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L'humanité zombie 3/4 : une non identité

Le zombie est un être qui ne parle plus, qui ne dialogue plus. C'est un être qui est coupé de son histoire. Certains auteurs de fantastique, ont imaginé le monde du point de vue du zombie. Un monde triste, celui d'un être qui se souvient, comme dans un brouillard, de la vie précédant sa condition de zombie mais qui ne peut pas résister à la faim et à l’agressivité qui le tenaillent. Les histoires de zombies nous parlent aussi d'êtres qui ont perdu leur enracinement.

Or, on sait que l'enracinement est capital pour l'équilibre psychologique et spirituel des individus. Souvenons-nous du tout premier psaume :

Heureux l'homme qui ne marche pas selon le conseil des méchants, Qui ne s'arrête pas sur la voie des pécheurs, Et qui ne s'assied pas en compagnie des moqueurs, mais qui trouve son plaisir dans la loi de l'Eternel, Et qui la médite jour et nuit! Il est comme un arbre planté près d'un courant d'eau, Qui donne son fruit en sa saison, Et dont le feuillage ne se flétrit point: Tout ce qu'il fait lui réussit. Il n'en est pas ainsi des méchants: Ils sont comme la paille que le vent dissipe. C'est pourquoi les méchants ne résistent pas au jour du jugement, Ni les pécheurs dans l'assemblée des justes; Car l'Eternel connaît la voie des justes, Et la voie des pécheurs mène à la ruine. (Psaume 1)

Celui qui est enraciné en Dieu mais aussi en lui-même et dans son histoire est quelqu'un qui va pouvoir porter du fruit, qui va pouvoir croître intérieurement, qui va pouvoir être heureux et se développer verticalement. Celui qui est déraciné se dissipe au vent, sans consistance, il est stérile.

N'est-ce pas aussi ce que l'on peut retenir du texte de Marc 5 ? Le possédé qui vient à la rencontre de Jésus habite dans un tombeau. Il est une sorte de mort-vivant qui à l'instar des zombies, est enfermé en lui-même. Il se débat dans les liens intérieurs qui entrave sa conscience mais aussi dans les liens que l'extérieur essaye de lui imposer. Aliéné intérieurement, aliéné par le monde qui l'entoure, il erre sans but dans un ersatz de vie. Il n'arrive même plus à s'exprimer, à verbaliser son mal être, à dire la confusion qui est la sienne... La seule chose qu'il arrive à faire, c'est à se faire du mal, à se frapper avec des pierres.

Puis Jésus débarque et confusément, le malheureux sent que cet homme est là pour lui. Lors de l'échange entre les deux hommes, l'on se rend compte à quel point la question de l'identité est cruciale. « Je suis légion » dit le démon, « car nous sommes nombreux ». Comme les zombies, l'intelligence démoniaque est collective. Ce n'est pas une communion mais une collectivité qui uniformise, qui noie la personne et dissout la singularité.

Lorsqu'on demandait à Saint Irénée de Lyon, pourquoi l'Esprit n'avait pas révélé le nom de l'Antéchrist, il répondait « (Il ne le fait pas) non par ignorance, ou parce qu'il le cache mais parce que ce nom n'était pas digne d'être proclamé par l'Esprit Saint qui a inspiré le texte. Son nom n'a pas été proclamé, car on ne proclame pas le nom de ce qui n'est pas. »1

Le mal, c'est ce qui empêche l'être d'advenir. Le Christ dénoue les liens en posant la question « comment te nommes-tu ? ». Le nom, le prénom, donne une consistance à l'être. Dans la liturgie byzantine, le prêtre dit le prénom au moment de donner l'eucharistie : Dieu nous appelle par notre prénom, dans notre singularité de personne. Il faut laisser l'être se construire et advenir. Savoir comment l'on se positionne par rapport à soi, par rapport à son nom, par rapport à son être afin de pouvoir être pleinement soi dans son rapport au monde.

1Saint Irénée de Lyon, cité par Daniel Vigne in Connaissance des Pères de l'Eglise, décembre 2010, p15

Tag(s) : #Grande Guerre, #Grande Corporation, #Diable & démons, #USA, #Europe, #société

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