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Carl André, Equivalent VIII, 1966 - sculpture horizontale (!)
Carl André, Equivalent VIII, 1966 - sculpture horizontale (!)

Nous vivons une époque formidable et passionnante à bien des égards. Notre société exalte le pouvoir créateur de l'individu et la légitime volonté de chacun à vouloir se réaliser. En soi, cela est tout à fait positif, surtout si la réalisation en question est celle de la vocation profonde, de la mission de vie comme disait le Père Jean Monbourquette. Chacun devrait avoir les outils nécessaires pour développer ses talents propres. Toutefois, l'un des pièges de notre société est, à mon sens, celui du « tout subjectif », c'est-à-dire du relativisme absolu. Le référant est gommé, tout est ramené à l'horizontal au nom d'une non hiéarchisation, et ce à tous les niveaux.

Au niveau artistique, on peut dater de l’impressionnisme (encore que la première génération d’impressionnistes fut talentueuse – Monet, Renoir, Degas) l'abandon de l'idéal académique. Alors que traditionnellement, on était tendu vers la recherche du Beau, du transcendant, de l'inspirant, on recherche maintenant l'expression des sentiments subjectif, le nouveau et le choquant afin de faire le buzz. Il y a un rejet des dogmes artistiques, rejet d'un idéal situé en dehors de l'artiste et qu'il faudrait chercher à atteindre. A la place, on donne libre cours à une « créativité » qui a force d'être basiquement subjective (ou subjective sans cadre structurant) devient non créatrice. L'art n'est plus la recherche du Beau, celui-ci étant « ce qui plaît universellement sans concept » comme le disait Kant. La « beauté » est maintenant toute relative, « elle se trouve dans le regard du spectateur ».

Au niveau de l'enseignement, l'élève devient le roi dans une attitude pédagogique qui est tout à fait dogmatique (dans son sens le plus négatif). C'est l'élève qui construit son savoir, le professeur n'est plus là pour transmettre (mot à bannir) mais comme médiateur pour accompagner. Les contrôles n'en sont plus, le terme est jugé trop agressif. Pour le remplacer, on va utiliser le terme d'évaluation formative, jugé moins contraignant. Les devoirs à la maison sont très mal perçus quand ils ne sont pas interdits et il est conseillé de commencer une leçon par des images attirants l'attention des élèves. A titre d'exemple, il est fortement recommandé de commencer une leçon sur la Renaissance (pour élèves de secondaire supérieure) par la projection d'une partie de film « Les tortues ninjas » puisque le nom des dites tortues est Michel Angelo, Raffaello, etc.. Le nivellement par le bas est patent. Au nom d'un rejet de l'idée même d'autorité, on en vient à refuser deux évidences : premièrement, un professeur a plus d'expérience et de savoirs que son élève et deuxièmement apprendre comporte toujours un minimum d'efforts et de contraintes. A force de vouloir être « non élitiste », « non discriminant », on en vient à nier l'intelligence et la possibilité pour chacun de s'élever. Dans cette conjoncture, il est évident que le dogme de l'Eglise qui, par définition, émane d'une autorité extérieur, est inaudible dans son essence même.

Au niveau moral, chacun est désormais invité à suivre sa morale personnelle. Le référent transcendant disparaît, l'idée d'une Loi Morale Naturelle inscrite par Dieu dans le coeur des hommes se dissout dans l'océan des impressions subjectives et des justifications egocentriques. « Il n'y a pas de bien, pas de mal, tout est une question de point de vue » entendons-nous dire de toutes parts.

On a voulu sortir du moralisme puritain, pauvre et sec, c'est une très bonne chose. Mais du coup, on se retrouve dans un monde ou la seule vertu qui s'impose n'en est pas une : la satisfaction pleine des désirs les plus instinctuels. C.S. Lewis disait qu'il n'y a pas de bons ou de mauvais instincts (l'instinct guerrier peut sauver une vie et l'instinct de préservation peut conduire à commettre l'injustice). Pour l'auteur de Narnia, les instincts sont comme des touches de piano qui doivent être jouées au bon moment sous peine de trahir la symphonie qu'elles sont censées exprimer. Or aujourd'hui, l'on ne perçoit plus la symphonie en question.

