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Interview exclusive : Hans Van Kasteel (3/3) - Revivifier la connaissance spirituelle en Occident

RELIANCE UNIVERSELLE : En quoi se différencie, pour vous, le christianisme « officiel » que l’on trouve dans la théologie classique catholique, protestante ou orthodoxe, du christianisme professé et vécu par le courant hermétique dans lequel s’inscrivent sans doute Paracelse, les Kabbalistes Chrétiens, la Rose+Croix primitive... et Louis Cattiaux ?

HANS VAN KASTEEL : Dans la mesure où l’Église, de quelque confession qu’elle soit, s’inspire de ceux qui sont capables de la féconder par leur savoir, elle reste attachée à la Tradition. Il faut cependant reconnaître que, dès le commencement, l’Église officielle a eu le tort de s’attaquer à la gnose, c’est-à-dire à la « science » ou « connaissance », notion pourtant formellement attestée, reconnue et prônée par l’Ancien Testament ainsi que par le Nouveau. Le résultat ne s’est pas fait attendre : coupée du savoir, l’Église ne prône plus que la foi. Mais la foi en quoi ? La foi en la vérité de l’enseignement des témoins. Or comme saint Paul lui-même l’écrit quelque part, s’il n’y pas de témoins, il ne peut pas non plus y avoir de foi. Sans Tradition revivifiée, la foi des hommes s’éteint peu à peu. Qui croit encore que le témoignage des prophètes et apôtres de jadis puisse être confirmé aujourd’hui par quelqu’un qui dirait : « C’est vrai ! Je peux en témoigner, car je l’ai vu, entendu et touché, moi aussi ! » Citons un exemple parmi ceux que vous proposez, c’est-à-dire Paracelse : « Je donnerai la vérité si claire, et si facile à comprendre, que mes écrits dureront et subsisteront jusqu’au dernier jour du monde, comme véritables et irréfutables… J’ai été cet appelé et élu de Dieu, afin d’anéantir et abolir toutes les fantaisies et opinions fallacieuses des présomptueux et faux artistes… Car ma théorie qui procède du Ciel et de la lumière de la Nature ne peut jamais être corrompue ni altérée, ou changée, en raison de son origine et de sa constance. » Au moins, cela a le mérite d’être clair ! Mais qui l’a suivi à l’époque ? Paracelse a été persécuté, maudit, combattu, et cela férocement et implacablement. Or qui se souvient des noms de ses ennemis ? Le nom de Paracelse, inversement, est connu de tous. Ce qui ne signifie pas, soit dit en passant, que son enseignement soit mieux connu aujourd’hui !… Si l’Église, catholique ou protestante, l’avait alors reconnu et défendu, elle en aurait été enrichie et grandie.

RU : Faut-il dès lors opposer, dans le contexte du christianisme, une pratique exotérique religieuse à une pratique ésotérique ? Peut-on vivre l’un sans l’autre ?

HVK : L’exotérisme et l’ésotérisme ne peuvent pas être opposés, ils sont indissociables. La foi ou la croyance sans la science est impossible, l’inverse également. Les croyants devraient soutenir et encourager les connaisseurs ou les chercheurs de Vérité, et ces derniers, aider et éclairer les croyants. Un musulman a dit un jour : « Vous, en Occident, vous avez séparé la foi et la science ; ce n’est pas le cas dans l’Islam ». Quoi qu’il en soit aujourd’hui de l’Islam, il est indéniable qu’en Occident, les croyants, et en premier lieu les chrétiens, manifestent souvent une ignorance profonde au sujet de leurs propres mystères religieux, alors que la science moderne affiche un caractère presque officiellement athée. Remarquez que tous les cabalistes et alchimistes, sans exception, reconnaissent tenir leur savoir de Dieu et recommandent sans cesse à leurs lecteurs de la demander à Dieu.

