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Transhumanisme (10/20) : L'humanité 2.0

Dans son livre Humanité 2.0, le directeur de l’ingénierie chez Google, Ray Kurzweil imagine un dialogue entre lui et un certain Bill :

Bill : Une partie de notre humanité vient de nos limitations. Nous ne prétendons pas être les entités les plus rapides du monde, avoir les plus grandes capacités de mémoire et ainsi de suite. Mais il y a une qualité indéfinissable, spirituelle dans le fait d'être humain qu'une machine, par définition, ne peut pas posséder.

Ray : Je demande encore une fois, jusqu'où pouvons-nous aller ? Les humains remplacent déjà des parties de leur corps et de leur cerveau par des dispositifs non biologiques qui réalisent mieux leurs fonctions « humaines ».

Bill : C'est mieux de ne remplacer que les organes et les systèmes malades ou endommagés. Mais vous remplacez en essence toute notre humanité pour améliorer les capacités de l'être humain, et ça, c'est profondément inhumain.

Ray : Alors peut-être que notre désaccord vient de la nature de ce qu'est l'être humain. Pour moi, l'essence de l'humain n'est pas dans nos limitations – même si nous en avons beaucoup – mais dans notre capacité de les dépasser. Nous ne sommes pas restés cloués au sol. Nous ne sommes pas restés sur notre planète. Et déjà nous ne nous contentons pas des limitations de notre biologie.

Bill : Mais nous devons utiliser ce pouvoir technologique avec une grand précaution. Au-delà d'un certain point, nous perdrons la qualité inexplicable qui donne sens à la vie.

Ray : Je crois que nous sommes d'accord sur le fait que nous devons reconnaître ce qui est important dans notre humanité. Mais il n'y a aucune raison de célébrer nos limitations1.

On a vu les limitations que Kurzweil rêve de dépasser : la maladie, la mort mais aussi tous les déterminismes physiques, intellectuels et psychologiques inhérents à la nature humaine. C'est le sens même du logo du transhumanisme H+ qui suggère qu'avec la technologie, l'humanité atteigne une nouvelle étape dans son évolution.

Nick Bostorm, directeur du Nouvel Institut pour le futur de l'humanité de l'université d'Oxford La vision transhumaniste de la nature humaine est celle d'un travail non achevé, un commencement « mi-cuit » que nous pouvons remodeler comme nous voulons. L'humanité actuelle n'a pas besoin d'être le fin mot de l'évolution2.

L'évolution ? Oui mais vers quoi ? Le transhumanisme est, dans l'ensemble, opposé à l'idée de Dieu. Tout au plus professe-t-il parfois un vague déisme scientiste où Dieu serait une sorte d'intelligence artificielle ultra élaborée, l'horloger de Voltaire version transhumaniste3. Ne voyant pas de sens, ni de finalité à l'Univers, le transhumanisme ne met pas de limite aux innovations techniques.

1Ray Kurweil, Humanité 2.0 : la bible du changement, M21 Editions, 2007, pp.334-335.

2Nick Bostrom, Transhumanist Values, in Ethical Issues for the 21st Century, ed. Frederick Adams (Philosophical Documentation Center Press, 2003).

3Voir Hugo de Garis, From Cosmism to Deism in Kurzweil Accelerating Intelligence, 18/01/2011 (http://www.kurzweilai.net/from-cosmism-to-deism).

Tag(s) : #Transhumanisme, #Nihilisme, #Nouvel Ordre Mondial, #Illuminatis, #Athéisme, #Scientisme

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