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Transhumanisme (20/20) : Conclusion - Apporter un surplus d'âme

Néanmoins, le christianisme nous apprend à rester droit face aux doctrines extrêmes et à cultiver une certaine confiance en l'avenir. En tant que chrétiens, nous accueillons avec enthousiasme tout progrès technologique concourant à une réelle amélioration de la vie sur Terre. Mais pour que ces améliorations technologiques soient réellement un progrès et non l'avènement d'une dystopie, il faut pouvoir être à même de leur offrir un cadre conceptuel éthique mais aussi philosophique et théologique1 où elles puissent fleurir sans tourner au cauchemar. Pour le dire de manière encore plus directe, ces technologies émergeront de toute façon, ne pas s'en préoccuper revient à les subir et surtout à se laisser submerger par la philosophie ultra-matérialiste et nihiliste qui les porte2. Dans un monde en grande partie touché par une crise économique mais aussi morale et spirituelle, un monde qui oublie Dieu, le moque ou le transforme en idole monstrueuse, un monde où règne une perte de repère, un grand désespoir et un vide de sens patent, il y a une grande attente messianique doublée d'une dangereuse dépréciation de l'humain en tant que tel. Tout alarmisme gardé, cette situation détonante dans laquelle nous vivons pourrait déboucher sur une société encore plus cynique, nihiliste et délétère que celle que nous connaissons actuellement.

Il est donc urgent de proposer une perspective humaniste renouvelée à la techno-humanité qui émerge. Un humanisme chrétien qui ne serait pas en réaction passéiste vaine à une hyper-modernité qui s'impose mais tenterait plutôt de l'ensemencer en considérant l'homme dans son intégrité corporello-spirituelle et sa dignité.

La volonté du transhumanisme est de dépasser l'espèce, de donner naissance à une nouvelle espèce posthumaine, « le Successeur » de Jean-Michel Truong. Ceci doit nous faire nous réinterroger sur le telos chrétien, la déification de l'être. Cette notion, qui est pourtant au cœur des premiers siècles de la théologie chrétienne, fut un peu mise de côté au cours des siècles (surtout en Occident3), non par désaccord mais par un accent porté sur la morale et une théologie plus rationnelle. Peut-être faudrait-il renouer avec le beau telos chrétien capable de nourrir une forte espérance et de donner un horizon théologique et théocentrique à ce monde en manque de repère et de sens. Au début de la révolution industrielle, le peintre symboliste Henri le Groux avait peint le « Grand Chambardement » pour exprimer son désarroi face au monde nouveau qui s'imposait.

Aujourd'hui, nous sommes sans doute à la veille d'un « chambardement » au moins aussi important et il est certainement du devoir des chrétiens de proposer des réponses qui ne soit ni le déni de la lame de fond qui arrive, ni l'opposition absolue aux nouvelles technologies mais plutôt l'accompagnement de celles-ci et leur réception dans un cadre théologique solide et profond. Il faut faire avec le transhumanisme ce que l’Église a toujours fait : non être en réaction mais donner la profondeur et le supplément d'âme sans lequel cette nouvelle société aux pouvoirs colossaux sera dangereusement bâtie sur le vide du non-sens.

Des progrès fantastiques peuvent être accomplis pour le bien de l'humanité si celle-ci évite le piège de la désacralisation totale réduisant le mystère de l'existence à quelques équations. Nous ne pouvons que donner raison au docteur en sciences physiques et en philosophie Dominique Lambert : Un enjeu majeur pour les chercheurs aujourd'hui est de voir comment développer des technologies qui contribuent réellement à aider, à développer l'homme et les sociétés, sans sombrer dans une négation incohérente de l'humain ou dans un asservissement à des fantasmes de toute-puissance. Je fais le pari qu'un tel développement est non seulement possible mais qu'il est aussi très fructueux pour les technosciences elles-mêmes4.

1Voire eschatologique vu la gravité des sujets touchés par les nouvelles biotechnologies et leur impact profond sur la Création.

2Et dont la théorie du genre n'est que la partie immergée.

3La théologie de la déification fut réhabilitée au XXe siècle au sein de l'Eglise Catholique. Jean Paul II y voyait l'un des héritages les plus précieux de la théologie orientale propre à enrichir l'expérience théologique occidentale.

4Dominique Lambert, Enjeux scientifiques du transhumanisme in Pastoralia, Mai 2015, p 11.

Tag(s) : #Transhumanisme, #société, #Nouvel Ordre Mondial, #Eglise de Vie, #Nihilisme, #Science

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