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L'Orthodoxie selon John Romanides - Thierry Jolif

Thierry Jolif est connu pour ses écrits sur la civilisation celtique, il vient de publier un très beau livre sur les légendes celtiques co-signé avec Alan Stivel et dont j'aurai l'occasion de reparler.

Dans cette conférence, il parle d'un autre sujet important à ses yeux : le christianisme orthodoxe et propose une présentation de la pensée du Père John Romanidès. Celui-ci développe une idée omniprésente en filigrane dans toute la pensée chrétienne : la Chute a provoqué une rupture entre le coeur et le cerveau. Le coeur, centre et fourneau de la vie spirituelle, écrin de la petite étincelle, champ de bataille entre nos pulsions inférieures et notre désir de Dieu, peine à se faire entendre par le cerveau mécaniste fonctionnant sur le mode de la froide raison.

C'est donc ce court circuit qu'il faut s'évertuer de réparer par l'exercice de la prière du coeur et l'ouverture à la Grâce de Dieu. Je ne peux qu'être d'accord avec Thierry Jolif et l'auteur qu'il présente. Seule une praxis peut mener à Dieu (et celle de la prière du coeur est l'une des plus profonde de la chrétienté avec sans doute les exercices spirituels d'Ignace de Loyola). Il faut relativiser tout discours conceptuel sur Dieu qui, en tant que discours, ne fait appel qu'au cerveau et reste donc au niveau de l'intellectualisation. Et le conférencier de rappeler l'adage oriental qui dit qu'un théologien ne peut qu'être un homme de prière et que tout homme de prière est un théologien.

Et de profiter de l'occasion pour rappeler les différences entre l'Orthodoxie et le Catholicisme. Différences toujours intéressantes pour l'histoire de la pensée mais qui paraissent, il faut l'avouer, de plus en plus désuètes et dépassées aujourd'hui car le grand public ne cerne plus les enjeux spirituels auxquels elles se rapportent.

A ce propos, l'auteur décrit la différence de conception par rapport à la Vierge qui existe entre les deux Eglises. Les Catholiques admettent l'Immaculée conception : la Vierge aurait été choisie par Dieu depuis le commencement des temps pour accueillir le Sauveur, elle n'aurait donc pas vraiment eu le choix puisque, étant sans pêché, elle n'était pas séparée de Dieu et ne faisait qu'un avec Sa volonté. Pour les Orthodoxes, au contraire, la Vierge était une humaine ontologiquement « comme les autres ». Son « oui » est donc une réponse libre impliquant l'ensemble de l'Humanité.

Puisque c'est par l'action libre d'une femme que le monde est sauvé, l'on devine que le journaliste demande si la conception de la femme est différente, voire meilleure, dans le christianisme orientale qu'occidental. Et le conférencier de répondre que non, la femme n'exerce pas de rôle sacerdotale en Orient sauf à dire que la femme du prêtre a une importance capitale en tant que « matrioshka », « petite mère » accueillant les fidèles. Pour Thierry Jolif preuve en est, et ce sera mon seul désaccord avec lui, que le christianisme n'est pas phallocrate ou machiste.

Si je suis convaincu que le christianisme n'est pas per se sexiste, il faut reconnaître que l'Eglise le fut pendant des siècles (et l'est encore). A imputer, non pas la Parole du Christ qui est le contraire du machisme mais bien les conceptions aristotéliciennes et sociales héritées de l'Antiquité romaine et grecque où la femme ne comptait pas.

Cette histoire de la matrioshka ne montre qu'une chose : l'enfermement de la femme dans son rôle de mère à l'exclusion de tout autre. Et c'est évidemment là, autant que dans le dénigrement, que se trouve le véritable machisme.

Voici un extrait de la conférence, pour la VOIR EN ENTIER C'EST ICI

Tag(s) : #Théologie et spiritualité, #Union des chrétiens, #vidéos

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