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Pat Presley, Heaven's Throne, 2014 (find on Artstation)
Pat Presley, Heaven's Throne, 2014 (find on Artstation)

Par sa nature, le péché emprisonne la personne, il le submerge. De par son baptême, le chrétien est virtuellement immunisé contre les pulsions de mort qui guette tout être humain. Mais le baptême n'est pas une action mécanique magique et la nature humaine est fragile. Par conséquent, la volonté doit toujours être mobilisée afin de tendre vers l'état de sainteté dont l'homme est porteur : ...la vie nouvelle reçue dans l'initiation chrétienne n'a pas supprimé la fragilité et la faiblesse de la nature humaine, ni l'inclination au péché que la tradition appelle la concupiscence, qui demeure dans les baptisés pour qu'ils fassent leurs preuves dans le combat de la vie chrétienne aidés par la grâce du Christ.1 Bien sûr, la volonté de l'individu ne suffit pas car c'est Dieu qui guérit.

On ne conscientise sans doute pas assez que le sacrement de réconciliation se vit à trois : celui qui se confesse, le prêtre et surtout Dieu. Ce sacrement est avant tout une rencontre avec le Dieu d'amour. Quelque soit le niveau de responsabilité consciente du pécheur, le sacrement doit être vécu comme une visite chez le médecin, mais un médecin particulier puisqu'Il est celui qui guérit tout, qui restaure malgré tout. Guérison est le mot clé du sacrement de réconciliation mais on peut aussi sans doute utiliser le terme de croissance intérieure.

La confiance totale mise en Dieu, en son amour qui est toujours premier, la foi avec laquelle on s'ouvre devant lui, vont permettre à l'Esprit d'agir et de renouveler le cœur endurci. L'être peut alors opérer une conversion, réajuster son existence sous le regard bienveillant de Dieu qui relève et pardonne.

Car Dieu n'accuse pas, c'est le diable qui accuse, Dieu accueille, ouvre les bras :

C'est ce pardon de Dieu qui apaise et renforce. On l'a dit, le sacrement de réconciliation ne doit pas être une torture chargée de culpabilité ou de remords mais une mise à nu sincère et repentante : « Le remord est une plante venimeuse qui a comme horizon le suicide ; le repentir est une plante thérapeutique qui a comme horizon la vie. »2

La confession n'est pas non plus une grande lessive où l'on viendrait se donner bonne conscience comme par magie. Elle est bien plus que cela, elle est une remise à neuf, une réactualisation de la force donnée à notre baptême. Force d'amour, de puissance et de joie profonde. Le péché nous empêche de nous accomplir pleinement, la force de Dieu nous libère, nous permet de devenir nous-mêmes, de devenir à notre tour des sources d'amour pour l'humanité entière.

Le sacrement de réconciliation nous inscrit dans une dynamique d'évolution. En identifiant nos travers, en prenant l'habitude de nous regarder en vérité (c'est-à-dire étymologiquement avec humilité) on met un nom sur nos ennemis intérieurs, on voit l'ombre qui est en nous, on sait contre qui va se dérouler la bataille intérieure. Le sacrement en lui-même sonne la victoire car nous permettons à Dieu d'intervenir en nous, c'est là la véritable signification du Pardon accordé.

De ce qui précède, on comprend que la pénitence n'est pas un rachat marchandé de la faute commise. Elle est au contraire le commencement d'une vie nouvelle.

Le repentant ne s'identifie plus avec sa faute, son péché, sa blessure. Grâce à Dieu, il a pu l'objectiver, s'en dissocier, un processus de conversion s’accomplit.

Le sacrement de réconciliation rétablit l'Alliance sacrée entre l'individu et Dieu, ce faisant, il n’abolit pas la responsabilité individuelle mais au contraire la restaure. Peu à peu, de guérisons en guérisons, d'introspections en introspections, chacun devient plus réceptif à la Grâce, se renforce, cultive son discernement, devient plus responsable et d'une certaine façon, beaucoup plus jeune : « Quand un catholique vient de se confesser, il franchit vraiment de nouveau cette porte qui ouvre sur l’aurore des premiers jours de la vie, et il entrevoit avec un regard neuf, au travers de ce monde, un palais de cristal qui est réellement de cristal. Il croit que dans le recoin obscur et dans le rituel bref du confessionnal, Dieu l’a pour de bon refait à son image. Il est alors un nouveau sujet d’expérience pour le Créateur : il l’est autant que lorsqu’il n’avait que cinq ans. » 3

1Catéchisme de l’Église Catholique 1426

2Vladimir Jankélévitch, Philosophie Morale, Flammarion, 1998

3G.K.Chesterton, L'Homme à la clé d'or - Autobiographie, Les Belles Lettres, 2015

Tag(s) : #Sacrements, #Jésus-Christ, #Eglise de Vie

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