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Nouvelle : le Saint aux deux épées (2/8)

Etait-il mort ? Sa tête s'était-elle fracassée sur la roche telle une pastèque trop mûre ?

Il tenta de remuer les doigts et les pieds. Rien ne se passa. Il tenta d'ouvrir les yeux, il n'y parvint pas.

Ou... Si... Il avait les yeux ouverts. Pourtant, il ne voyait rien.

Par les dieux, suis-je aveugle ?

Il avait parfois vu cela sur les champ de bataille, des hommes qui prenaient un coup violent sur la tête et qui perdaient la vue à jamais.

Non ! Pas ça !

Rien de pire, être un poids pour sa famille ! L'horreur !

Et soudain tout son corps se mit à bouger. Non comme si ses muscles se crispaient mais plutôt comme si le vent le bougeait.

Oui, c'était cela, il était doucement balancé comme une branche ou comme une feuille dans une nuit opaque.

Je suis donc bien mort...

Cela paraissait une évidence. Comment aurait-il pu dériver de la sorte sans être mort ?

Je devrais avoir peur non ?

Et pourtant, non, il n'avait pas peur. Allait-il dériver jusqu'au royaume de Papaios, le dieu du ciel ? Ou bien la brise allait-elle le mener dans la gueule infernale du monstre de la Terre ?

Quoiqu'il en soit, il n'avait pas peur. Il était étrangement serein et en paix, un sentiment qui n'avait que peu habité son cœur dans sa vie de guerrier.

Un sentiment que sa culture de chasseurs cavaliers croyait réservé aux femmes et à l'insouciance de la petite enfance.

Mais un sentiment de paix l'habitait bien comme jamais. Mieux encore, il était là, présent à l'extérieur de lui, comme si les ténèbres chaudes qui l'entouraient étaient tissées de Paix. A peine avait-il émis cette étrange pensée qu'une lumière apparu dans le lointain.

Dans le lointain ? Et pourtant si proche à la fois.

La lumière l'entourait, l'englobait, le pénétrait tout entier sans pour autant s'imposer.

Il n'était plus dans les ténèbres, il flottait à présent dans une lumière douce comme l'aurore, caressante comme un matin d'été.

Et puis une voix retenti. Une voix chaleureuse et profonde qui l'appelait par son nom.

- Yares !

Il ne sut que répondre. Était-ce la voix du dieu de son peuple ? Lui même n'avait jamais été très religieux. Il avait assisté quelques fois aux incantations des chamanes de son clan mais il ne voyait pas l'intérêt de sacrifier des animaux pour des esprits invisibles. Non qu'il doutait de leur existence mais leurs intentions lui semblaient fort obscures. Les cultes romains lui avait paru encore plus ridicules, pourquoi s'agenouiller devant des morceaux de pierre taillée et ce, enfermé dans une maison étouffante ? Si d'aventure, il s'adressait à l'invisible, c'était lorsqu'il pouvait s'éloigner du campement de la légion pour galoper dans les plaines infinies des steppes ou les forêts de la Germanie. Là, il avait pu ressentir un peu de quiétude, comme un avant-goût de ce qu'il ressentait maintenant. Mais de là parler à un dieu ?

- Yares !

- Heu oui ?

- Yares, je suis ton Créateur, ton Dieu.

- Papaios ?

- C'est ainsi que ton peuple m'a nommé. J'ai bien d'autres noms dans l'Univers.

- Heu, oui d'accord.

Le guerrier se sentait dépassé par les paroles du dieu et par l'étrangeté de la situation. Il n'était pas un chamane, il était un officier de la légion et un chasseur. Toutefois, il n'avait pas l'esprit rationnel romain mais plutôt l'approche poétique de la réalité des gens de son peuple. Un dieu qui portait plusieurs noms, cela ne lui semblait pas incongru. Après tout la réalité et la nature étaient toujours changeantes tout en restant pareilles à elles-mêmes.

- J'ai marché parmi les hommes, Yares. J'ai été l'un d'entre vous et je serai toujours parmi vous.

- Ha ?

- C'est par amour que j'ai fait cela Yares, pour vous accompagner, pour vous élever, pour vous ramener. Je sais que tu es sensible à cela Yares car j'ai sondé ton cœur.

- Mon cœur ?

- Oui. Comme tous tes frères et sœurs, tu es porteur d'une part de brisure mais je sais que tu as fait le choix de la droiture et de la loyauté. Tu refuses aussi de rendre un culte à la matière, à l'or et aux honneurs.

- Seul m'intéresse le bien du peuple et l'Empire. Ce n'est pas pour moi que je me bats mais pour mes enfants et les enfants de mes concitoyens.

- C'est pour cela que je t'ai choisi.

- Choisi ?

- Ton fils, Philopater, sera l'un de mes guerriers, il deviendra comme un arbre portant de bons fruits. A cause de lui, je te bénis, toi et ta femme. Parce que ton fils sera mon témoin et fera régner la justice en mon nom, je te bénis ainsi que ton épouse.

- Heu... Merci, mais qui êtes-vous ?

- Je suis celui qui es, le Dieu d'Abraham et de Jacob.

Un trait de lumière fila droit vers le cœur du guerrier qui y sentit comme une brûlure insoutenable. Ce n'était pas une douleur, c'était un sentiment d'amour et d'extase si fort qu'il en était difficilement supportable.

Et il s'évanouit à ce monde de lumière étrange. (à suivre...)

Tag(s) : #antiquité, #Histoires & Légendes, #Rome, #Saints, #Nouvelle

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