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Transhumanisme (5/20) : Transhumanisme vs Humanisme Renaissant ?

Dans le document de l'épiscopat, Jean Guilhem Xerri conclut par un chapitre qu'il intitule « Le transhumanisme ou le projet d'un humanisme réussi ». Pour l'auteur, le transhumanisme est l'ultime avatar de l'humanisme athée visant à émanciper l'homme de la transcendance pour s'attacher seulement à ce qui est d'ordre humain1. C'est peut-être aller un peu vite. Car le transhumanisme s'oppose à l'humanisme sur beaucoup de points.

Pour le philosophe Jean-Michel Besnier, la conviction des humanistes de toujours est que l'homme est l'homme parce qu'il sait s'arracher à l'inertie naturelle, grâce à l'éducation, contrairement aux animaux qui ne le peuvent pas.2

Rappelons que le vieil humanisme de la Renaissance insistait sur la capacité méliorative de l'Homme qui fondait sa dignité :

« Le parfait artisan décida finalement qu'à celui à qui il ne pouvait rien donner en propre serait commun tout ce qui avait été le propre de chaque créature. Il prit donc l'homme, cette œuvre à l'image indistincte, et l'ayant placé au milieu du monde, il lui parla ainsi : « Je ne t'ai donné ni place déterminée, ni visage propre, ni don particulier, ô Adam, afin que ta place, ton visage et tes dons, tu les veuilles, les conquières et les possèdes par toi-même. La nature enferme d'autres espèces en des lois par moi établies. Mais toi, que ne limite aucune borne, par ton propre arbitre, entre les mains duquel je t'ai placé, tu te définis toi-même. Je t'ai mis au milieu du monde, afin que tu puisses mieux contempler autour de toi ce que le monde contient. Je ne t'ai fait ni céleste ni terrestre, ni mortel ni immortel, afin que, souverain de toi-même, tu achèves ta propre forme librement, à la façon d'un peintre ou d'un sculpteur. Tu pourras dégénérer en des formes inférieures, comme celle des bêtes, ou régénéré, atteindre les formes supérieures qui sont divines ».3

Dans l'esprit des Renaissants, l'Homme cultivé, par exemple, n'a donc pas plus de dignité ontologique que l'inculte, mais c'est sa capacité essentielle à se cultiver qui lui donne sa dignité d'homme.

Ce qui fait l'homme différent des animaux, c'est sa capacité à continuer l’œuvre du Créateur en se construisant lui-même tel un sculpteur. A priori, on pourrait croire que cette attitude est proche de celle des transhumanistes qui invitent d'ailleurs parfois Pic de la Mirandole pour défendre le bien fondé de leurs idées. Pourtant, cette communauté d'esprit n'est qu'apparente. Les Renaissants souhaitaient mettre en valeur notre dignité et notre liberté ontologique pour nous faire devenir plus humain sans jamais renier la Transcendance4.

1Jean-Guilhem Xerri, op.cit. p 16.

2Jean-Michel Besnier, Demain les posthumains, Pluriel, 2012.

3Pic de la Mirandole, Discours sur la dignité de l'Homme (1487), L'éclat, 1993.

4N'en déplaise à Michel Onfray qui veut opposer l'Humanisme « héroïque » et artistique de la Renaissance au Christianisme (« La sculpture de soi, livre de Poche, 1996), ce qui a bien des égards est un non-sens.

Tag(s) : #Renaissance, #Transhumanisme, #Bible, #Philosophie

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