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Mystère et Résurrection (2/3)

Marc aurait été le disciple et interprète de Pierre. Son style est très rapide, très vif, c'est un bon conteur qui s'attache aux détails concrets et construit ses récits au présent. Il présente généralement les faits avec brutalité afin de créer un choc et de susciter la réflexion.1

Tout le témoignage de Marc tourne autour d'un thème principal : celui de l'identité du Christ. Qui est cet homme ? Les personnages croisant la route du Christ chez Marc n'ont de cesse de se poser la question jusqu'à la Résurrection où le doute n'est plus permis, Jésus est bien le Fils de Dieu. Pourtant la pleine mesure de cette Révélation échappe aux contemporains du Christ (et nous échappe aujourd'hui aussi dans sa plénitude) et c'est un ange qui doit s'en faire l'interprète.

Pourtant dès l'ouverture de son Evangile, Marc annonçait l'identité profonde de Jésus : Commencement de l'Evangile de Jésus Christ, Fils de Dieu (Mc 1, 1). Si, par la suite, tout le texte ne cesse d'interroger les protagonistes, c'est sans doute aussi pour interroger le lecteur : quel est la signification profonde et existentielle de ce titre attribué à Jésus ?

En effet, ce texte s'adressait aux premières communautés chrétiennes or les chrétiens de l'époque, comme nous aujourd'hui dans notre credo, professaient la divinité du Christ, sa filiation avec Dieu. Oui, mais c'est une chose de professer une foi ou une croyance, c'en est une autre d'en prendre la pleine mesure et de la faire résonner profondément dans sa vie personnelle. C'est sans doute ce à quoi nous invite cet Evangile avec son ton direct : Qui est le Christ pour toi ? Qu'est-ce que cela veut dire Dieu qui s'incarne ? Qu'est-ce que cela change pour ta vie ? Quelles perspectives existentielles s'ouvrent pour toi ?

Il appartient à chacun de répondre personnellement à ces questions cruciales afin de vivre pleinement sa foi.

L'Evangile de Marc ne cherche donc pas à apprendre quelque chose qui serait inconnu, combler un manque, mais invite plutôt à remettre sans cesse l'ouvrage sur le métier, à dépoussiérer et à enraciner sans cesse sa foi. Sans cesse, nous devons nous mettre à nu, nous dépouiller de nos certitudes comme le jeune homme qui s'enfuit lors de l'arrestation de Jésus (Mc 14;51-52)

Et notre foi a certainement besoin d'être approfondie pour éviter les ânonnements et les compréhensions trop superficielles. Ainsi, il faut savoir que ce titre de « Fils de Dieu » était déjà utilisé par les potentats orientaux de l'époque et par le judaïsme pour désigner les hommes en général. Qu'est ce qui différencie ce fils là des autres ? Comment comprendre la Résurrection, si Jésus est un fils parmi d'autres. C'est encore Marc qui donne la réponse lorsque après la Passion, le centurion présent s'exclame : « Le centurion qui était là en face de Jésus, voyant comment il avait expiré, déclara : « Cet homme était vraiment Fils de Dieu ! » (Mc 15, 39)

Ce n'est pas la souffrance qui fait la grandeur de la Passion comme l'a trop souvent soutenu une théologie doloriste mais l'amour donné inconditionnellement face à l'injustice et à la haine. La Passion est le don le plus absolu du Dieu créateur qui montre que la vraie puissance vient de l'amour, non de la force coercitive. A ce propos d'ailleurs, il faut rappeler l'épisode relaté par le même évangéliste en 8 ; 27 -33. Jésus demande à ses disciples qui il est selon eux et Pierre le désigne justement comme Christ, l'oint. Jésus leur enseigne alors ce qui doit advenir : la passion, la résurrection. Malgré sa première compréhension juste, Pierre s'insurge alors, il ne veut pas admettre le sacrifice pour le Christ. Celui-ci l'admoneste franchement en disant que ces pensées sont inspirées par Satan. Le mot peut sembler excessif mais qu'on y pense, refuser le sacrifice d'amour, refuser que Dieu puisse assumer nos faiblesses, c'est entrer dans une fausse relation à lui, c'est éviter la relation d'amour pour idolâtrer un titre ou un Dieu qui règne en despote sans empathie pour la souffrance humaine. Or Dieu est tout entier compassion (de cum patior, souffrir avec) pour pouvoir être pleinement guérisseur. C'est dans cette compassion (qui n'est pas amour de la souffrance, au contraire) que se manifeste la véritable puissance, l'authentique majesté. Libre dans son ministère, c'est librement que Dieu donne sa vie afin de nous révéler notre folie et de nous en libérer.

Cette vérité profonde, nous sommes comme les disciples désemparés dans l'Evangile de Marc, nous n'en finissons pas de ne pas comprendre. L'amour de Dieu est tellement grand, qu'il ne se laisse pas appréhender sentimentalement ni saisir conceptuellement. Il doit être sans cesse réactualisé dans notre relation intime à Dieu. Sans cesse, nous devons nous laisser interroger par cet amour porteur de résurrection, sans cesse nous devons nous laisser titiller par la question posée en Marc 8,21 : Ne comprenez-vous pas encore ? (à suivre...)

1Charpentier, ibidem, p 49

Tag(s) : #Jésus-Christ, #Bible, #Regard Mystique, #Saint Marc

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