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Paul-Antoine de la Boulaye (1849 - 1926) - Sainte Jeanne d’Arc, 1909
Paul-Antoine de la Boulaye (1849 - 1926) - Sainte Jeanne d’Arc, 1909

J'attire votre attention sur l'excellent article trouvé sur le blog "Padreblog" (VOIR ICI) et que je reproduis ici en intégralité :

Les Leçons de Jeanne d'Arc

Il y a du monde autour de Jeanne d’Arc… Et le 600ème anniversaire de sa naissance n’a pas manqué de le révéler, en plus du beau succès du récent ouvrage de Philippe de Villiers. Il faut dire que cette personnalité attachante est un cas hors-norme où expérience religieuse et mission politique semblent intimement liées.

Quelques éléments pour aller plus loin que la légende ou la polémique et se laisser enseigner par une femme qui reste une figure de sainteté et un bel exemple de laïc engagé dans la vie politique.

Ce que nous dit l’histoire

A dire vrai, Jeanne – humble bergère de Lorraine qui ne savait ni lire ni écrire – ne connaissait pas la date exacte de sa naissance. Elle naît en 1412 dans le petit village de Domrémy. L’époque est particulièrement troublée… faite de guerre, entre la France et l’Angleterre, mais aussi de déchirure ecclésiale puisque nous sommes en plein « schisme d’Occident » avec un pape et deux antipapes. Une situation dramatique qui n’empêchera pas cette jeune femme de devenir une héroïne nationale et une grande sainte.

Jeanne vit sa Foi au quotidien. La messe et la prière lui sont naturelles. Et c’est en Lorraine qu’elle ressent cet appel à venir en aide aux souffrances du Royaume. A 17 ans, elle entreprend son œuvre libératrice. Suivront deux années particulièrement intenses qu’on peut résumer en quelques évènements marquants : rencontre du futur Charles VII, libération d’Orléans, couronnement du roi à Reims, capture à Compiègne, jugement et condamnation à Rouen. C’est dans cette ville qu’elle est brûlée vive le 30 mai 1431, à l’âge de certains lecteurs de Padreblog : 19 ans !

C’est parce que Jeanne d’Arc a fait l’objet de deux procès que l’on sait beaucoup de choses sur sa vie et son épopée. Le premier procès la condamne. Le second – le procès de réhabilitation – a lieu 25 ans après sa mort, nourri du témoignage de personnes qui l’ont connue, vue et ont bataillé à ses côtés. Comme aujourd’hui, les débats et les déclarations sont écrits et six cents années plus tard, certaines exclamations de la sainte sont devenues célèbres. Beaucoup d’entre elles figurent d’ailleurs dans le Catéchisme de l’Eglise Catholique.

« Les hommes d’armes batailleront et Dieu donnera la victoire ». « Messire Dieu premier servi . « M’est avis que notre Seigneur et l’Eglise c’est tout un »

Une figure de sainteté

La difficulté avec Jeanne, c’est que l’on a fini par se faire d’elle une sorte d’image d’Epinal qui nous cache un peu l’essentiel. Comme si le chef de guerre et l’héroïne nous empêchaient de voir la sainte.

Bien sûr, c’est sans doute parce qu’elle était sainte que Dieu lui a donné la victoire mais l’Eglise ne l’a pas canonisée à cause de ses exploits guerriers, ni de son rôle politique, au sens le plus élevé du terme, mais à cause de sa sainteté. Et si l’on creuse un peu, la sainteté de Jeanne a jusqu’au bout quelque chose de particulièrement rafraîchissant.

Lorsque sa mission commence, elle est encore presque dans l’enfance. Et l’enfance, spirituellement parlant, elle n’en sortira jamais. Les réponses qu’elle fait à son procès sont des réponses d’enfant. Quant à sa science, si on peut employer ce terme pour Jeanne, c’est aussi une science d’enfant. D’un point de vue livresque, elle en sait certainement beaucoup moins que nos enfants du caté ! Tout ce qu’elle sait, elle l’avouera elle-même, c’est le « Notre-Père », le « Je vous salue » et le Credo. Et c’est sa mère qui les lui a appris.

Mais elle a autre chose de particulièrement développé : le sens des choses de Dieu. Il suffit de voir la pertinence et la profondeur des réponses qu’elle fait à ses juges lors de son procès. Certains diront « oui, mais le Saint-Esprit lui soufflait les réponses ! ». Ce serait une grave erreur de croire que le Saint-Esprit agit avec nous comme une télécommande sur un appareil. Nous ne sommes pas des robots ou des marionnettes. La grâce ne détruit jamais la nature : elle la surélève, la prend comme elle est et la guide sans jamais la forcer. Ou alors ce serait nier notre liberté.

