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PROLOGUE

 

AN 232 de la Nouvelle Ère

 

« Il fut sans aucun doute, le libérateur de la Germanie, un homme qui n'a pas, comme d'autres rois ou généraux, affronté Rome à ses premières étapes mais plutôt quand elle était au zénith de sa puissance. Dans les batailles, il a combattu avec un succès variable mais dans la guerre il est resté invaincu. Ses exploits survivent encore aujourd'hui dans les chants de son peuple… » Tacite, Annales 2, 88.

 

La silhouette bondit dans les ténèbres, aussi souple qu'un chat, aussi puissante qu'une panthère. Une main de fer se plaqua sur la bouche de la sentinelle, tirant la tête vers l'arrière et une lame acérée glissa sur la gorge offerte. L'homme s'écroula dans un faible gargouillis.

N'attendant que cela, une douzaine d'hommes avança silencieusement vers la clairière, se plaçant en arc de cercle, hors du champ de lumière projetée par les torches qui éclairaient le lieu.

Bougeant à l'unisson, sans armure, vêtus de tissus sombres, ils étaient aussi silencieux et invisibles que la brise du Nord.

Tous prirent lentement une flèche dans leur carquois et l'encochèrent. Puis, immobiles, ils attendirent le signal de leur chef.

Celui-ci venait de remettre sa dague ensanglantée dans son fourreau et se préparait également à tirer. Il lui fallait juste attendre le bon moment.

Devant lui, la clairière était inondée de lumière. Une vingtaine de guerriers barbares formaient un cercle. Ils étaient vêtus de capes et de manteaux brodés de motifs géométriques et d'entrelacs, symboles particuliers de leur clan.

Tous les rois des principaux clans goths sont là ! pensa l'archer Quelle aubaine ! Si on peut tuer l'un ou l'autre dans la foulée, ce sera ça de gagné pour l'Empire !

A deux ou trois pas derrière eux se trouvaient leurs gardes personnels. La plupart étaient vêtus de peaux de loups.

Wulfenars !

Les plus terribles légendes courraient sur ces guerriers-loups connus pour leur férocité au combat et leur cruauté.

On dit qu'ils peuvent voir dans l'obscurité comme leur animal totem ! Prudence !

Les différents rois présents se parlaient peu. Portées par le vent froid, on pouvait entendre quelques phrases de courtoisie échangées dans leur dialecte rugueux mais la plupart gardaient un silence méfiant à l'égard de leur voisin et on pouvait voir que de nombreuses mains se trouvaient nerveusement posées sur les pommeaux des épées et sur les manches des haches.

L'entente n'est pas encore au mieux ! Bien !

Soudain, il y eut un flottement dans les rangs des nobles présents et l'archer ramena son attention sur le centre de la clairière.

Des nouveaux venus venaient de pénétrer dans le lieu par le côté opposé à celui où se trouvaient l'archer et sa bande.

Le silence se fit et les rois s'écartèrent pour laisser passer les nouveaux venus.

Certains ont même l'air craintif, nota l'archer.

Quatre personnes venaient de pénétrer dans la clairière. En premier lieu, une femme. Elle était vêtue d'une robe noire. Des osselets et des morceaux de métal y étaient suspendus, de sorte que quand elle avançait, elle produisait un bruit étrange et inquiétant qui donnait froid dans le dos. Elle se trouvait entre deux âges et ses longs cheveux aile-de-corbeaux étaient parsemés de mèches argentées. Des runes étranges étaient tatouées en blanc sur sa peau pâle, soulignant l'éclat intense et brûlant de ses yeux gris.

Elle avançait tel un prédateur, plongeant ses yeux dans ceux des fiers rois assemblés. Certains avaient le visage couturé de cicatrices que leur barbe hirsute ne parvenait pas à masquer. Des hommes qui avaient vécu, toute leur vie en prenant ce qu'ils voulaient, en pillant, en tuant et en violant. Des hommes qui n'avaient peur de rien, qui ne reculaient devant aucun adversaire, dussent-ils affronter un ours à mains nues ! Et certains d'entre eux, aujourd'hui, devant cette femme désarmée, baissaient les yeux ou faisaient un pas en arrière.

Ils la laissèrent passer. Et avec elle les trois hommes qui l'accompagnaient. Les deux qui fermaient la marche étaient de véritables colosses armurés de lourdes cottes de mailles renforcées par des plaques de métal. Ils portaient des sicas, lourdes épées à lame courbée, et leur visage était recouvert par des heaumes de métal noir en forme de gueule de loup mais surmontés de cornes....

SEBASTIEN MORGAN, LA FLECHE DU SCYTHE, 2016

 

Début du Prologue de mon roman : la "Flèche du Scythe"
Tag(s) : #Coin lecture, #Chroniques Merveilleuses, #Empire Romain, #antiquité, #Rome, #Histoires & Légendes, #Fantasy, #Ancients Germains

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