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Gustave Moreau, Les voix du soir,
Gustave Moreau, Les voix du soir,

Face au sentiment de chaos extérieur et intérieur provoqué par l'industrialisation au XIXe siècle, des artistes vont réagir et s'opposer à la société industrielle. Loin des préoccupations de rentabilité, on va retrouver dans l'art Symboliste une aspiration vers le Beau, l'Idéal, la Transcendance.

Cette réaction face à l'avènement de la modernité ne va pas laisser les tenants de celle-ci sans réaction. Très vite, les symbolistes vont se faire traiter de tous les nom : décadents, rêveurs, réactionnaires,...

Les symbolistes, eux, par leur art littéraire, poétique, pictural, cherchent à exprimer un monde où le réel visible et tangible n'est pas le seul réel. Pour se faire, ils vont utiliser le langage symbolique.

Par définition, le symbole est le signifiant d'un signifier plus large. Le symbole cherche à faire deviner, pressentir, une réalité au-delà de la réalité quotidienne, une profondeur sous-jacente au monde du visible. L'inventeur du terme « symbolisme » est un journaliste français, Jean Moréas, qui dans le supplément littéraire du Figaro du 18 septembre 1886 écrira : « ...il ne faut pas parler de décadents mais plutôt de symbolistes. La poésie (ou l'art) symbolique cherche à vêtir l'Idée d'une forme sensible qui, néanmoins, ne serait pas son but à elle-même, mais qui, tout en servant à exprimer l'Idée, demeurerait sujette... »

Il faut donc, si l'on veut comprendre l'art symboliste, se garder de toute interprétation qui en ferait l'expression d'une attitude conservatrice et passéiste. Au contraire, le symbolisme est intrinsèquement l'expression de quelque chose de consubstantiel à la nature humaine : son besoin de sens et de penser autre chose que le réel immédiat et tangible.

Pour l'Historien d'art Michael Gibson : « Il y a là un conflit qui oppose deux visions du monde : d'une part un monde donné et inaltérable, favorable au commerce et à l'industrie mais indifférent aux valeurs qui donnent saveur et substance à l'existence, et de l'autre un monde en relation dialectique avec un modèle transcendant (religieux, visionnaire, poétique), qui agit comme un ferment et promet une transformation créatrice du donné. Le XIXe a vécu une radicale intervention qui a séparé ces deux hémisphères de notre relation au monde. Dès lors, pourrait-on dire, ce fut comme si le réel ne lestait plus le rêveur, et le rêve ne donnait plus d'ailes au réel. Les deux se trouvaient désormais en guerre. »1

Le mouvement symboliste ne s'organise pas, ne se dote pas d'un manifeste, il est plutôt un état d'esprit, un état d'âme. Les symbolistes se reconnaîtront sans doute dans l'article de Moréas et dans son expression «Art Symboliste » mais ne se constitueront jamais en école. Les symbolistes seront d'ailleurs souvent des artistes solitaires voire cultivant un certain solipsisme. Ces artistes solitaires décident parfois pour toute leur vie, parfois pour une période, de se faire les champions de l'appréhension symbolique du monde qui autrefois était profondément enraciné dans l'inconscient et constituait le ciment de la société.

Si au niveau de la forme, les symbolistes s'opposent au réalisme, ils vont également avoir des thèmes de prédilection pour exprimer le pressentiment de l'au-delà qui est le leur. Ces thèmes annoncent d'autres mouvements (art nouveau, surréalisme, illustration et littérature fantastique,...) :

- Le Christianisme

- L'Exotisme

- L'Occultisme

- La Mythologie

- Une histoire idéalisée – particulièrement l'histoire médiévale

- L'onirisme

- L'érotisme

- La mélancolie et les sentiments en général.

Le mouvement symboliste est donc un mouvement de pensée qui regroupe des styles très variés mais dont les oeuvres ouvrent toujours sur des mondes se situant au-delà de la réalité concrète.

Enfin, peut-être peut-on voir une continuité de l'esprit symboliste d'opposition au désenchantement du monde, dans les oeuvres littéraires (ou cinématographiques) fantastiques ultérieures de H.P.Lovecraft à Bram Stoker, de Narnia au Seigneur des Anneaux ? De Harry Potter, Games of Throne, aux séries fantastiques ? C'est à dire la persistance de l'idée que l'homme et le monde sont multi-dimensionnels et qu'au-delà du monde rationnel existe une part d'imaginaire, de rêve, de cauchemar, d'aspirations idéales, de recherche d'Absolu et de Vérité qui va bien plus loin que les catégories psychanalytiques définies par Freud.

1Michael Gibson, Le Symbolisme, Taschen, 2006, p22

Gustave Moreau, L'Apparition

Gustave Moreau, L'Apparition

Tag(s) : #Symbolisme, #Art et Culture, #Résistance, #société, #Grande Corporation

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