstrueuses divinités. » (Montfaucon 1722, 6, 282).

Cette prise de position se ressent lorsqu’on regarde les gravures de l’Antiquité expliquée. Il n’y a pas de volonté de représenter les objets égyptiens en tant que tel. Ils sont dessinés dans un étrange syncrétisme d’éléments égyptiens, grecs et romains. Par exemple, à la page 314, on trouve une stèle où est censé être gravé Anubis, « ce dieu à tête de chien », à la place de sa tête de chacal, il se retrouve affublé d’une tête de chien aux oreilles poilues et tombantes à la manière des épagneuls. « C’était le Mercure des égyptiens », de fait, il tient un caducée dans la main droite. Ses vêtements ont le drapé romain et une feuille de vigne recouvre ses parties génitales. On pourrait penser qu’il s’agit de la représentation d’un objet égypto-romain mais les motifs gravés autour du dieu n’appartiennent à aucune époque, ils sont dans la lignée des représentations hiéroglyphiques du XVIe siècle.

Comme ses prédécesseurs antiquaires, Montfaucon se doit d’étudier la Table d’Isis. Toutefois, il reste prudent et se contente de la reproduire et de décrire : « Cette table générale de la religion et des superstitions de l’Egypte. » (Montfaucon 1722, 6, 340). Il reste prudent, ne tente pas d’explication et d’interprétation partant du principe que : « C’étaient des mystères qu’on ne pénétrait qu’après avoir été longtemps initié par les prêtres égyptiens. » Il a pourtant lu le père Kircher mais estime que : « son commentaire est d’une obscurité qui ne cède guère à celle de la table même. » (Montfaucon 1722, 6, 342).

Montfaucon, par son travail annonce celui du Comte de Caylus. Comme nous allons le voir, celui-ci sera l’aboutissement du premier, tant par sa facture (les dessins sont beaucoup plus achevés chez Caylus) que dans l’esprit (Caylus a une véritable réflexion de théoricien de l’art contrairement à Montfaucon dont on pourrait voir le travail comme un simple catalogue descriptif d’objets.)

La redécouverte de l'Antiquité au XVIIIe siècle (1/2) : Bernard de Montfaucon
Tag(s) : #Histoires & Légendes, #ésotérisme, #antiquité

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