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Bijoux scythe
Bijoux scythe

Chers lectrices et lecteurs, voici une petite nouvelle de ma composition pour l'été, bonne lecture et bonne plongée dans la fin de l'Empire romain.

Le Saint aux deux épées

249 après la naissance de l'Homme-Dieu

En cette aube dorée, il faisait déjà chaud sur les plateaux de Cappadoce. L'homme était parti peu avant le lever du soleil et avait rejoint ce dédale montagneux parsemé d'arbres rares. Il se nommait Yares et était depuis peu centurion dans la légion orientale. Cette promotion récente le rendait fier. Lui, l'expatrié, l'étranger, avait réussi à s'intégrer dans la plus puissante armée du monde et à être nommé à un haut poste de commandement.

Une fois encore, il vérifia que son petit arc courbé était bien bandé et que le ceinturon de son épée était bien fixé. L'arc lui venait de son père, il était typique de son peuple d'origine, les Scythes. Peuple nomade, cavaliers et archers, les Scythes avaient longtemps résisté aux légions romaines avant d'être incorporés dans l'armée. L'épée qu'il portait était une spatha, une épée longue romaine adoptée par la légion depuis moins d'un siècle en remplacement des gladio plus petit. Yares tenait au moins autant à cette arme qu'à son arc car elle lui avait été remise par son général le jour de sa nomination comme centurion.

Yares avait mené plusieurs campagne pour différents empereurs. En ces temps troublés, les dirigeants se succédaient à un rythme effréné à la tête de la lumineuse Rome et les hordes barbares se pressaient aux frontières : Vandales, Goths, Perses, Quades, Marcomans, Lombards,... Comme un écho à l'instabilité intérieure, les forces sauvages situées en dehors de l'Empire se jetaient en vagues successives sur ses frontières, menaçant d'engloutir la civilisation impériale.

Yares chassa ces pensées. Pour l'instant, il goûtait de quelques jours de repos avant de repartir sur les chemins de la guerre et il comptait bien les mettre à profit pour passer du temps avec sa femme et son fils.

Ce soir, il organisait un banquet où il réunirait des amis d'enfance et de la famille qu'il n'avait plus vu depuis que son clan avait rejoint l'Empire.

Si ces foutus daims pouvaient se montrer, je serais plus vite à la villa.

Et là, sur le sol, il vit les traces du gibier. Elles quittaient l'abri du bosquet pour s'enfoncer dans un dédale rocheux.

Yares enfonça ses talons dans les flancs de sa monture. Les Scythes apprenaient à monter avant même de savoir marcher et ce cheval était un vieux et fidèle ami qui avait accompagné le guerrier dans plus d'une campagne.

Aussi n'hésita-t-il pas un seul instant à s'élancer sur la pente raide des montagnes de Cappadoce.

Machinalement, Yares avait déjà encoché une flèche à son arc. Le gibier ne devait plus être très loin à présent.

On va se régaler ce soir !

Comme pour répondre à cette pensée, le vent tomba, brutalement.

Yares sentit le frémissement de sa monture avant qu'elle ne renâcle pour exprimer son mécontentement.

Pas du mécontentement, de la frayeur !

Des années de campagnes militaires et de vie commune avec sa monture avait soudé les deux êtres d'une manière mystérieuse. Comme tous les cavaliers scythes, comme les centaures d'autrefois, on avait parfois l'impression qu'ils ne faisaient plus qu'un.

Yares pouvait vivre les sentiments de son cheval au moment où celui-ci les ressentait, comme si ses sens d'humains avaient été enrichis par ceux de son cheval.

Danger !

Il le sut dans l'instant. Ils étaient en position instable sur une pente rocheuse, la pire des situations.

C'était le vent, le traître, qui avait masqué l'odeur âcre du fauve. Et maintenant, il était trop tard.

Trois cents kilos de muscles, de crocs, de griffes et de fourrure ocre bondirent sur le cavalier et sa monture.

Ils n'eurent pas le temps d'esquiver, il n'eut pas l'occasion de viser et de lâcher son trait. La bête heurta le cheval qui se cabra avant d'être déséquilibré. Yares lâcha son arc et tendit les bras vers l'avant dans un ultime réflexe pour protéger sa tête de la chute. Il toucha le sol durement et sombra dans les ténèbres. (à suivre...)

Tag(s) : #antiquité, #Saints, #Nouvelle

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