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Idées reçus sur l'Eglise et les femmes (et le Moyen Age) - Ichtus

Très bonne réflexion qui casse les idées reçues sur le Moyen Age, l'Eglise et la femme sur le site ICHTUS (VOIR ICI). Loin de la propagande chère aux officines (pour ne pas dire aux loges) laïcardes, la civilisation chrétienne resplendissante et rayonnante qu'était le Moyen Age, ne fut pas une ère misogyne et obscurantiste contrairement à l'Antiquité et à l'ère des soi disant "lumières". On peut également s'interroger sur la place de la femme aujourd'hui dans notre époque porno consumériste...

IDÉES REÇUES SUR L’ÉGLISE ET LES FEMMES

Idées reçues sur l’Eglise et les femmes

C’est la misogynie du christianisme qui explique que la femme était autrefois considérée comme inférieure à l’homme.


Au contraire! Le christianisme a révolutionné les mentalités en affirmant, au sein d’un monde antique pénétré par l’idée d’infériorité de la femme, l’égale dignité des deux sexes aux yeux de Dieu. Saint-Paul n’affirme-t-il pas, dans son épître aux Galates (III, 28) :« Il n’y a plus ni Juif, ni Grec, ni maître, ni esclave; ni homme, ni femme. Vous n’êtes qu’un dans le Christ Jésus »? Comme le souligne Monique Piettre: « désormais le rite d’élection n’est plus le signe, exclusivement réservé aux mâles et inscrit dans la chair, qu’était la circoncision hébraïque, mais un sceau invisible imprimé sur les âmes et offert à tous et à toutes: le baptême ».[[Monique Piettre, p.133.]] Cette égalité de dignité était déjà affirmée dans la Genèse: « Dieu créa l’homme à Son image, à l’image de Dieu Il le créa, homme et femme Il les créa ».[[Gn., I, 27. ]] Par ailleurs, Dieu a tout de même choisi de s’incarner dans le sein d’une femme (Il aurait pu descendre sur terre adulte…), et tout son plan de salut était suspendu au « oui » de cette femme, la Vierge Marie, qu’Il a donnée comme mère à tous les hommes… On devrait méditer davantage les propos de Jean Guitton: « la personne la plus parfaite de notre monde moral se trouve avoir été choisie dans le sexe le plus faible »[[La Vierge Marie, Aubier, 1954, p.157.]]

Mais dans les faits, qui niera que la femme était dévalorisée?


Elle l’était avant que le christianisme ne pénètre dans l’Empire: le droit romain frappe toute femme d’incapacité. Perpétuelle mineure, la jeune fille passait de la tutelle de son père à celle de son mari ou restait sous la dépendance constante du paterfamilias. L’épouse était systématiquement reléguée hors de la sphère politique, pouvait être répudiée par son mari, et celui-ci pouvait même la tuer si elle se rendait coupable d’adultère à son égard, sans être lui-même inquiété quand il manquait au devoir de fidélité conjugale

Le premier à avoir stigmatisé l’adultère masculin est le Christ [[Mt, V, 28.]], alors même qu’il s’est opposé à la lapidation de la femme adultère. Il a justement restauré au sein du couple l’harmonie de l’homme et de la femme, instituée par le Créateur au commencement du monde, et brisée par le péché originel, qui introduisit dans les rapports conjugaux la convoitise et la domination [[« Ta convoitise, dit Yahvé à la femme, te poussera vers ton mari et lui dominera sur toi » (Gn., III, 16.)]] C’est pourquoi le Christ exige la monogamie conjugale, gage d’une égale dignité de l’homme et de la femme, vrai progrès par rapport à la répudiation antique[[Lc, XVI, 18.]], toute femme étant désormais libre de refuser un époux qui lui serait imposé par ses parents contre son gré. Certes, l’Eglise a longtemps dû combattre pour imposer ces principes, mais sans sa contribution, le pire eût été imaginable.

D’ailleurs, la plupart des pères de l’Eglise ont mis l’accent sur les devoirs du mari à l’égard de sa femme, le don mutuel des époux, la condamnation -totalement révolutionnaire pour l’époque- de l’adultère masculin. Saint Grégoire de Naziance, par exemple, évêque de Constantinople (IVème s.) s’indigne de ce que « l’épouse qui déshonore le lit nuptial subit les dures sanctions de la loi. Mais l’homme trompe impunément sa femme. (…) Ce sont des hommes qui ont rédigé notre code, aussi les femmes sont-elles défavorisées. Autre est la volonté de Dieu ».

