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Jean Delville, l'Union des âmes, 1900
Jean Delville, l'Union des âmes, 1900

Ce tableau de Jean Delville s'inspire du mythe de l'Androgyne tel qu'il est décrit par Platon dans le Banquet. Selon lui, à l'origine, l'Homme était double, à la fois homme et femme. Beaucoup plus fort et puissant qu'à présent, il a l'orgueil de vouloir prendre les Cieux d'assaut. Pour l'affaiblir, Zeus les sépare en deux, c'est la séparation des sexes. Et désormais, chacun aura un vide au cœur, un manque, qu'il n'aura de cesse de vouloir combler en trouvant sa moitié, son âme-sœur.

De manière pertinente, on peut faire un rapprochement entre ce mythe platonicien et la Genèse. N'est-il pas dit : « Homme et femme, Il les créa » (Gn 1 ; 27) ?

Comme toujours, prendre ce mythe au pied de la lettre n'apporte pas grand chose. Par contre, en comprendre son sens symbolique et théologique permet de s'ouvrir à une vérité spirituelle susceptible d'éclairer et de changer notre quotidien. Quelle est donc la portée symbolique de ce mythe ?

L'Homme est incomplet. Dans un lointain passé édénique, il était uni à sa Source, Dieu, dont il s'est séparé par un acte de volonté inapproprié. Depuis, le vide existentiel est chevillé à son être. La recherche de « l'âme-soeur » symbolise cette quête ontologique inconsciente de l'union avec le Bien- Aimé. Au-delà des vicissitudes de la vie et des forces de mort omniprésentes, une Lumière nous attire comme un phare dans la nuit, une main nous est tendue, des bras nous sont ouverts. A chacun de dépasser les murs de plomb de l'athéisme et du sécularisme ambiant afin de laisser l'Esprit déployer ses ailes en nous, à chacun de se laisser aimer par un Dieu qui nous prend tel que nous sommes. Le couple d'âme-soeurs du tableau est aspiré vers le haut, vers une Lumière éclatante qui n'est pas celle du soleil (on voit les deux luminaires, le soleil en bas à droite et la lune à gauche).

Tendrement enlacé, ce couple est aspiré vers l'Amour infini et personnel de Dieu. Un jour, alors que j'expliquais ce tableau dans le cadre d'un événement muséal, une dame s'est exclamée : « On dirait une crucifixion ! ».

Je crois qu'elle avait profondément raison. Que n'a-t-on pas dit comme bêtises sur ce moment charnière de l'Histoire humaine et cosmique. Que Dieu avait envoyé Son Fils pour expier le pêcher originel des Hommes, un peu comme si Dieu offensé demandait le prix du sang... Ou tous les délires des sectes hérétiques des premiers siècles : Jésus n'est pas mort sur la Croix, c'était un fantôme, un autre Christ, un frère caché...

Non, la vérité est bien plus terrible et fantastique que tous les succédanés qu'on peut inventer. Dieu s'est incarné et a vécu parmi nous. C'est son incarnation qui nous sauve car il unit sa nature divine à notre nature humaine dans un tout indissociable. Puis par amour absolu, par amour inconcevable et gratuit, il accepte d'endosser pleinement notre nature, allant jusqu'au vertige du néant le plus absolu. Au moment de la crucifixion, quoique saisit par un doute vertigineux et sujet à une douleur infinie, il endosse tous les malheurs du monde, toutes les sordidités terrestres, passées, présentes et à venir afin de les emporter dans la mort et de dissoudre le tout dans un flot d'amour et de lumière. Pour nous, il traverse la mort et la transforme en passage (Pâques). Si nous l'acceptons, Il nous prend comme nous sommes et nous entraîne dans une spirale ascendante vers les Cieux d'éternité.

Et l'âme-soeur dans tout cela ? Celui ou celle avec qui nous ferons notre vie ? Celui ou celle avec qui nous affronterons, côte à côte, les épreuves et les démons de l'Ombre, avec qui nous goûterons les délices et les bénédictions de l'existence ? Cette âme-sœur, ce conjoint, est-il un palliatif tout à fait secondaire par rapport à la vie spirituelle ?

La vraie spiritualité, la vraie et profonde réalisation personnelle, n'est pas un cheminement solitaire et égocentré. Seul, on ne réussit rien d'intérêt. L'accomplissement spirituel est profondément « relation ». En sacrifiant nos égoïsmes, nos narcissismes, on s'ouvre à la Grâce qui transforme, on permet à Dieu de guérir notre vide existentiel. C'est notre relation d'amour avec les autres (et en premier avec le conjoint qui partage notre vie) qui fait rejaillir le Royaume en notre monde.

Tag(s) : #Jésus-Christ, #Lifestyle - Société & Ecologie, #Symbolisme, #Art et Culture

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