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In hoc signo vinces (3/3) : La bataille du pont Milvius

Il se trouvait dans la plaine, entouré de roches écarlates, humides de sang. A ses pieds s’amoncelaient des corps enchevêtrés de légionnaires. Tous, frères de l'Empire, s'étaient entretués dans une immonde boucherie. Ces hommes qui auraient pu être camarade, qui auraient pu être de la même famille... non, ils étaient de la même famille car ils partageaient la citoyenneté impériale, tous étaient morts. Constantin contempla le spectacle et des larmes inondèrent ses yeux. Il n'avait pourtant pas le tempérament fragile, c'était un Empereur, un vrai, un militaire, un dur. Mais là, devant le spectacle de toutes ces vies gâchées, de toute cette force gaspillée, de toute cette destruction qui menaçait les fondements de l'Empire et de la civilisation, il ne pouvait s'empêcher de verser des larmes amères.

A cet instant, le regard embué, il vit venir un homme à lui. Même en rêve, Constantin ne pouvait pas admettre une quelconque faiblesse. Il frotta ses larmes d'un revers de la main et leva vers l'inconnu un regard courroucé.

- Qui est-tu ? lança-t-il d'un ton peu amène.

L'homme ne répondit rien. Il se contenta de dévisager l'Empereur avec un sourire. Celui-ci sentit sa colère s'évanouir et son cœur se serrer alors qu'un sentiment de peur le saisissait. Cela aussi était nouveau, car jamais Constantin n'avait eu peur. Même au milieu des combats les plus violents, face à l'acier et à la douleur, il était toujours resté d'humeur égale, brave entre les braves, fidèle à l'image du guerrier romain depuis des siècles.

Mais là, il y avait quelque chose dans l'attitude de l'homme qui lui faisait face qui le remplissait d'effroi. Non que l'étranger était menaçant. Au contraire, il paraissait même plutôt affable. Grand, élégant, il portait une cuirasse qui étincelait comme si une étrange lumière émanait de l'acier même. Ses bras musclés reposaient le long de son corps athlétique. Tout en lui indiquait le guerrier, jusqu'à son regard d'un gris bleuté. Un regard qui ne cillait pas, un regard qui perçait l'âme, un regard d'une détermination au-delà de l'imagination. Et pourtant, un regard qui n'avait rien d'agressif, rien de haineux. Un regard d'une douceur redoutable, d'une sincérité aussi tranchante que la lame d'une épée. D'un coup d'oeil habitué à jauger les hommes, Constantin su que celui qui lui faisait face était habité d'une force et d'une puissance inconcevable. Pour la première fois de son existence, lui, le tout puissant Empereur, se sentait insignifiant.

  • Qui es-tu ? répéta-t-il, un dieu ? Appolon ?

L'homme sourit franchement. Un sourire plein de sincère bonté.

  • Appolon ? On m'a déjà donné ce nom. Mais tu dois savoir qu'il n'y a pas de « dieux », Constantin. Il n'y a qu'un Dieu. Un seul. Et une multitude d'êtres à son service.

  • Je ne comprends pas...

  • C'est normal, il est encore trop tôt pour toi. Un jour prochain, tu comprendras. Néanmoins, tu dois savoir une chose cette nuit.

  • Quoi ?

  • Il faut que tu remportes la victoire demain.

  • Oui, le destin de l'Empire en dépend.

  • Je te soutiendrai si tu le veux.

  • Je le veux.

  • Alors faisons alliance. Demain, porte le signe de la victoire.

  • Le signe de la victoire ?

  • Celui que nous t'avons montré cette fin d'après-midi. Porte-le sur les boucliers, porte-le sur ta bannière !

Soudain un étendard était dans ses mains. Il était comme une pique, couverte de lames d’or avec un travers en forme d’Antenne qui fait la croix. Au haut de la pique se trouvait une couronne enrichie d’or et de pierreries. Les deux lettres Chi et Rhô, première lettre du Dieu Sauveur, y étaient gravées. Un voile de pourpre était attaché au bois qui traverse la pique. Ce voile était de forme carrée et couvert de perles, dont l’éclat scintillait comme une nuit étoilée. Au bas du voile, il y avait le portrait de Constantin ainsi que celui d'enfants, fait en or jusqu'à demi-corps. 1

L'Empereur resta un instant interdit devant la bannière.

  • Voici la bannière qui te donnera la victoire.

  • Qui sont ces enfants ? Les miens ?

L'homme acquiesça.

  • Je suis l'Archange Michel, si tu acceptes de te battre à nos côtés, tu seras promis à un grand destin, Constantin.

  • Ha ?

  • Toi et ta descendance serez parmi les serviteurs du Dieu Très Haut. Tu seras l'un de ses plus éminent représentant sur Terre. Ton Empire perdurera pour des siècles. Maintenant, va, réveille-toi, tu sais ce qu'il te reste à faire.

Et l'Empereur se réveilla.

Fébrile, il fit appeler immédiatement son intendant. Celui-ci entra quelques instants plus tard, les traits tirés, fatigués.

- Le soleil s'est-il levé ? demanda abruptement l'Empereur.

- Non, César.

- Va quérir les meilleurs orfèvres du camp. Ainsi que les meilleurs dessinateurs et quantité de parchemins.

- A vos ordres César !

L'intendant s'exécuta et sorti. Bientôt les orfèvres étaient à l'ouvrage afin de matérialiser la bannière que Constantin avait vu dans son rêve. Les parchemins, eux, circulaient dans le camp avec l'ordre pour chaque soldat de peindre le signe sur son bouclier.

A l'aube, l'armée de Constantin était différente de la veille. En changeant les signes et symboles qu'elle arborait, elle se plaçait sous la protection du Dieu unique qui par amour, ne reste jamais neutre dans les conflits importants et se met toujours du côté des justes en tant que Dieu des armées.

Ce 28 octobre 312, date anniversaire de Maxence qui, superstitieux, l'avait choisie à dessein, les deux armées se faisaient à présent face. Maxence avait traversé le Tibre et placé son armée dos au pont. Préalablement, ses hommes avaient saboté le pont qui devait s'écrouler lorsque les troupes de Constantin le traverseraient.

D'un coup d’œil expert, Constantin vit à quel point les hommes de Maxence étaient mal disposées. Il ordonna immédiatement à ses troupes de charger. Le choc fut brutal. Sans place pour manœuvrer, les troupes de Maxence ne purent tirer avantage de leur supériorité numérique. Les meilleurs hommes de l'Empereur païen furent tués sur place, les autres, alors qu'ils étaient censés simuler une retraite pour attirer l'armée de Constantin à leur suite sur le pont piégé furent pris de panique et repoussés vers le fleuve où ils se noièrent. Le reste de l'armée de Maxence partit en déroute et traversa le pont qui s'écroula sous le nombre.

Maxence périt noyé comme des milliers d'hommes avec lui ce jour-là. Constantin entra en triomphateur à Rome. Il fut acclamé par la foule et le Sénat et devint Empereur, marquant le début d'une nouvelle ère dans l'Histoire du Monde.

1Librement adapté du texte d'Eusèbe de Césarée, Histoire de la vie de Constantin, XXXI

In hoc signo vinces (3/3) : La bataille du pont Milvius
Tag(s) : #Rome, #antiquité, #Histoires & Légendes, #Byzance

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