Pure légende ! Qui vient d’une mauvaise interprétation du concile de Mâcon de 585. Dans son Histoire des Francs, Saint Grégoire de Tours (VIème siècle) relate en effet une conversation privée qui eût lieu parmi certains évêques en marge des débats du synode, dont les travaux portaient sur des questions d’ordre pratique (les devoirs des fidèles et du clergé) :l’un eux affirma qu’« une femme ne pouvait être dénommée homme ». Preuve du mépris du clergé vis-à-vis de la femme? Non! Simple question de vocabulaire: le terme homo qui veut dire l’homme dans son sens générique (l’espèce humaine), s’appliquait de plus en plus au sexe masculin, désigné jusque-là par le mot vir qui permettait de le distinguer de la femme (mulier). L’évêque déplore simplement cette confusion, déjà entrée dans les mœurs, du substantif homo avec celui de vir, espérant qu’on ne l’appliquera pas à la « mulier ». De cette anecdote, l’historiographie balbutiante du XIXème siècle en a fait une controverse doctrinale qui, perdure encore aujourd’hui [[Exemple: le premier ministre M.Rocard affirmait lors d’une conférence de presse à Matignon (1990) : « Les docteurs de l’Eglise en France se sont interrogés pendant des siècles sur le point de savoir si les femmes avaient une âme ». C’est ainsi qu’un simple évêque, évoquant une question anodine de langage se trouve propulsé docteur de l’Eglise !]], malgré les démentis des historiens les plus sérieux -par exemple, Duby [[Vol. 2 de l’Histoire des femmes en Occident.]]

Trois mots au sens nouveau expriment la considération de la femme par la société médiévale:
– L’Hommage, qui renvoie traditionnellement aux rapports du vassal envers son seigneur devient une marque de considération spécifique envers la femme.
– Celle-ci est désormais appelée une dame, à l’image de Notre-Dame, la Vierge Marie.
La courtoisie n’est plus un simple code de bonne conduite élémentaire, elle devient une forme de dévouement extrême, mâtinée d’un sentiment amoureux théoriquement platonique, qu’accomplit le chevalier au nom de l’honneur, à l’égard de la dame de ses pen
s
ées.

Couronnant le tout, la dévotion mariale à l’égard de la Vierge prend une ampleur considérable qui ne peut pas ne pas influencer la vision que les hommes ont des femmes.

Sur le plan professionnel, l’urbanisation massive du pays à partir du XIème siècle joue nettement en faveur des femmes. Elles sont présentes dans la quasi totalité des corporations (sauf celles qui exigent un effort physique intense), y effectuent le même travail que les hommes et peuvent, comme eux, devenir maîtres d’œuvre[[Le plus haut degré hiérarchique au sein des corporations.]] Quantité de métiers artisanaux leur sont donc ouverts[[A la demande de Saint Louis, Etienne Boileau, prévôt de la ville de Paris, a établi dans son livre (1260) la liste des métiers exercés par les hommes et les femmes: professeur, médecin, chirurgien, juge, trouvère, peintre, sculpteur, usurier, armateur de bateau, orfèvre, drapier, ferronnier, cervoisier (distributeur de cervoise), faiseur de cottes de mailles, parcheminier…]], voire réservés (ceux de la soie, par exemple). Il existe même des prud’femmes chargées de défendre les intérêts de ces dernières au sein de la corporation.

Sur le plan politique enfin, rappelons le rôle exceptionnel qu’ont eu alors certaines femmes: Aliénor d’Aquitaine, dont les frasques conjugales sont l’origine lointaine de la guerre de cent ans, Blanche de Castille, sa petite-fille, qui fut régente du royaume à plusieurs reprises pendant les deux croisades de son fils Saint Louis, Sainte Jeanne d’Arc ou encore Sainte Catherine de Sienne qui, à trois reprises, donna l’ordre au pape de quitter Avignon pour Rome. A ces figures exceptionnelles, il faudrait ajouter toutes les femmes ordinaires qui, dans l’ombre, ont infléchi le cours de l’histoire[[Ex: la comtesse Mathilde, qui intercéda en 1077 auprès du pape Grégoire VII pour lever l’excommunication de l’Empereur Henri IV.]] Sur le plan électoral, enfin, on trouve à l’échelle nationale des femmes électrices pour la désignation des députés aux Etats Généraux (exemple en Touraine en 1308), et au plan local, des veuves et célibataires participant aux assemblées communales.

