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Hans Küng - Une théologie pour le IIIe millénaire (1/2) : la théologie n'est pas immuable

Le livre d'Hans Küng est d'une importance capitale, tant pour son analyse de la théologie passée que pour les pistes de réflexions qu'il propose à l'aube de ce troisième millénaire incertain.

L'auteur, penseur rigoureux, rompt avec beaucoup d'idées préconçues. Par exemple, l'on pense généralement que l'Eglise Catholique offre depuis deux mille ans une théologie unie et immuable. Certes, l'on imagine qu'il y eut parfois des évolutions dans la pensée théologique mais que celles-ci furent tout à fait mineures et se produisirent dans le cadre d'un déploiement naturel dans le temps, un peu comme le déploiement d'un arbre. Or, il n'en est rien. L'Eglise épousa, au cours de son histoire, plusieurs paradigmes successifs qui sont parfois des ruptures brutales avec ce qui avaient précédés. Ainsi, on passa d'un paradigme chrétien primitif apocalyptique à un paradigme moderne des Lumières en passant par le paradigme ancien hellénistique, le paradigme catholique romain médiéval et celui de la Contre-Réforme pour arriver aujourd'hui à une multitude de paradigmes et de théologies différentes (théologie dialectique, existentielle, herméneutique, politique, féministe, noires, de la libération...).

Envisagé sous cet angle, il est évident que d'autres théologies vont émerger à l'horizon du troisième millénaire et Hans Küng tente d'anticiper sur ces développements futurs. Encore faut-il savoir de quoi l'on parle, quels sont les fondements de la réflexion théologique ? Pour Kung, il faut remettre les choses à leur place : la théologie n'est pas là pour être idolâtrée ou adorée en tant que telle : au lieu de s'attacher au dogme, au droit, au système ecclésiastique, il faut se laisser saisir par la Sainte Ecriture et par son Christ vivant, au lieu d'une christologie sublime dont se réclameront ensuite trop facilement les plus hauts placés dans la hiérarchie, avec leurs prétentions.1

Si l'on parle de changement paradigmatique révolutionnaire au sein de l'Eglise, on ne peut s'empêcher de penser à la Réforme. Küng reconnaît à Luther (et plus encore à Erasme) un génie prophétique et une pertinence dans certaines remises en cause. Pour autant, la Réforme avec tout son cortège de sueur, de sang et de larmes, avec sa désorganisation et, à bien des égards, sa destruction de la communauté, en valait-elle vraiment la peine ? Les hommes sont-ils devenus maintenant beaucoup plus pieux et les Eglises beaucoup plus chrétiennes ? Les dépressions que l'on attribue au Luther vieillissant n'avaient-elles pas peut-être aussi des raisons historiques subjectives ?2

Pour autant, il faut savoir remettre en question l'establishment clérical trop barricadé dans une normativité sclérosante. Entre l'attitude d’agressivité propre à Luther qui voyait le diable dans chacun de ses adversaires et celle de fuite propre à Erasme, deux attitudes de peur, sans doute existe-t-il une troisième voie de juste résistance (jus resistendi) telle que Thomas d'Aquin le préconise face à la tyrannie. C'est l'application du tenir bon paulinien qui par-delà une opposition loyale temporaire, peut conduire finalement, sans rupture au changement et au renouveau de l'intérieur. Le modèle de ce changement sans violence reste le second concile de Vatican qui, sans agitation, sans violence, sans division, ni guerre fut mené à bien par ceux qui ont tenu bon face à toutes les chicaneries romaines.3

L'un des changements majeurs opéré par la théologie lors de ces dernières décennies fut sans aucun doute le statut de l'Ecriture. L'on est passé d'une innérance de l’Écriture à une écriture inspirée et rédigée par de véritables auteurs dépendant du style et de la mentalité de leur temps. Dieu n'est plus « l'auteur principal » de la Bible mais simplement « l'auteur ». De plus si l'Ecriture s'écarte de la vérité sur des questions historiques et scientifiques, cela n'entame en rien son autorité. Dieu prend l'auteur humain tel qu'il est avec toutes ses faiblesses et ses méprises, il n'en réalise pas moins son objectif : enseigner aux hommes la « vérité » de la Révélation. Dorénavant, on considère l'Ecriture non plus dictée par l'Esprit mais pénétrée par l'Esprit et remplie d'Esprit 4

1Hans Küng, Une théologie pour le troisième millénaire, p 42, Seuil, 1989

2Ibidem p 54

3Ibidem p 64

4Ibidem p 83

Tag(s) : #Théologie et spiritualité, #Eglise de Vie, #Bible, #Coin lecture

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