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Daniel, l'ange et la déification de l'Homme (1/2)

En l'an trois de Cyrus roi de Perse, une parole fut révélée à Daniel, surnommé Beltshassar. Cette parole était vérité et grande peine. Il comprit la parole ; il en eut la compréhension par la vision.

En ces jours-là, moi Daniel, je portai le deuil pendant trois semaines : Je ne mangeai aucun mets délicat, ni viande ni vin n'entrèrent dans ma bouche, et je ne me parfumai pas jusqu'à l'achèvement des trois semaines. Le vingt-quatrième jour du premier mois, je me trouvais sur le bord du grand fleuve, c'est-à-dire du Tigre. Je levai les yeux et regardai, et voici qu'il y avait un homme vêtu de lin ; il avait une ceinture d'or d'Oufaz autour des reins. Son corps était comme de la chrysolithe, son visage, comme l'aspect de l'éclair, ses yeux, comme des torches de feu, ses bras et ses jambes, comme l'éclat du bronze poli, le bruit de ses paroles, comme le bruit d'une foule. Moi, Daniel, je vis seul l'apparition ; les gens qui étaient avec moi ne virent pas l'apparition, mais une grande terreur tomba sur eux, et ils s'enfuirent en se cachant. Je restai donc seul et regardai cette grande apparition. Il ne me resta aucune force ; mes traits bouleversés se décomposèrent et je ne conservai aucune force. J'entendis le son de ses paroles ; et lorsque j'entendis le son de ses paroles, je tombai en léthargie sur ma face, la face contre terre. Et voici qu'une main me toucha ; elle me mit, tout tremblant, sur les genoux et les paumes de mes mains. Et l'homme me dit : « Daniel, homme des prédilections, comprends les paroles que je te dis et tiens-toi debout à ta place, car maintenant j'ai été envoyé vers toi. » Tandis qu'il me disait cette parole, je me mis debout tout tremblant. Il me dit : « Ne crains pas, Daniel, car depuis le premier jour où tu as eu à cœur de comprendre et de t'humilier devant ton Dieu, tes paroles ont été entendues, et c'est à cause de tes paroles que je suis venu. Le Prince du royaume de Perse s'est opposé à moi pendant vingt et un jours, mais voici que Michel, l'un des Princes de premier rang, est venu à mon aide, et je suis resté là auprès des rois de Perse. Je suis venu te faire comprendre ce qui arrivera à ton peuple dans l'avenir, car il y a encore une vision pour ces jours-là. »

Tandis qu'il me parlait en ces termes, je tournai ma face vers la terre et me tus. Mais voici que quelqu'un, ayant la ressemblance des fils d'homme, me toucha les lèvres ; j'ouvris la bouche et me mis à parler. Je dis à celui qui se tenait devant moi : « Monseigneur, à cause de l'apparition, des angoisses m'ont saisi et je n'ai conservé aucune force. Comment ce serviteur de monseigneur pourrait-il parler à monseigneur que voici, alors qu'il ne subsiste en moi aucune force et qu'il ne me reste pas de souffle ? » Alors, celui qui avait l'apparence d'un homme me toucha de nouveau et me réconforta. Puis il me dit : « Ne crains pas, homme des prédilections ! Que la paix soit avec toi ! Sois fort ! Sois fort ! » Tandis qu'il me parlait, je repris des forces et je dis : « Que monseigneur parle, car tu m'as réconforté. » Il dit : « Sais-tu pourquoi je suis venu vers toi ? Je reprendrai maintenant le combat contre le Prince de Perse, et je vais sortir, et voici que va venir le Prince de Grèce. Mais je t'annoncerai ce qui est inscrit dans le Livre de vérité. Il n'y a personne qui me prête main-forte contre ceux-là, sinon Michel, votre Prince. (Dn 10 ; 13)

Ce récit est raconté par le Prophète Daniel alors qu'il se trouve déporté à Babylone. Dans la suite, l'ange que la tradition identifie comme Gabriel lui livre une prophétie dont on ne sait trop si elle a trait à une description de la fin des temps ou des guerres qui devaient encore ravager le Moyen Orient à l'époque de Daniel.

