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Puy du fou, copyright Juliette Geoffroy
Puy du fou, copyright Juliette Geoffroy

Il cligna des yeux. La lumière d'un soleil rougeoyant s'écrasait sur la paroi montagneuse face à lui. La dureté du sol écorchait ses mains et sa joue. Péniblement, il se redressa. Ses membres étaient raides et un élancement terrible lui vrillait le visage à l'endroit où il avait touché le sol.

Yares grimaça, son cheval gisait à côté de lui, la gorge ouverte, le flanc labouré et dévoré.

Le fauve avait prélevé son dû. Il était parti et n'avait pas touché à l'homme inconscient. Yares se sentit triste pour son fidèle compagnon. Dans sa culture, le cheval était un prolongement de l'être, un ami et un frère. Des larmes coulèrent sur ses traits tuméfiés, se mêlant aux poils de sa barbe et au sang séché qui la maculait.

Yares grimaça, d'autres choses occupaient son esprit. La vision qui s'était imposée à lui alors qu'il était inconscient ne se dissipait pas comme le faisait d'habitude les songes de la nuit. Elle restait vive, imprimée comme au tison dans sa conscience.

Le guerrier se pencha, ramassa son arc et son bonnet et marcha en direction de sa villa.

*

Eskentos, la petite ville de Cappadoce, était en émoi. L'un des centurions de la légion les plus en vue venait d'être arrêté. La nouvelle s’était répandue comme un feu de paille et avait rapidement fait le tour de la ville.

On disait que l'homme n'aurait pas droit à un procès ou que celui-ci serait si expéditif qu'il finirait dès ce soir dans la petite arène pour le plus grand plaisir de la population qui se délecterait de ses souffrances.

Avec un peu de chance, sa femme et son fils suivraient le même chemin. On aurait alors trois supplices pour le prix d'un seul, une aubaine !

C'est que l'officier en question, avait commis le pire crime que l'on pouvait concevoir : on disait qu'il avait cédé aux rituels infâmes de cette secte étrange qui adorait un prophète ressuscité et qu'il s'était fait baptiser.

Il avait ainsi changé de nom et adopté celui de Noah comme cet autre prophète ayant sauvé jadis la Création des eaux.

Sa femme, Saphina et son fils l'avaient suivi dans cette folle aventure et son fils avait pris le nom de Mercurius, ce qui leur vaudrait de le suivre au supplice ce soir même.

Dans les ruelles et les auberges de la ville, les conversations allaient bon train sur l'événement.

- Que lui a-t-il pris ?

- Pourquoi agir de la sorte ?

- Croyez-vous qu'on lui a jeté un sort ?

- Pensez-vous, ces gens se livrent aux pires obscénités !

- Et changer de nom ! Quelle drôle de coutume ! Comment s'appelait-il déjà avant ?

- Yares !

- Ha oui Yares ! Un Scythe ! Finalement, cela ne m'étonne pas, ce n'est pas vraiment un romain.

- Oui, vous voyez, cette histoire de citoyenneté, cela ne tient pas. On ne peut pas renier sa nature ! Un étranger reste un étranger !

Et l'on se réjouissait du spectacle. Le lieu du jour était l'arène locale. Assez petite, elle ne pouvait accueillir que trois mille spectateurs en les serrant bien. Et ce soir, précisément, on dépassait les trois mille spectateurs. Ils s'entassaient sur les gradins, dans les couloirs et sur les rambardes. Un brouhaha terrible s'élevait dans cette masse de chair frémissante. Car la plupart des spectateurs étaient fort dévêtus dans l'ambiance moite de cette fin d'après-midi estivale. Certains se livraient à des actes obscènes et des rires gras faisaient écho à une symphonie discordante de cris les plus divers.

Lorsque le gouverneur Titus fit son entrée dans l'arène, le bruit diminua d'intensité : le spectacle allait bientôt commencer et on ne voulait manquer aucun instant des réjouissances.

Le gouverneur fit une brève allocution que personne n'écouta. Titus n'était pas très populaire. S'il était en place depuis de nombreuses années, c'était grâce à son frère qui occupait un siège au sénat à Rome. L'avantage, c'est que le gouverneur Titus recevait des aides de la capitale impériale et n'hésitait pas à utiliser ces fonds pour l'amusement des habitants dont il avait la charge. Les citoyens romains d'Eskentos faisaient donc contre mauvaise fortune, bon cœur : ils ne se révoltaient pas et oubliaient le manque de charisme de leur dirigeant en échange des largesses ludiques dont il faisait preuve.

Et aujourd'hui, c'était un bon exemple, un officier supérieur de la légion et toute sa famille jetés aux fauves. La rumeur disait que le gouverneur avait fait venir tout spécialement des lions d'Asie pour l'occasion. Le genre de gros fauves au poil légèrement laineux et dont la robe remuait presque avec élégance au gré du vent.

Robe qui avait la particularité d'avoir une couleur se mariant à merveille avec celle du sang. L'animal était apprécié des connaisseurs car les jets de liquide vermeil s'entremêlaient dans les poils donnant un caractère particulièrement spectaculaire à l'animal et donc au carnage. (à suivre...)

Tag(s) : #antiquité, #Saints, #Nouvelle, #Histoires & Légendes, #Rome

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