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Nour a été éduqué par son père, professeur d’université, musulman soufi partisan d’un Islam éclairé par la spiritualité, la science et la raison. Pourtant, malgré cela, Nour s’en va, se perdre dans les mirages du jihad syrien. S’ensuit un échange de correspondance déchirant entre ce père et sa fille, chacun essayant de convaincre l’autre jusqu’à ce que le retour en arrière ne soit plus possible.

Le professeur Rachid Benzine connaît bien la problématique de Daesh et du jihad pour avoir travaillé les documents émanant de ces organisations et qui ressemblent parfois à s’y méprendre à de la propagande marxiste saupoudrée de références coraniques. Surtout, Rachid Benzine travaille en prison avec bon nombre de returnees, alors les arguments de Daesh, ceux qu’on retrouve dans la bouche de Nour, il les connaît bien.

Alors qu’est-ce qui pousse nos jeunes à partir ? Question lancinante et tragique qui ne souffre aucune simplification. Pour avoir personnellement travaillé avec des familles de jihadistes de toutes les origines, de toutes les religions ou non-religions, je sais combien l’incompréhension est source d’une douleur aussi terrible que la perte de l’enfant lui-même. C’est que Daesh aujourd’hui, dans sa propagande, joue sur des manques réels au sein de notre société : crise de l’emploi, injustice sociale, situation géopolitique désastreuse, guerres iniques motivées par la cupidité et les intérêts privés des grandes corporations.

Daesh joue aussi sur le manque de sens et de motivation transcendante dans notre société sécularisée où nous vivons avec un arrière-goût d’amère absurdité.

C’est en jouant sur nos manques que la sorcellerie de Daesh peut opérer et séduire à son projet criminel et mortifère, des jeunes issus de tous les milieux.

Pour nécessaire qu’il soit, le travail militaire et policier ne sera pas suffisant pour terrasser le mal. Le mal absolu de la bannière noire ne sera vaincu que par une remise en perspective et en intelligence de nos valeurs démocratiques.

Ce n’est qu’en refondant le sens donné à la vie, qui ne peut s’épanouir qu’en dépassant la superficialité de la consommation, que l’on pourra raccrocher notre jeunesse à un projet de société. Ce n’est qu’en remettant au centre de l’existence, non la rentabilité creuse et la course au profit mais le travail pour l’inclusion de tous, le bien commun, la quête de la connaissance, du savoir et du beau, que notre civilisation sera digne de ce nom et pourra éloigner le brouillard fétide de la barbarie. 

Car Nour est une enfant de chez nous,  Nour pourrait être n’importe lequel de nos enfants…

Rachid Benzine, Nour, pourquoi n’ai-je rien vu venir, Le Seuil, 2016.

Tag(s) : #Islam, #Philosophie, #société, #Histoire, #Grande Guerre, #Europe, #Nihilisme, #Moyen Orient, #Jihad, #Coin lecture

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