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La redécouverte de l'Antiquité au XVIIIe siècle (2/2) : Le Comte de Caylus (1692 - 1765)

Des centaines de reproductions d’œuvres égyptiennes ou égyptisantes se trouvent rassemblées dans l'oeuvre du Comte de Caylus. Par rapport à Montfaucon, Caylus reconnaît dans les œuvres égyptiennes non seulement une haute valeur culturelle mais aussi des qualités esthétiques telles que la grandeur, la solidité et la simplicité qu’il érige en exemple pour ses contemporains. Pour Caylus, toutes les civilisations de l’Antiquité ont une base commune : l’Egypte.

C’est vers 1730 que Caylus se met à recueillir des objets antiques aux hasard des ventes et des rencontres avec les brocanteurs. Sa démarche reste originale, Caylus ne collectionne pas, il ne cherche pas à former des séries complètes, il recherche avant tout le « piquant », la singularité. Son but est de retrouver les secrets techniques, les procédés perdus. Caylus se constitue alors une immense collection d’objets de toutes provenances.

En 1742, il est nommé académicien honoraire de l’Académie des inscriptions et belles-lettres. Caylus prend cette fonction très au sérieux et redouble ses études. En 1752, paraît le premier tome du Recueil d’antiquités égyptiennes, étrusques, grecque et romaines. Il s’agit en fait de la publication des objets de son cabinet d’antiques. Ce cabinet ne cessera de s’agrandir avec le temps afin de fournir les pièces nécessaires à la publication des volumes suivants. C’est à Venise par l’intermédiaire de l’abbé Paciaudi que Caylus se fournit en « antiquailles ». Lors de la préparation du quatrième volume, Caylus écrit à son ami : « Je triomphe sur l’Etrusque, mon romain est singulièrement étoffé, l’égyptien va un peu, mais le grec respire à peine. ». A la suite de quoi, Paciaudi lui trouve plus de 297 pièces égyptiennes à Venise.

Caylus fréquentait les milieux artistiques de son temps : Watelet, Piles, Dufresnoy. A son intérêt pour l’art et la progression de celui-ci, se mêle une nostalgie d’un âge d’or artistique que Caylus va d’abord placer à la Renaissance puis dans l’Antiquité. En cela, «L’art et l’archéologie se pénètrent chez lui au point de se confondre et c’est ainsi qu’il incarne, bien plus que tout autre, la double tendance de son temps. » (Rocheblave 1889, 201). Voilà une des grandes innovations de Caylus qui, en intégrant plusieurs sciences, va mêler plusieurs disciplines jusqu’alors cloisonnées. La littérature, l’art, la paléographie deviennent les faces diverses mais analogues d’une seule et même histoire. Caylus rompt avec les critères d’attribution du temps qui voulait qu’une figure nue soit grecque, une figure drapée toujours romaine et que les objets égyptiens ne soient que ceux présentant l’attitude dite « égyptienne ». Quant à l’étrusque, « il s’agissait de tous ce qu’on ne pouvait classer dans les autres catégories. » (Rocheblave 1889, 253).

Ceci est peut-être les premiers essais de théorisation de l’archéologie. Désormais, un objet trouvé en Grèce pourra être reconnu de facture égyptienne.

Très vite, Caylus va placer l’architecture au dessus des autres formes d’art. Il considère que cette forme particulière d’art nécessite un goût plus fin, une plus grande maîtrise. Et naturellement, c’est l’Egypte qui se trouve avoir le mieux maîtrisé l’art de bâtir : « Tout nous apprend que les Egyptiens ont été, de tous les peuples, les plus grand amateurs de l’immortalité…nous ne pourrions, sans injustice leur refuser les plus grandes entreprises et les plus grands moyens que les hommes aient employés… (on est conduit) à une admiration d’autant plus véritable qu’elle est fondée sur la grandeur des idées, sur les prodiges de l’exécution et sur l’immensité des entreprises. » (Caylus 1756, 290 cité par Syndram 1990, 33-4). C’est le début d’une admiration sans bornes pour l’Egypte qui devient peu à peu dans le discours de Caylus la source de tous les arts, l’âge d’or : « Si la vanité humaine veut se déguiser sa faiblesse ; si elle veut connaître par des faits jusqu’à quel degré de force peuvent s’élever les efforts de l’humanité, qu’elle jette les yeux sur l’ancienne Egypte. » (Caylus 1768, 23 cité par Rocheblave 1889, 353)

Vient alors le concept nouveau que dans l’art robuste et massif des égyptiens se cache plus de finesse et de variété qu’on ne serait tenté de le croire. Rappelons qu’à l’époque, l’esthétique égyptienne est plutôt déconsidérée, on pouvait souvent lire des opinions comme celle-ci : « L’ensemble de leurs bâtiments est maussade et rebutant, les détails en sont encore pires. Les architectes Égyptiens ont absolument ignoré l’art de décorer un édifice » (de Goguets 1758, 69 cité par Syndram 1990, 56). Les travaux du Comte de Caylus rompent avec ce point de vue et ouvrent un intérêt pour la Terre des Pharaons qui ne se démentira plus.

La redécouverte de l'Antiquité au XVIIIe siècle (2/2) : Le Comte de Caylus (1692 - 1765)
Tag(s) : #ésotérisme, #Histoires & Légendes, #Art et Culture

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