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Transhumanisme (1/20) : de Prométhée à l'extrême droite américaine

Pas un jour ne passe sans que les déclarations fracassantes de l'un ou l'autre richissime homme d'affaire ou scientifique en vue ne fassent la une des journaux ou des sites les plus sérieux. Leur point commun ? Une adhésion absolue à la philosophie transhumaniste. Alors que nous rédigeons ces lignes, c'est l'Obs qui fait sa une « Demain, tous immortels ? Le projet fou des transhumanistes ». On y trouve une interview exclusive d'un nouveau nom du transhumanisme, Dmitri Itskov, jeune millionnaire russe convaincu d'atteindre l'immortalité vers les années 2045. Folie ? Peut-être. Mais folie collective et coûteuse alors car ce sont des milliards de dollars qui sont chaque année investis dans le « projet transhumain » qui à défaut de nous rendre tous immortels, nous promet l'instauration d'une société utopique d'ici vingt à trente ans : Rendez-vous compte : il n'y aura plus de vieillards, plus de malades. Et tout le monde sera beau1.

Rien que cette assertion mériterait une thèse pour être analysée car elle rejoint presque l'ensemble du questionnement humain, depuis les mythes anciens (Prométhée, Icare, le jardin des Hespérides,...) en passant par l'ensemble de la théologie (place de l'homme, de l'orgueil, de la tentation luciférienne mais aussi de la synergie, de la Création comme inachevée, de son évolution du point Alpha à l'Omega...), de la philosophie (philosophie des sciences, de la technique, des dangers de l'hybris...) et de la littérature (science-fiction, utopie, dystopie,...).

Dans le cadre limité de cette réflexion, nous avons dû limiter notre propos à quelques notions générales tant il est vrai que le sujet est immense. Nous avons choisi de cibler notre propos sur les modifications corporelles promises par le transhumanisme. Nous ne traiterons donc pas du volet de l'Intelligence Artificielle qui, à lui seul, demanderait un travail conséquent pour être traité, vu l'ampleur des questions qu'il pose : Qu'est-ce que l'intelligence ? Qu'est-ce que la conscience ? Qu'est-ce qu'une émotion ? Quand peut-on dire que quelque chose est vivant ? etc...

Nous commencerons notre travail par quelques généralités sur le transhumanisme, une sorte d'introduction car si le sujet prend de l'ampleur et se développe à une allure exponentielle, il en est encore à ses débuts et il est bien d'avoir une idée globale de ce dont on parle.

Ensuite, nous examinerons quelques enjeux propres au transhumanisme, quelles questions pose-t-il ? Comment se positionne-t-il sur différentes questions d'éthiques ? Peut-on vraiment « facilement » trancher entre un progrès technologique à visée curative qui serait positif et des applications mélioratives qui seraient moralement douteuses ?

Le transhumanisme veut redéfinir notre conception de l'humain mettant à mal la notion même d'humanisme. Le rapport au transcendant reste une question essentielle et un enjeu majeur dans cette nouvelle manière de penser l'homme.

Dans un troisième sous chapitre, nous aborderons brièvement la notion de l'eugénisme qui est évidemment un risque de dérive majeure du transhumanisme. Dérive ? Certains n'hésitent pas à dire qu'une certaine forme d'eugénisme sera promue par des Etats ou des compagnies privées désireux de rester compétitifs au niveau économique.

L'idéologie transhumaniste vise à dépasser ce qu'il y a d'imparfait et de périssable en l'homme. Récupérant à son compte les philosophies orientales et une sorte de néo-gnosticisme, le transhumanisme rêve d'un monde où l'homme n'aurait plus besoin de son corps.

Ce qui amène les penseurs transhumains à penser l'homme comme un pur ensemble de réactions mécaniques et chimiques, un sac de gênes qu'on peut manipuler selon notre bon vouloir. Cette vision utilitariste et scientiste de l'anthropologie pose des questions graves sur l'anthropologie future.

Dans le quatrième chapitre, nous verrons l'apport chrétien au débat. Existe-t-il une anthropologie à proprement chrétienne et peut-elle apporter des éléments pertinents au débat ? Car il faut qu'il y ait débat de fond. L'avancée technologique se fera, rien ne pourra l'empêcher, qu'on soit transhumano-enthousiaste ou transhumano-sceptique. Mais ces avancées technologiques n'impliquent pas nécessairement l'adoption de l'idéologie transhumaniste qui les sous-tend. Pour l'instant cette idéologie est dominée par la droite américaine qui occupe la Silicone Valley, ultra libertarienne, plaçant le droit de l'individu au-dessus de l'intérêt de la collectivité et profondément inégalitaire par conviction. A côté de cela, des gens comme Dmitri Itskov ou Technoprog2 affichent des préoccupations plus sociales, moins radicalement dystopique. Finalement, toutes les technologies transforment notre société depuis toujours, à nous de ne pas subir un changement paradigmatique imposé mais de laisser la technologie à sa place : comme outil au service de l'homme.

Sans nul doute que dans les dix ou vingt prochaines années, le débat public sera centré autour du transhumanisme. Il est primordial dès à présent de donner des outils de réflexions aux jeunes afin qu'ils ne subissent pas mais aient les éléments réflexifs pour être les acteurs conscients des changements qui arrivent. Dans cet ordre d'idée, il est également impérieux de montrer l'apport de la pensée chrétienne qui loin d'être dépassée, peut au contraire apporter un surplus d'âme au débat.

1Dmitri Itskov, L'homme qui veut tuer la mort in l'Obs, n°2642, 2015, p 39.

2Association française de transhumanisme.

Tag(s) : #Transhumanisme, #Scientisme, #Philosophie, #Politique et Géopolitique, #société, #USA, #Grande Corporation, #Illuminatis

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