Quoiqu'il en soit, plusieurs choses frappent dans ce texte. D'une part l'extraordinaire apparence de l'ange : éblouissant, irradiant, écrasant. L'ange est une entité spirituelle qui ne se pare d'un corps que pour être vu et perçu par nos sens humains. Or, nous avons du mal à les regarder, à soutenir leur aura tant l'écart entre notre état de Chute et leur nature est dantesque.

Et pourtant, par nature, l'homme est égal sinon supérieur aux anges. Et il est amené à le redevenir. S'étant lourdement appesanti après la Chute, s'étant mêlé à l'ivraie ténébreuse, l'homme est contraint de refaire un long chemin d'évolution afin de regagner la place qui est la sienne dans la Création, afin de refaire le chemin entre l'image de Dieu qui est inscrite en lui et la ressemblance.

Les anges aperçu par Daniel ou par d'autres mystiques ont la même intention que le Christ lors de Sa transfiguration, ils donnent une vague idée de ce que nous pourrions être.

Mais il faut apporter ici plusieurs nuances :

- Tout comme il faut se garder d'un passéisme ne pouvant mener qu'à une conception figée et à une crispation empêchant toute progression, il faut également se méfier d'un évolutionnisme radical ou d'un progressisme radical. En effet, croire en l'évolution spirituelle de l'individu et de l'humanité en général, n'implique pas de porter toute son attention et son espoir uniquement sur le futur. Car l’Éternité n'existe que dans l'instant présent qu'il faut vivre le plus intensément possible afin de s'ouvrir à la possibilité de la Grâce qui peut nous saisir n'importe quand : dans la contemplation de la Nature, dans l'écoute d'une mélodie, dans l'admiration d'une oeuvre d'art, dans la lecture d'un récit fantastique ou féérique,... L'attention portée sur le présent et le fait de le vivre le plus pleinement possible nous ouvre à notre créativité car l'esprit ne se perd ni dans la nostalgie réactionnaire d'un passé révolu, ni dans l'attente d'un futur hypothétique.1

- La conscience de notre nature primordiale et de notre éventuelle déification ne doit aucunement nous transporter dans un sentimentalisme niais qui nous ferait ignorer le mal qui existe en nous et dans l'Humanité. Car si l'on oublie le mal qui nous ronge et qui essaye de s'instiller dans notre conscience à chaque instants, si l'on oublie le mal qui détruit tant de vies autour de nous, nous risquons de nous installer dans une pseudo et superficielle béatitude qui nous mènerait à un hédonisme, c'est à dire la fuite en avant d'une conscience anesthésiée.

- Toutefois, paradoxalement, conscient du mal pour éviter la niaiserie et le sentimentalisme, il faut se concentrer sur la lumière afin de ne pas nourrir et densifier l'obscurité de nos ombres intérieures. Grande erreur du christianisme dévoyé qui se focalise sur la culpabilisation et l'existence des failles intérieures et du même coup renforce l'éloignement et la rupture avec Dieu (pêché). Plus sage est le proverbe extrême-oriental : « Plutôt que de maudire les ténèbres, allume une bougie ».

- Pour pouvoir entendre les paroles de l'Ange, Daniel doit être fortifié : Ne crains pas, homme des prédilections ! Que la paix soit avec toi ! Sois fort ! Sois fort ! . Faible, il ne peut rien comprendre, rien entendre. Toute démarche spirituelle doit s'accompagner d'un renforcement de la personne. Mais de quelle force s'agit-il ? Car il existe deux forces, l'une est illusoire, elle se donne l'apparence de la force mais est en réalité une faiblesse de l'âme, l'autre est authentique et mène l'homme à se réaliser.

1. Naturellement, il faut distinguer le passéisme qui est l'idolâtrie du passé avec l'amour de la Tradition et de l'Histoire comme elle apparaît chez Tolkien, Lewis ou Druon. On peut porter son esprit vers le passé ou les contrées imaginaires, nourrir sa créativité de sensations oubliées tout en étant centré spirituellement sur la pleine conscience du moment présent. Même réflexion concernant le progressisme pour les auteurs de Science Fiction tourné vers l'anticipation.

Tag(s) : #Anges - Vertus & Esprit Chevaleresque, #Bible, #Theosis, #Déification

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