Il suffit de lire Jean-Jacques Rousseau, l’un des pères spirituels de cette Révolution, pour balayer ces idées reçues. Ne lit-on pas dans l’Emile que « la femme est faite pour obéir, doit apprendre de bonne heure à souffrir, même l’injustice, et à supporter les torts d’un mari sans se plaindre » [[Chap.5: Education de Sophie.]]? Et encore: « Après tout, où est la nécessité qu’une fille sache lire et écrire de bonne heure? Il y en a bien peu qui ne fassent plus d’abus que d’usage de cette fatale science ».[[De nombreuses citations de cet acabit des philosophes des « Lumières » figurent dans l’ouvrage de X.Martin, L’homme des droits de l’homme et sa compagne, DMM, 2001.]] Seul Condorcet fait exception à la règle, en consacrant une partie de son projet d’éducation à l’instruction féminine.

Et que dire du code civil de 1804, qui entérine durablement les acquis de la Révolution, tout en s’inspirant des aspects misogynes du droit romain ? La femme est une éternelle mineure sous la tutelle de son mari qui administre seul les biens communs aux époux, gère le salaire de son épouse si elle travaille, décide souverainement du lieu de résidence du couple, et peut interdire à sa femme d’exercer une activité professionnelle. La femme est juridiquement incapable de passer les actes civils de la vie courante: elle ne peut témoigner en justice, acquérir ou vendre un bien, accepter une succession, faire une donation, ou obtenir un passeport sans l’autorisation de son mari.

L’adultère féminin est durement sanctionné par une peine de prison ferme, tandis que l’adultère masculin n’est passible que d’une amende, sous réserve qu’il ait été commis au domicile conjugal [[Il en fut ainsi jusqu’en 1965!]]! Reflet de la misogynie personnelle de l’Empereur, l’article 324 du code pénal dispose que « le meurtre commis par l’époux sur l’épouse ainsi que sur le complice à l’instant où il les surprend en flagrant délit dans la maison conjugale est excusable ». Le mari peut aussi exercer un contrôle sur la correspondance de son épouse.

Ces dispositions n’ont été abolies que récemment : la femme a obtenu la capacité civile en 1942, le droit de vote en 1944, la liberté professionnelle généralisée en 1965 (droit d’exercer un métier et de détenir un compte en banque sans l’autorisation de son mari), tandis que l’interdiction législative (elle existait déjà dans la jurisprudence) de la discrimination sexuelle à l’embauche date de 1975, et celle de licencier une femme enceinte de 1980. Mais il s’agit là d’une réaction de bon sens de personnes se réclamant de l’idéologie révolutionnaire, certes, mais qui ne voyaient pas que c’était là son héritage, d’ailleurs dénoncé par beaucoup de chrétiens au XIXème siècle (en particulier Albert de Mun sur le travail de nuit des femmes).

Cet argumentaire s’est appuyé sur :

Histoire des femmes en occident, dictionnaire en 5 volumes, Georges Duby et Michelle Perrot, Plon, 1990-92.

Le Christianisme et les femmes, vingt siècles d’histoire, Anne-Marie Pelletier, Cerf, 2001.

La femme au temps des cathédrales (Stock, 1980) et Visages de femmes au Moyen-Âge (Zodiaque, 1998), Régine Pernoud.

La condition féminine à travers les âges, Monique Piettre, France-Empire, 1974.

Le chevalier, la femme, et le prêtre, Georges Duby, Laffont, 1997.

Les grands événements de l’histoire des femmes, sous la direction de Jacques Marseille et de Nadeije Laneyrie-Dagen, Larousse, 1993.

Tag(s) : #Esprit Chevaleresque, #Moyen-Age, #Féminin sacré - l'Eglise et la femme, #Eglise de Vie, #Europe

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