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Transhumanisme (14/20) : parler en vérité

En tant que chrétiens, l'erreur serait d'avoir peur du transhumanisme au point de l'ignorer. L'erreur serait de se replier sur nos certitudes chrétiennes et de couper le dialogue. Non. Certaines innovations technologiques auront de toute façon lieu avec ou sans notre assentiment, d'autres sont positives et même souhaitables, il faut donc confronter la pensée transhumaniste de front, en vérité, et utiliser le discernement et l'intelligence pour confondre ses failles éthiques, morales et spirituelles.

Pour l'essayiste Franck Damour, auteur de la « Tentation Transhumaniste »1, c'est même une nécessité vitale afin de ne pas laisser cette idéologie seule dessiner notre avenir, comme cela semble être le cas pour des acteurs de la nouvelle économie aux confins du numérique et du biologique qui, de la Californie aux rives de l’Asie, rêvent de faire de l’homme un être immortel ou à tout le moins de tuer la mort. Mais ce débat doit se tenir dans le cadre des règles de pensée communes, et non dans le cadre des règles de pensée du transhumanisme. Or, certaines thèses du transhumanisme s’installent peu à peu dans le langage commun par la mise en place d’un forçage des mots qui génère un forçage du raisonnement.2

Et l'auteur d'attirer notre attention sur deux idées dangereuses qui sont en passent de devenir des lieux communs, des modes de pensée inconscient et donc admis par la majorité.

D'abord l'idée que l'homme est transhumain depuis longtemps, sinon toujours en portant des lunettes, en buvant du café, en utilisant un sextant, etc... Or s'il est vrai que l'utilisation de la technologie fait partie de la nature humaine, c'est au mieux un abus de langage, au pire une manipulation, que de nommer toutes les technologies comme étant « transhumaines ». Comme nous l'avons vu précédemment dans le cadre de ce mémoire, l'utilisation de la pensée tronquée de Pic de la Mirandole ou Francis Bacon par les transhumanistes fait partie de la même dialectique. Non, toutes les innovations technologiques ne sont pas transhumaines en essence, c'est-à-dire qu'elles ne se relient pas nécessairement à la volonté de changer la nature profonde de l'être humain et ce, même si elles bouleversent notre vie ou notre conception du monde.

Le deuxième forçage des mots et des idées mit en évidence par Damour est l'expression de plus en plus courante d' « humain augmenté » (human enhancement) qui présuppose un homme quantifiable, totalement mesurable. Avec raison, l'auteur clame Non, l’humain ne peut pas être «augmenté». Seules ses capacités peuvent l’être. Le transhumanisme n’entend pas seulement soutenir l’usage de la technologie par l’homme, il entend remplacer la vie humaine par la croissance technologique, en laissant croire qu’avoir ou pouvoir plus permettra d’être plus3.

Cette prise de conscience est essentielle pour pouvoir discuter avec intelligence du transhumanisme. Depuis l'utilisation du premier silex, l'homme utilise la technique et la technologie pour améliorer ses capacités. Les prothèses ultra légères et articulées ne sont que l'amélioration du crochet du pirate. Elles ne changent pas la nature de l'homme. Par contre, changer le cerveau biologique par un cerveau positronique ou télécharger la conscience sur Internet, changera la nature de l'être humain de manière profonde et irrémédiable.

1Franck Damour, La tentation transhumaniste, Salvator, 2015.

2Franck Damour, les humains, ces transhumains ? Le débat interdit in Figarovox/analyse, 25/06/2015. (http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2015/06/23/31001-20150623ARTFIG00302-les-humains-ces-transhumains-le-debat-interdit.php).

3Franck Damour, ibidem.

Tag(s) : #Transhumanisme, #Scientisme, #Nihilisme, #Nouvel Ordre Mondial, #Athéisme, #Science, #société

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