Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Peur de la mort ?

Le transhumanisme nous promet une vie utopique. Nous serions, dans un futur proche, capables de programmer à volonté les enfants à naître, capables de modifier notre humeur par l'absorption d'une simple gélule, capables enfin de nous injecter des nano-robots dans le corps afin qu'ils le réparent et prolongent notre vie pour une durée indéfinie...

La dernière proposition est celle qui rencontre bien sûr le plus d'enthousiasme dans le grand public. Comment ne pas se réjouir de vivre pour toujours ? Comment ne pas bondir d'allégresse à la simple évocation de nos angoisses de mortalité vaincues ? Comment ne pas espérer poursuivre notre route terrestre pour un temps supplémentaire qui s'étirerait paresseusement vers l'infini ?

Lorsque j'entends cela, je ne peux m'empêcher de m'amuser de cet étrange paradoxe : nous sommes arrivés collectivement à l'époque la plus dénuée de sens que le monde ait connu. Entre la vacuité qui habite les âmes de nos contemporains, la chosification de l'être ramené à une simple ressource humaine, la froideur de l'ère des machines qui s'annonce et la lobotomisation massive des foules fascinées par la télé réalité ou le porno, l'homme post-moderne trompe son angoisse de la mort en s'agitant, en plongeant corps et âme dans diverses addictions, en affectant un cynisme de bon ton ou un relativisme politiquement correct. Et c'est précisément cette vie-là qui jamais ne fut si vide et si vaine que l'homme craint hystériquement de perdre...

Pourtant. Pourtant, il eut un moment où il crût... Pourtant, il eut un moment où il sut : La mort n’est plus à craindre, la voilà jetée à nos pieds. Les hommes d’autrefois, durant leur vie entière, étaient sujets à la crainte de la mort ; ils étaient esclaves ; les hommes d’aujourd’hui, au contraire, sont délivrés de ces terreurs et rient de ce fantôme qui faisait frémir leurs ancêtres écrivait Saint Jean Chrysostome.

Comme tu oublies vite petit homme ! Pris par ta course frénétique au profit, par ta quête de sécurité illusoire, tu oublies que Dieu est venu sur Terre afin de te délivrer précisément de ce qui te terrifiait.

Absorbé par les replis du monde des ombres, tu ne sais plus l'immensité de ce qui s'est passé deux mille ans auparavant. Tu ne sais plus que la porte s'est ouverte, que la mort fut vaincue, qu'à partir de ce jour-là, elle n'était plus qu'un passage, un mauvais moment à passer avant de te retrouver dans la véritable vie, celle qui fut conçue pour toi depuis l'aube des temps.

Bien sûr que cette vie terrestre est importante, elle est même primordiale car elle fixe le ton, l'octave sur laquelle sera jouée l'autre existence. Bien sûr qu'elle est bonne cette vie malgré ses faiblesses, ses imperfections, ses souffrances et son absurdité. Bien sûr qu'elle doit être pleinement goûtée et qu'il faut extraire l'or de chaque seconde qui passe. Si vous partez vers une destination plaisante, vous ne commencez pas à sourire et à profiter lorsque vous mettez le pied sur le quai de la ville où vous vous rendez. Non, la fête commence à partir du moment où vous embarquez. Tout en profitant un maximum du voyage, vous n'en perdez pas le but de vue, vous réjouissant par anticipation de votre Père qui vous attends sur le quai.

L'absurde de la situation n'échappera à personne si, au lieu de se réjouir et de se détendre pendant la traversée, l'on se morfondait enfermé dans la cabine. Mais on s'accordera à dire que l'absurde est encore pire si l'on décide à un moment d'oublier le but du voyage et que l'on fasse tout pour détourner le bateau de sa destination, se réjouissant de le faire circuler en rond sur l'Océan pour un temps infini.

C'est exactement ce qui se passe dans notre société pré-transhumaniste : plutôt que de profiter du voyage afin d'arriver en paix de l'autre côté, là où le séjour sera vraiment long et passionnant, l'on préfère se morfondre en souhaitant que le navire ne touche jamais terre.

Étrange société tout de même...

Tag(s) : #Théologie et spiritualité, #Transhumanisme, #Jésus-Christ, #société

Partager cet article

Repost 0