Si Jeanne avait le sens de choses de Dieu elle le devait pour beaucoup à sa prière. Une prière selon le cœur de Dieu qui ne consiste pas uniquement à « faire sa prière » mais à « être en prière », à contempler Dieu en esprit, à vivre en sa présence, à s’entretenir sans cesse avec lui, très familièrement, à propos de tout et de rien. Cette forme de contemplation est la vraie source de la science de Dieu. Saint Thomas d’Aquin, dont la vie est pourtant bien différente de celle de notre héroïne nationale, disait lui-même qu’il avait compris plus de choses en contemplant un crucifix qu’en écumant la bibliothèque de son couvent.

Jeanne ajoutait aussi à tout cela, on le sait, une grande dévotion à Marie aux saints et aux anges, ainsi qu’un recours régulier aux sacrements, tout particulièrement la communion à une époque où ce n’était pas vraiment l’usage.

Un oui à l’appel

Mais la clé de sa sainteté, car chaque saint en a une, réside dans sa docilité. Un beau jour, des voix l’appellent : elle leur répond. Elles lui demandent de partir ? Elle quitte son foyer. Ensuite, dans le cadre de sa mission, elle ne fait rien, absolument rien, sans leur avoir demandé au préalable leurs consignes, jusque dans les questions de détail. Dieu a voulu nous offrir avec Jeanne d’Arc un exemple de docilité spirituelle. Et c’est bien pour cela qu’elle est une sainte, indépendamment de son épopée.

La leçon de Jeanne c’est qu’il n’y a pas de vie chrétienne, de marche vers la sainteté, sans un oui décisif. Un oui qui marque une rupture et qu’il faut redire au moins implicitement tous les jours. Un oui qu’il faut prononcer dans la Foi, et souvent même, dans la nuit de la Foi. Une vie chrétienne est toujours une aventure. On s’engage sans savoir exactement à quoi, on ne sait jamais ce que seront l’étape et la croix du lendemain. Le oui que Dieu nous demande est un oui inconditionnel. La contrepartie, c’est que si on le prononce, sa grâce aussi est inconditionnelle.

La vie de Jeanne d’Arc illustre tout cela. Elle montre ce que peut faire la foi d’un chrétien alliée à la grâce de Dieu. Elle nous montre que la seule victoire décisive est celle de la fidélité à notre vocation.

Un bel exemple de laïc engagé dans la vie politique

Dieu a décidément une curieuse conception de la gestion des ressources humaines. Pour faire un chef de guerre, il prend une frêle jeune fille. Pour une mission qui est éminemment politique, il prend une petite bergère illettrée et complètement ignorante de toutes ces choses. Dans un discours resté célèbre, André Malraux a su montrer ce que la force de son courage, la paix de ses convictions et sa confiance dans l’action ont pu réaliser : « dans ce monde où le dauphin doutait d’être dauphin, la France d’être la France, l’armée d’être une armée, Jeanne refit l’armée, le roi, la France ! ».

Toute la vie de Jeanne d’Arc est une leçon et un encouragement pour tous ceux et celles qui s’engagent au service de leurs concitoyens. En ce sens, Jeanne n’est ni de droite ni de gauche, elle appartient à tous les Français. Elle rend toute sa noblesse et toute sa dignité à l’engagement politique. Après saint Louis, elle annonce saint Thomas More, ce chancelier d’Angleterre décapité en 1535.

Au sens premier du terme, la politique est la gestion de la vie de la cité. Et Dieu, qui veut le bien des hommes, s’y intéresse. En son nom, l’Eglise ne se lasse pas de réclamer de tous ses vœux une génération d’hommes et de femmes qui soient prêts à comprendre que la politique est une voie exigeante de charité et qu’elle repose sur une conviction essentielle : le pouvoir est un service. Entrer en politique c’est un peu s’oublier soi-même, se dépouiller et prendre les habits du serviteur. Comme le Christ le soir du Jeudi Saint …

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Pour aller plus loin, on gagnera à lire :

« Le Mystère de la Charité de Jeanne d’Arc » de Charles Péguy

– la catéchèse de Benoît XVI à l’audience générale du 26 janvier 2011

– le discours de Mgr Jean-Louis Bruguès, secrétaire de la Congrégation pour l’éducation catholique, au séminaire international « La politique, forme exigeante de charité » juin 2008

– « Le roman de Jeanne d’Arc » de Philippe de Villiers

Tag(s) : #Esprit Chevaleresque, #Saints, #Jeanne d'Arc, #Saint Michel, #France, #Moyen-Age, #Féminin sacré - l'Eglise et la femme

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