RU : L’intérêt pour les philosophies d’Extrême Orient caractérise notre époque. Cet intérêt vient certainement de la présence lisible (à défaut d’être comprise) d’une gnose et de pratiques de modification d’état de conscience au sein de ces philosophies. Y a-t-il une gnose ou une praxis particulière propre à l’ésotérisme hermétique chrétien – pratique herméneutique, méditative ou pratique extatique que l’on pourrait comparer au dhikr soufi ou à la kabbale d’Aboulafia ? Dans le cas de l’existence de cette herméneutique ou de cette praxis, peut-on les trouver dans les traités d’hermétisme ancien comme ceux publiés par Beya ?

HVK : Pour comprendre et approfondir une tradition, il faut avant tout en connaître la langue. Pour l’Extrême-Orient, Beya doit faire l’aveu de son incompétence : aucun collaborateur actuel ne connaît le sanskrit, le chinois ou une autre langue extrême-orientale, ni corollairement, la véritable pensée des différentes grandes traditions que ces langues véhiculent. Mais vous citez, comme exemples, le dhikr du soufisme et la cabale d’Aboulafia, avec sa doctrine sur la méditation et l’extase ; là, nous sommes dans les traditions arabe et hébraïque. Sans entrer dans les détails : oui, l’enseignement des auteurs publiés par Beya peut certainement être rapproché des traditions et des notions que vous évoquez. Aboulafia, par exemple, est cité plus d’une fois dans les ouvrages de Beya. Une petite précision, cependant : il ne faut pas confondre certaines pratiques religieuses ou mystiques avec l’expérience prophétique ; s’il est sans doute possible d’arriver par soi-même à certains états extatiques en s’appliquant régulièrement à des exercices ascétiques, cela n’a, semble-t-il, rien à voir avec la tardemah biblique, l’ « extase » dont il est question dans la tradition judéo-chrétienne, et qui est provoquée par Dieu lui-même, ou par un de ses envoyés : le don de Dieu ne s’obtient jamais au prix d’aucune technique, fût-elle maîtrisée à la perfection.

RU : En tant qu’éditeur et auteur attaché à la culture classique, que pensez-vous de la résurgence actuelle de l’ésotérisme, de son succès croissant et de sa popularisation ?

HVK : Tout ce qui est popularisé est avili. Le terme « ésotérisme » est actuellement mis à toutes les sauces, surtout par les ignorants, qu’ils soient bien ou mal intentionnés. D’ailleurs, le mot n’est jamais employé, que je sache, par les auteurs traditionnels. Aussi les éditions Beya l’évitent-elles presque naturellement. La plupart du temps, malheureusement, il est manié par des personnes qui ne cherchent qu’à répandre leur propre compréhension des grands philosophes qu’en outre, et c’est le comble, elles n’ont généralement pas lus ! Si l’on s’intéresse sincèrement à l’ « ésotérisme » bien compris, le mieux serait de d’abord lire et étudier, patiemment et pendant des années, les textes des bons philosophes, sans oublier de demander à Dieu d’en donner la compréhension, plutôt que de se précipiter sur l’encre et le papier (ou sur son ordinateur !) pour écrire tout ce qui nous passe par la tête.

RU : Avez-vous des projets de publication dans les mois qui viennent ?

HVK : Une bonne maison d’édition ne dévoile pas nécessairement tous ses projets ! Nous en nourrissons plusieurs depuis longtemps, dont certains se sont déjà réalisés et d’autres attendent encore d’être concrétisés. Je puis toutefois révéler que Beya travaille actuellement à la traduction d’autres textes latins de l’alchimiste belge Gérard Dorn, qui aura donc bientôt été publié intégralement, et pour la première fois, en langue française ; de Paracelse, et cela en collaboration avec l’excellente maison d’édition néerlandaise De Woudezel, de Madame Elke Bussler, spécialiste et traductrice de Paracelse ; enfin, de Michel Maïer. Mais d’autres projets sont aussi en chantier…

POUR LES EDITIONS BEYA, C'EST ICI

Les trois étapes de l'oeuvre alchimique

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Tag(s) : #Interview, #Hermétisme, #ésotérisme

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