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The Scapegoat (Le Bouc émissaire), tableau de William Holman Hunt, 1854-1856
The Scapegoat (Le Bouc émissaire), tableau de William Holman Hunt, 1854-1856

Le 4 novembre, le philosophe René Girard est retourné près de Dieu. Dieu qu'il avait servi en tant qu'anthropologue et philosophe car René Girard a porté la pensée philosophique chrétienne jusqu'à son sommet. Mémoire éternelle à ce grand esprit de notre temps !

Dans Des choses cachées, René Girard aborde pour la première fois le christianisme et la Bible.

Les Évangiles se présentent apparemment comme n’importe quel récit mythique, avec une victime-dieu lynchée par une foule unanime, événement remémoré ensuite par les sectateurs de ce culte par le sacrifice rituel – symbolique celui-là – eucharistique. Le parallèle est parfait sauf sur un point : la victime est innocente. Le récit mythique est construit sur le mensonge de la culpabilité de la victime en tant qu’il est récit de l’événement vu dans la perspective des lyncheurs unanimes. C’est la « méconnaissance » indispensable à l’efficacité de la violence sacrificielle.

La « bonne nouvelle » évangélique affirme clairement l’innocence de la victime, devenant ainsi, en s’attaquant à la « méconnaissance », le germe de la destruction de l’ordre sacrificiel sur lequel repose l’équilibre des sociétés. Déjà l’Ancien Testament montre ce retournement des récits mythiques dans le sens de l’innocence des victimes (Abel, Joseph, Job, Suzanne…) et les Hébreux ont pris conscience de la singularité de leur tradition religieuse. Avec les Évangiles, c’est en toute clarté que sont dévoilées ces « choses cachées depuis la fondation du monde » (Mathieu 13, 35), la fondation de l’ordre du monde sur le meurtre, décrit dans toute sa laideur repoussante dans le récit de la Passion.

Dans les Évangiles, le Dieu de violence a entièrement disparu. Personne n’échappe à sa responsabilité, l’envieux comme l’envié : « Malheur à celui par qui le scandale arrive ». Comme l’a dit Simone Weil : « Avant d’être une théorie de Dieu, une théologie, les Évangiles sont une théorie de l’homme, une anthropologie. »

La révélation évangélique contient la vérité sur la violence, disponible depuis deux mille ans, nous dit René Girard. A-t-elle mis fin à l’ordre sacrificiel fondé sur la violence dans la société qui s’est réclamée du texte évangélique comme de son texte religieux propre ? Non, répond-il, pour qu’une vérité ait un impact il faut encore qu’elle rencontre un auditeur réceptif et les hommes ne changent pas comme cela. Le texte évangélique a agi bien plutôt comme un ferment de décomposition de l’ordre sacrificiel. Si la chrétienté médiévale a montré le visage d’une société sacrificielle sachant encore très bien mépriser et ignorer ses victimes, l’efficacité sacrificielle n’a cessé de s’amoindrir, à mesure que la méconnaissance reculait.

Pour Girard, Nietzsche compte parmi ceux qui ont le mieux compris ce qui se joue dans la révélation chrétienne et son pouvoir de subversion de l'ordre sacrificiel que Nietzsche rêve de voir renaître au prix d'une extrême tension. On peut voir dans la violence de ce refus une source de la folie dans laquelle il sombrera.

En 2007, René Girard inaugure une nouvelle étape de ses recherches et de sa pensée avec Achever Clausewitz. Dans ce livre d’entretiens avec Benoît Chantre, il analyse l’histoire contemporaine et ses conflits à l’aune du traité De la guerre de Carl von Clausewitz, resté connu pour la formule : « La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens. » En effet, le stratège prussien parle volontiers de « duel », d’« action réciproque » ou de « montée aux extrêmes ». Pour René Girard, c’est le signe que Clausewitz a compris mieux qu’aucun de ses contemporains ce qui s’était joué avec les guerres napoléoniennes : la rivalité mimétique entre la France et l’Allemagne nourrit une montée aux extrêmes de la violence qui aboutira à une vision de la guerre comme anéantissement de l’adversaire, destruction de l’autre, perçu comme le différent et qui est pourtant l’identique, le gémellaire, contre lequel lutter par une « guerre absolue », un duel qui semble la continuation, avec les moyens de la guerre moderne et à une plus vaste échelle, du sacrifice originaire du frère jumeau. René Girard achève Clausewitz en ce sens qu’il pousse la logique du De la guerre jusqu’à son terme : du début du XIXe siècle jusqu’au début du XXIe, de la bataille d’Iéna aux attentats du 11 septembre 2001, l’histoire s’est accélérée et la violence a engendré toujours plus de violence.

(source : Wikipédia)

Tag(s) : #Jésus-Christ, #Philosophie, #Histoire, #Judaïsme

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