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Dimanche 29 mai, nous fêtions la solennité du Saint Sacrement dans ma petite commune bruxelloise qui ressemble paraît-il à un village. La messe avait pris une ampleur céleste grâce à la chorale professionnelle d'une vingtaine de chanteurs venue pour l'occasion. A la fin de la liturgie, l'un des prêtres nous demande de le suivre en bon ordre. Et nous voilà sorti derrière les trois représentants de Dieu, le diacre et le séminariste qui tenait l'encensoir.... mais surtout derrière le Saint Sacrement tenu bien haut. Derrière, un paroissien relativement doué entonne un chant d'allégresse accompagné d'une guitare et de quelques accords simples mais efficaces relayés par des baffles tenus tout le long de la procession.

Il était curieux de regarder la scène avec les yeux de la foi car l'hostie est bien la présence réelle de Dieu sur Terre et nos paroissiens avaient bien décidé, en ce dimanche, de laisser Dieu se manifester sous cette forme dans la ville et sacraliser par cette Présence les rues sympathiques. Quelques badauds ébahis s'arrêtent pour regarder la procession, se doutent-ils que quelque chose de très important se déroule devant leurs yeux ?

Dieu ne se manifeste pas (la plupart du temps) par des effets pyrotechniques et rien ne peut laisser présager autre chose qu'un groupe de fidèles qui marchent derrière une bande de types habillés de blanc. Pourtant, au passage de Jésus Eucharistie, une lumière incréée change de manière subtile la nature même de la réalité urbaine que nous traversons.

Un chat vient voir à la fenêtre fasciné, des cyclistes s'arrêtent pour nous regarder, leur sourire goguenard figé comme si leur cynisme ne parvenait pas s'exprimer tout à fait. Parvenu dans une grande avenue, les voitures s'arrêtent de part et d'autres, foudroyée par le regard du policier qui accompagne la procession. Entre le flux de voitures figées, j'ai l'impression d'accompagner Moïse fendant la Mer Rouge.

Et puis passant devant un abri bus, je remarque cette dame voilée, vraisemblablement musulmane. Je la regarde, me demandant quelle va être sa réaction. Va-t-elle, comme voudrait le faire croire une certaine propagande, manifester une quelconque offense, même subtilement, dans une œillade mal placée ? Elle ne me regarde pas du tout, elle fixe la tête du cortège. Puis soudainement, sans que rien ne le laisse présager, elle lève la main en une salutation aussi amicale que spontanée, un sourire rayonnant sur les lèvres. Au fond de ses yeux brille, je le pense, une certaine fierté, une certaine complicité... comme une reconnaissance de croyant à croyant par delà les barrières d'origines ou de religion. Instant magique où les différences sont, non niées, mais transcendées par la puissance du Christ salvateur. Instant inoubliable où quelque chose du manteau déchiré de l'humanité se raccommode par-delà la haine quotidiennement vomie par les uns et par les autres, secondes d'enchantement et de véritable fraternité tacite...

Remontant la rue, je garde ce sourire simple et sincère en tête. En rentrant dans l'Eglise, je ne peux m'empêcher de remarquer que l'ambiance entre les paroissiens est légère et souriante comme l'est toujours la relation habitée par l'Esprit. Avant de partir, la chorale entonne spontanément un nouveau chant, nouvelle grâce dans une matinée fort marqué de Présence, avant goût d'un Royaume à venir...

Tag(s) : #Sacrements, #Jésus-Christ, #Eglise de Vie, #Islam

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