Au niveau spirituel, on ne cherche plus la Vérité mais « sa » vérité relative sans se rendre compte que celle-ci est en réalité une projection de notre inconscient et dépend du moment (est-on bien ? Mal ? En bonne santé ? Fait-il chaud ? Froid ? Ensoleillé ? Pluvieux ? A-t-on réglé nos refoulements ? Est-on amoureux ? Enthousiaste ? Blasé ?...) Comment ne pas comprendre que si la Vie est autre chose qu'un agencement accidentel de pure matière, ce que pense la plupart des gens qui se disent « en recherche », il existe une Vérité ontologique pour l'ensemble de l'humanité.

Par un rejet du dogme religieux assimilé au fondamentalisme, par une apologie de la subjectivité qu'on croit supérieure à « une Vérité imposée », beaucoup de personnes se disent spirituelles mais sombrent dans une spiritualité de supermarchés. Fast-food new-age qu’on assaisonne de sauce hindouisto-bouddhiste bon marché, de conspirationisme, d'ésotérisme bassement élitiste et magique, de drogues « chamaniques », de syncrétisme indigeste, et d’approximations confusionnistes se perdant dans les méandres labyrinthiques et abyssaux d’une religion humaine « à la carte », menant vers toutes les dérives psychotiques et sectaires possibles.

Là aussi, je pense qu’il faudra un jour sortir de cela. La spiritualité est la quête de la Vérité et contrairement à l’idée toute moderne, il n’y a pas « autant de vérités que d’individus », il n’y qu’une Vérité. Par contre, il y a, et c’est heureux, énormément d’approches de la Vérité. Beaucoup de chemins, de concepts et de vocables mènent à la transfiguration et chacun a un vécu différent sur son chemin, l’expérience humaine est donc riche de sa diversité.

Néanmoins, tous les chemins ne se valent pas, tous ne mènent pas à la Vérité, beaucoup finissent en cul-de-sac. Aussi faudra-t-il que l’homme puisse faire preuve de discernement, qu’il apprenne à œuvrer avec une rigueur spirituelle à toute épreuve sans pour autant tomber dans la sécheresse d’une pensée légaliste qui se bornerait à suivre une règle sans en vivre l’Esprit.

Mais l'Eglise d'Occident et d'Orient dans sa diversité offre cette perspective d’une spiritualité vraie se basant sur la Vérité de la Révélation et sur des outils ontologiques et discursifs millénaires.

L'Eglise est par essence liberté. Non liberté de céder aux caprices désordonnés de nos émotions, de nos passions, de notre mental subjectif mais liberté donnée par la connaissance intime et personnelle de Celui qui est la Vérité. Aujourd'hui, l'Eglise Indivise est multiple dans son expression et c'est une richesse incroyable car elle transmet la Vérité du Christ de multiples façons, favorisant la liberté totale d'approche. En effet, comment évoluer si l'on ne pense pas par soi-même ? Si l'on ne découvre pas soi-même le trésor, on ne l'assimilera pas, où est alors l'intérêt ?

Le propre du courant New Age est d'insister sur un vécu spirituel, un ressenti subjectif qui serait roi. Or s'il est important de vivre sa spiritualité comme une expérience personnelle et si le ressenti est utile pour imprimer et faire vivre cette expérience, il faut aussi admettre que si l'on veut s'approcher de cette Vérité et tisser une relation avec elle, il faut, par définition, accepter d'embrasser une part d'objectivité. C'est donc tout le lien entre subjectivité et objectivité qu'il faut revoir et dont le dogme bien compris est un ingrédient essentiel sinon la clé. (à suivre...)

Tag(s) : #Tradition, #Eglise de Vie, #Art et Culture, #Enseignement, #Ethique, #Morale, #Vertus

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