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Les filles du Harem par le peintre italien Fabio Fabbi
Les filles du Harem par le peintre italien Fabio Fabbi

C'est comme un défi qui est lancé par le couple présidentiel turque aux valeurs d'égalité de l'homme et de la femme. Alors que la journée des droits de la femme rappelait que la situation féminine de ce monde est loin d'être idéale, voire satisfaisante, voici que le néo-sultan se pique de dire que le rôle de la femme est surtout celui de mère (ha ce vieux poncif misogyne de la femme à la maison!) mais bientôt son épouse le suit en vantant les vertus éducatives des harems d’antan.

Outre le ridicule historique d'une telle affirmation, ce qui est intéressant, c'est le provocateur de la posture. Un peu partout, prenant prétexte de la perte de substance de notre civilisation, s'élèvent des voix à l'intérieur comme à l'extérieur de notre société pour dénoncer frontalement ou insidieusement les revendications féministes les plus élémentaires.

Frontalement comme le populiste Zemmour pour qui le malheur du monde vient en partie des femmes. Insidieusement comme les critiques ayant reproché à la Reine des Neiges, Star Wars ou autres Hunger Games de mettre en avant des personnages féminins au caractère trop trempé. Ceux là confondent ou font semblant de confondre la perte de l'esprit combatif et chevaleresque résultant de la mercantilisation et de la perte générale des vertus de force et de courage, avec une soi disant féminisation de l'homme et du monde.

Comme le rappelle la chercheuse Margot Badran : L’islam est la seule des trois religions du Livre à avoir introduit dans ses textes – le Coran considéré comme la parole de Dieu – l’idée d’une égalité fondamentale de la femme et de l’homme et à y inclure la question des droits des femmes et de la justice sociale. C’est ce message qui a été perverti au nom de l’islam lui–même. Le patriarcat préexistant, que le Coran est venu tempérer et finalement éradiquer (...) s’est montré fort résistant. Et c’est en dépit de la persistance du patriarcat que la religion musulmane fut adoptée. La manipulation par les franges dominantes de la société fut telle que l’islam finit par être perçu comme naturellement patriarcal au point d’effacer la contradiction inhérente entre la parole révélée et le patriarcat et d’anéantir toute revendication islamique en faveur de l’égalité des sexes et de la justice sociale. Ce n’est pas le moindre paradoxe de constater que la seule religion qui a inscrit l’égalité des sexes dans ses textes se retrouve aujourd’hui considérée comme la plus machiste de toutes (...). Les musulmans machistes, au niveau étatique, social ou familial, et les détracteurs de l’islam ont un intérêt commun, quoique pour des raisons différentes, à perpétuer cette fiction d’un islam patriarcal1

Il y a une alliance naturelle entre le néo-sultan proche des Frères Musulmans, les salafisto-wahabites, l'humour sexiste de la publicité et les zemmouriens machistes de nos contrées. Ce rejet de la femme est universel et porte la marque rance des frustrations machistes remontant à la Rome antique.

Il est urgent de lui opposer un discours de combat qui se dresse sans concession contre la femme objet, la culture du viol et les caricatures mercantiles ou intégristes. Urgent de retrouver l'esprit guerrier qui ne s'arrête pas au genre pour s'exprimer tant il est vrai que la combativité armée ou non n'est pas l'apanage d'un sexe, urgent de se rappeler qu'à la fin, c'est le talon de la femme qui écrase la tête de l'abjecte serpent.

1Margot Badran, "Le féminisme islamique en mouvement", in 'Existe-t-il un féminisme musulman ?, livre issu d'un colloque à Paris, septembre 2006, organisé par la Commission Islam et laïcité, en collaboration avec l'UNESCO. En-ligne [archive], p. 49-71

Tag(s) : #Féminin sacré - l'Eglise et la femme, #Politique et Géopolitique, #société, #Grande Corporation, #Islam

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