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Hans Memling, le Jugement Dernier, 1467
Hans Memling, le Jugement Dernier, 1467

L'une des raisons qui font que la notion de Salut est rejetée par nos contemporains, c'est immédiatement l'association aux images médiévales du Jugement Dernier et sa cohorte d'âmes condamnées à errer dans les flammes éternelles.

Jean Delumeau dans l'ensemble de ses travaux sur la « pastorale de la peur » a bien montré que la peur de l'enfer mêlée à la culpabilisation étaient sans doute responsables pour beaucoup du rejet de la religion chrétienne dans nos régions européennes.

A plusieurs endroits, la Bible évoque ce terrible jour du Jugement, par exemple en Mathieu 25 :

« Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant lui ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs : il placera les brebis à sa droite, et les boucs à gauche. Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : “Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde. Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !” Alors les justes lui répondront : “Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu… ? tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ? tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? tu étais nu, et nous t’avons habillé ?

tu étais malade ou en prison… Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ?” Et le Roi leur répondra : “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.” Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche : “Allez-vous-en loin de moi, vous les maudits, dans le feu éternel préparé pour le diable et ses anges. Car j’avais faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’avais soif, et vous ne m’avez pas donné à boire ; j’étais un étranger, et vous ne m’avez pas accueilli ; j’étais nu, et vous ne m’avez pas habillé ; j’étais malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité.” Alors ils répondront, eux aussi : “Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim, avoir soif, être nu, étranger, malade ou en prison, sans nous mettre à ton service ?” Il leur répondra : “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait.” Et ils s’en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes, à la vie éternelle. »

Paroles dures à entendre mais comment imaginer un seul instant que le Dieu d'amour puisse maudire éternellement ses enfants, tout ataviquement égoïstes qu'ils soient ? Comment concevoir un parent enfermant son enfant parce qu'il a manqué d'élan de générosité ? Ce sont là les images d'un Dieu tyrannique qui se conduirait comme un parent abusif et sociopathe, projection idolâtre de notre mental limité souvent incapable de concevoir l'immensité de l'amour et du don de Salut qui nous est donné par Dieu.

En réalité, ce passage biblique est une exhortation, une ode à la générosité, au don, à l'intérêt porté à l'autre. Vivre, c'est prendre soin de l'autre, de tous les autres.1

Pour autant, nous ne sommes pas jugés sur nos oeuvres puisqu'il ne s'agit pas de mériter un Salut qui est donné gratuitement. Non. Notre empathie, notre compassion, notre charité sont les signes de notre acceptation du Salut. Car accepter l'Amour de Dieu, c'est être irrémédiablement appelé à le partager.

Un jour, un prêtre m'a confié : Tu sais, il faut que l'enfer existe pour laisser le libre choix mais Dieu fait tout pour nous sauver. Si tout ce que tu as fait de bon dans ta vie, c'est d'avoir eu un jour un élan de compassion pour un mendiant, Dieu s'appuiera là-dessus pour y déverser son Salut. Et le père Bernard Bro de renchérir : Pour être sauvé, il suffit qu'un homme ait posé dans sa vie un seul acte de pitié. Ne serait-ce qu'en regardant son enfant avec tendresse, car alors il a, d'une certaine manière, confessé qu'il y avait quelque chose ou quelqu'un de plus grand que lui. Ce qui rejoint les mots de Thérèse de Lisieux : Si j'avais commis tous les crimes possibles, je sentirais que cette multitude d'offenses serait comme une goutte d'eau dans un buisson ardent.

Personnellement, je pense que le jugement dernier, la séparation des brebis et des méchants est un symbole, c'est la séparation du bien (bon grain) et de l'ivraie dont nous sommes tous porteur. Comme dans la Genèse, tout acte de séparation est un acte de Création (et vice versa). C'est en nous que tout se joue et Dieu in fine, nous recrée pour nous faire renaître à son image.

(à suivre...)

1Un tragique fait divers montre par l'opposé ce qu'est un monde où l'on ne prend pas soin de l'autre, où une indifférence horrible règne en maître : « Un marathon mortel. Un Taïwanais de 32 ans est mort après avoir avoir joué à des jeux de combats dans un café internet, pendant... trois jours d'affilée ! Le 1er janvier, un autre homme, âgé de 38 ans, avait déjà été trouvé mort dans un café internet dans la ville de Nouveau Taipei, après avoir joué cinq jours d'affilée ! Dans les deux cas, les autorités se sont déclarées agacées par l'attitude désintéressée des autres clients.

"Nous sommes rentrés [dans les cafés internet, NDLR] pour boucler les lieux et avons envoyé des enquêteurs pour rassembler des preuves. C'est seulement là que les autres clients ont réalisé que quelqu'un était mort, mais ils ne se sont pas sentis beaucoup plus concernés et ont continué leurs jeux. Nous avons été stupéfaits par leur attitude nonchalante," a réagi, outré, un porte-parole de la police. (L'Obs, 17/01/2015)

Tag(s) : #Jésus-Christ, #Théologie et spiritualité, #Regard Mystique, #Bible

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