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C.S.Lewis et la Loi Naturelle (2/12) : universalisme et relativisme

Pour Lewis, la Loi Naturelle qui est spécifique à l'être humain a une double caractéristique :

1) Elle existe en chaque être et n'a nul besoin d'être enseignée, elle est donc universelle.

2) Elle dépend du libre arbitre pour être appliquée.

A la première spécificité, certains ont rétorqué à Lewis que les cultures avaient émis des codes de morale différents. Ce à quoi Lewis répond de but en blanc : « C'est faux ». Pour le professeur d'Oxford, croire cela, c'est une vision de l'esprit qui s'attache aux détails plutôt qu'à l'essence de la réalité car si l'on compare l'enseignement moral de l'ensemble des anciennes civilisations, on est frappé de voir comme toutes les morales se ressemblent et sont proches de la nôtre. Et en boutade de pousser le raisonnement : « Réfléchissez à ce que signifierait une morale entièrement différente. Imaginez un pays où l'admiration irait aux déserteurs, où on serait fier de trahir ses meilleurs amis. Les hommes peuvent avoir une opinion différente quant aux personnes avec lesquelles il ne faut pas être égoïste (leur famille, leurs concitoyens ou simplement tout le monde..) mais tous reconnaissent qu'il ne faut pas vivre que pour soi. Et de même, on peut avoir des avis différents sur le nombre d'épouses qu'on peut avoir mais on a toujours été d'accord sur un point : l'homme ne peut posséder chaque femme qu'il désire. »

Cette objection et la réponse que Lewis fait, me semblent tout à fait pertinentes et importantes dans le contexte de relativisme dans lequel nous vivons. Car encore plus qu'à l'époque de Lewis, il nous faut prendre conscience que se joue aujourd'hui une forte opposition entre une vision du monde universaliste (défendue ici par Lewis et par l'Eglise en général mais aussi pour d'autres raisons par Kant) et une position de relativisme culturel dont on peut trouver l'origine notamment chez l'anthropologue américain Franz Boas.

La position relativiste part d'un bon sentiment : qui sommes-nous pour juger autrui ? A ce questionnement louable en lui-même se joint un fort sentiment d'auto-déconsidération. On égrène facilement la liste interminable des horreurs imaginaires, exagérées ou réelles commises par l'Occident qu'on assimile rapidement au christianisme et à l'idée de Loi Naturelle ou de Morale Universelle.

Deux petits exemples personnels illustrent ce point. Le premier étant une réaction générée sur les réseaux sociaux suite au partage d'un article présentant le dernier livre de Mgr Di Falco portant sur les persécutions chrétiennes. Certaines réactions me laissèrent pantois : « Un juste retour de manivelle après tout ce qu'ils ont fait durant les croisades... Justice rendue après tous les massacres commis au nom de Dieu... Si une communauté est persécutée, c'est bien que dans le passé, il y eut des antécédents qui ont fait que... » (sic!)

Le second exemple est une conférence sur les sociétés pré-colombiennes, à laquelle j'assistais. Elle portait principalement sur le sacrifice humain pratiqué par les Aztèques. A ma grande surprise, sans sourciller et sans provoquer de grandes réactions dans le public, l'orateur conclut en disant «les sacrifices aztèques ne sont pas barbares puisqu'ils se justifient par une culture, une croyance et une religion structurée. Par ailleurs, si nous les connaissons, c'est de la faute (sic) des conquistadors chrétiens qui se devaient de justifier leurs exactions sur le peuple autochtone. »

Loin de moi l'idée de minimiser les erreurs de la chrétienté, de faire du révisionnisme historique ou de plaider pour un évolutionnisme des cultures dont l'Occident serait le pinacle. Chaque culture apporte son propre éclairage sur le monde et sur l'univers dans lequel nous vivons et chaque philosophie ou religion a certainement quelque chose à dire pour autant qu'elle ne soit pas mortifère. Or dans l'exemple ci-dessus, on voit bien comment une culpabilisation historique couplée à une sécularisation et un athéisme fort, engendre un relativisme culturel tel qu'il justifie les actes les plus délétères et rejette la Loi Naturelle voire l'idée même de morale.

Il est donc sans doute essentiel de faire réfléchir sur l'idée de l'objectivation universelle du Bien et du Mal.

Tag(s) : #C.S.Lewis, #Morale, #Ethique, #Théologie et spiritualité, #Tradition

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