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Fernand Khnopff, Le Vice Suprême, 1870
Fernand Khnopff, Le Vice Suprême, 1870

Lewis a des mots très durs pour ce qu'il constate être une perversion du système qui s'enfonce, selon lui, sous couvert de progressisme, dans une voie contraire au véritable progrès qui devrait mener vers plus de civilisation et plus d'humanité. Il faut citer ces mots qui résument à eux-seuls toute la pensée du professeur : La Loi Naturelle n'est pas un système de valeurs possibles parmi beaucoup d'autres. C'est la seule source de toute valeur. Si on le rejette, on rejette toute valeur. Si on en conserve une seule valeur, on le conserve tout entier. Tout effort qui consisterait à le réfuter pour le remplacer par un nouveau système de valeur se contredirait lui-même. Il n'y a jamais eu, et il n'y aura jamais, de jugement de valeur radicalement nouveau dans l'histoire de l'humanité. Ces choses qui prétendent être de nouveaux systèmes ou idéologies, ne sont rien d'autre que des fragments de la Loi elle-même, arbitrairement arrachés à leur contexte global et démesurément gonflés jusqu'à la folie dans leur isolement, cependant, c'est à la Loi et à elle-seule, qu'ils doivent le peu de validité qu'ils possèdent. (...) Partout où on exige d'un précepte de la morale traditionnelle de se justifier comme si c'était à lui de présenter des preuves de sa crédibilité, nous faisons fausse route. On ne peut pas mettre la Loi sous la menace de son pistolet et attaquer directement un précepte avec des « Pourquoi ? » « A quoi cela sert-il ? » « Qui a dit cela ? » car aucune valeur ne peut se justifier elle-même à ce niveau. On ne doit pas non plus retarder l'obéissance à un précepte jusqu'à ce qu'on ait examiné s'il est digne de confiance. Seuls ceux qui pratiquent la Loi comprennent cela et seul l'homme de coeur (le coeur gentil – le gentilhomme) reconnaît la raison chaque fois qu'elle se manifeste.

Et de conclure : L'intelligence humaine n'a pas davantage le pouvoir d'inventer une nouvelle valeur qu'il n'en a d'imaginer une nouvelle couleur primaire ou de créer un nouveau soleil avec un nouveau firmament pour qu'il s'y déplace 1

Cela signifierait-il que la Loi Naturelle et Universelle serait immuable dans sa formulation et son application ? Serait-elle comme un carcan pesant lourdement sur les Hommes ? Justement non dit Lewis. La Loi présente au coeur de la Création et de l'être humain, ne s'exprime pas toujours de la même manière au cours de l'Histoire. La lettre diverge et il appartient aux Hommes d'en saisir l'Esprit qui y souffle. Mais de la même manière qu'un poète de l'ampleur de Shakespeare peut et va faire évoluer la langue qu'il manie, seul celui qui vit dans et par la Loi Naturelle peut lui imprimer une nouvelle expression ou direction selon l'exigence de l'Esprit. Quelqu'un d'extérieur à la Loi ou qui la mépriserait ne pourrait aucunement en pénétrer l'esprit et en changer la lettre.

Les mots de Lewis sont particulièrement difficiles à entendre pour notre époque peu encline à accepter une morale en bloc et où à tout les niveaux de la société, l'idée est répandue que c'est à chacun de se construire sa propre morale. Pourtant, les idées exprimées ci-dessus peuvent déboucher sur de belles réflexions :

Si cette source mystérieuse de la Morale existe alors, elle nous relie tous, en tant qu'individus mais aussi en tant que cultures. N'est-ce pas là une piste pour évoquer des valeurs communes ?

Comment différencier les coutumes locales parfois mortifères et superstitieuses avec les véritables valeurs ressortant de la morale universelle ?

Souvent la Loi Naturelle a servi pour justifier l'injustifiable et des pratiques parfois opposée à elle (ségrégations, discrimination de la femme, etc...). En tenant compte de ces horreurs et des sujets de désaccords au sein de la société (comme la place de l'homosexualité par exemple), comment et pourquoi défendre encore l'idée de la Loi Naturelle ?

Peut-on/Doit-on partir du décalogue pour exprimer les vertus et valeurs de la Loi Naturelle ou les retrouver ailleurs ? Comment se positionne la Charte des Droits de l'Homme par rapport à ces valeurs racines universelles ?

Cette racine fondant une identité commune, loin d'enfermer, n'ouvre-t-elle pas la liberté à l'expression d'une altérité ? Altérité qui ne serait alors plus celle d'une identité destructrice mais bien celle d'une singularité enrichissante...

1C.S.Lewis, L'Abolition de l'Homme, Raphaël Edition, 2000, pp 60-65

Tag(s) : #C.S.Lewis, #Ethique, #Morale, #Philosophie, #Décadence

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