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Pierre Reymond - La pentecôte (émail sur cuivre) 1522
Pierre Reymond - La pentecôte (émail sur cuivre) 1522

Dans cet émail sur cuivre représentant la Pentecôte, l'on peut voir Marie au centre entourée par les Apôtres. Le feu de l'Esprit Saint tombe sur eux en flammèches individuelles apportant couleur et vivacité au noir et blanc austère. Mieux encore, l'or qui tombe sur les apôtres n'est-il pas signe d'immortalité (l'or est imputrescible) et d'illumination ? Le but du chrétien n'est-il pas, comme le disait Saint Seraphim de Sarov, d’acquérir l'Esprit Saint et l'immortalité ? L'ouverture du cœur à l'action de la Grâce n'est-elle pas la clé de la vie spirituelle chrétienne ?

Quand le jour de la Pentecôte arriva, ils se trouvaient réunis tous ensemble. Tout à coup il y eut un bruit qui venait du ciel comme le souffle d'un violent coup de vent : la maison où ils se tenaient en fut toute remplie ; alors leur apparurent comme des langues de feu qui se partageaient et il s'en posa sur chacun d'eux. Ils furent tous remplis d'Esprit Saint et se mirent à parler d'autres langues, comme l'Esprit leur donnait de s'exprimer. (Ac 2 ; 1-4)

L'histoire de l'Eglise commence à la Pentecôte. Ce jour là, l'Esprit se manifeste pareil à des langues de feu allumant dans l'âme des Apôtres un brasier inextinguible. Brasier dont le but est d'incendier le monde de la Lumière divine, comme l'a voulu le Christ : « C'est un feu que je suis venu allumer sur la terre, et comme je voudrais qu'il soit déjà allumé ! » (Lc 12 : 49)

L'histoire de l'Eglise commence à la Pentecôte, par la Présence surnaturelle de l'Esprit. Oui, les histoires de l'Eglise écrites par les historiens, ces histoires pleines de dates, de conciles et de concepts ne sont que l'arbre qui cache la forêt. Car l'histoire de l'Eglise est avant tout surnaturelle et implique l'humanité dans son ensemble. Certes, l'Eglise est faite d'hommes et de femmes vivants dans leur temps, avec leurs limitations, leurs préjugés, leurs ignorances parfois mais les racines de l'Eglise plongent de l'autre côté du voile et se nourrissent à la Source de Vie qui n'est autre que son fondateur et son seul dirigeant : Jésus-Christ.

Loin du dogmatisme sec ou du cléricalisme, l'Eglise est une icône du Dieu Vivant. Le dogme (ou le credo) est là pour donner une assise à la réflexion, un point d'appui à la méditation, non pour enfermer. Car il n'y a qu'un seul prêtre, le Christ, les prêtres, évêques ou pasteurs ne font qu'exprimer le charisme de prêtre présent en chaque baptisé afin de servir la communauté.

En cette période d'égocentrisme et d'individualisme exacerbés, il est de bon ton de vivre sa spiritualité seul chez soi. Il est aussi de bon ton de garder sa spiritualité pour la sphère privée, comme si la foi ne se vivait que « part-time », comme si elle ne fondait pas l'être tout entier. Encouragé à s'excentrer en dehors des institutions, soumis à vent de doctrines, on vit alors une spiritualité à la carte, une spiritualité égocentrique, uniquement tournée vers son nombril, uniquement nourrie par les humeurs ou les délires d'un mental qui peut tout imaginer.

On oublie que si l'expérience spirituelle est personnelle et singulière à chacun, elle est aussi collective. On oublie que cette vie en Église est vie dans le corps du Christ et qu'une cellule extirpée du corps où elle vit, meurt. On oublie que les sacrements sont les expressions physiques des énergies divines. Par exemple, la célébration d'un baptême dans la communauté est vie de l'Esprit à laquelle l'ensemble du corps participe, pas seulement le baptisé.

Les sacrements sont précisément la continuation de cette vie surnaturelle initiée avec la Pentecôte et qui concerne le monde entier. Ils ne sont pas une formalité ou des rites creux mais des mystères saints faisant entrer celui qui les reçoit, toute la communauté et le monde entier, dans le Grand Mystère, celui insondable de Dieu.

La liturgie sacralise l'espace et le temps, change leur qualité d'être. Chaque liturgie effectuée, chaque prière collective lancée vers le ciel hâte le retour du Christ, hâte la transfiguration totale du Cosmos. Chaque liturgie a un effet aussi réel que physique sur le créé.

Et aucune institution humaine ne peut offrir cela, aucune pratique personnelle ne peut l'égaler.

Présence surnaturelle également en 324 et en 381 lors de l'élaboration et de la proclamation du Symbole de Nicée Constantinople qui fonde le christianisme. Ne saurait être chrétien celui qui n'adhère pas à ce symbole dont le dernier article dit : «Nous croyons en une seule Église sainte, catholique et apostolique ».

C'est cette Eglise, non sa hiérarchie mais l'Eglise dans son entièreté, qui est seule capable de nous faire vivre pleinement en Christ.

Sans la vie communautaire, sans la vie de l'ecclesia, sans la prière commune, sans les sacrements, le chrétien est un arbre déraciné coupé de la sève divine.

Il y a une mission collective assignée à l'Eglise en tant que corps du Christ, un témoignage collectif à rendre, une présence spirituelle à être, un feu à irradier. Plongeant ses racines dans la Source, l'Eglise s'ouvre au monde, l'englobe et l'irrigue de la Lumière divine, transfigurant l'Univers dans son ensemble.

Tag(s) : #Fêtes chrétiennes, #Jésus-Christ, #Regard Mystique, #Eglise de Vie

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