Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Nouvelle : le Saint aux deux épées (8/8)

Mercurius fit sensation dans les combats qui suivirent. Il devint une légende comme les héros d'autrefois. D'une main, il tenait son épée de légionnaire, de l'autre, l'épée que lui avait donné l'Archange. Cette manière de se battre à deux armes étaient peu usuelle et fit bientôt également partie de la légende aux quatre coins du monde. Partout on parlait de ce légionnaire, champion de l'Empire qui portait une arme d'acier et une autre, invincible, qu'on pouvait parfois voir flamboyer. De la Germanie à l'Arabie, où on l'appelait Abu-Seifen, « celui qui porte deux épées », le nom de Mercurius était sur toutes les lèvres.

L'Empereur Dèce avait bien sûr entendu parler de Mercurius et commença par le couvrir d'honneur et de gloire. Puis, alors qu'il venait de renforcer les mesures anti-chrétiennes, il demanda au héros de sacrifier aux idoles.

Sacrifier aux idoles n'était pas simplement allumer un bâtonnet d'encens devant une statue. L'acte qui aurait pu paraître anodin et innocent impliquait beaucoup plus que cela. Avec le climat d'incertitude qui régnait à ce moment là, on multipliaient les sacrifices de sang : animaux de toutes sortes dont on répandait le sang afin de nourrir les esprits qui avaient élu domicile dans la matière inerte des statues. Il se murmurait même que certains ne se contentaient pas de sang d'animaux et demandaient du sang humain.

Tout le monde y croyait. Personne n'aurait remis en question l'existence de ces esprits. Or là où les païens voyaient des dieux puissants dont il fallait s'attirer les faveurs par des sacrifices, les chrétiens pensaient qu'il s'agissait d'esprits inférieurs et pervertis. Car qui peut demander du sang sinon des démons prenant plaisir à la mort ? Pour les chrétiens, le paganisme avait dégénéré et des esprits pervers étaient venus habiter ce qui avait été jadis les symboles des forces cosmiques ou des nobles gardiens de la Nature.

C'est pour cette raison que jamais un chrétien n'aurait pu faire allégeance à ceux qui habitaient les idoles.

C'est pour cette raison que Mercurius refusa et fut l'une des premières victimes de la grande persécution de l'Empereur Dèce.

Dans les persécutions impériales, le motus operandi fut toujours le même. On capturait la personne suspectée d'être chrétienne, on lui proposait d'abjurer sa foi, d'offrir des sacrifices aux « dieux » puis devant son refus, on la torturait. Et les romains surent toujours faire preuve d'imagination dans le raffinement et la variété des supplices.

Dans le cas de Mercurius, Dèce était ravi de mettre en danger, voire d'éliminer un personnage aussi populaire que le légionnaire. Certains murmuraient que le héros avait sauvé l'Empire de l'invasion goth et que la légion pouvait le proclamer Empereur. Inadmissible pour Dèce qui ne pouvait se permettre d'avoir un rival. Il fallait reconnaître qu'à cette époque, le manque de popularité était fatal et que les Empereurs avaient tendance à se succéder très rapidement.

Il fit donc emmener Mercurius dans une villa retirée, près de Césarée et le tortura plusieurs jours d'affilées. Chaque matin, l'Empereur lui faisait poser la même question.

- Abjures-tu tes croyances et va-tu sacrifier aux dieux ?

A chaque fois, il obtenait la même réponse.

- Il n'y a qu'un Dieu, c'est celui qui est venu sur Terre pour nous sauver. Celui qui est venu nous montrer que l'amour et la vie sort toujours victorieux de la mort ! Il se nomme Yechoua, celui qui est oint par Dieu.

Et à chaque fois, les tortures reprenaient de plus belle. D'autant que le légionnaire semblait résister au-delà de la normale. Son endurance de soldat n'expliquait pas tout. En fait, chaque matin, l'Empereur semblait trouver le supplicié aussi frais et pimpant qu'avant sa capture. Un jour, il lui demanda.

- Comment fais-tu pour résister et pour être si frais chaque matin ?

- C'est que chaque nuit, l'Archange Michel vient me visiter et me guérit.

- C'est de la sorcellerie ! s'écria l'empereur.

- Non, seul le pouvoir du Christ guérit. La sorcellerie, ce sont les sacrifices de sang.

C'en était trop. L'empereur ordonna la décapitation immédiate de son prisonnier. Celui-ci offrit sa nuque sans peur ni résistance.

On rapporte qu'il regarda ses tortionnaires et l'empereur une dernière fois et que tels furent ses derniers mots :

- Je vous pardonne à tous. Vous ne savez pas tout, une part de la réalité vous échappe. Dieu, ne leur tiens pas rigueur de leur ignorance et de leur cruauté.

L'épée s'abattit et sa tête roula sur le sol. (FIN)

Tag(s) : #Rome, #antiquité, #Histoires & Légendes, #Saints, #Nouvelle

Partager cet article

Repost 0