Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Kaph.jpgToutes les religions ont pressenti le caractère transitoire de ce monde, toutes ont également compris que l’homme possédait en lui, une part d’éternité.  Dès lors que la simple observation nous indique que nous vivons dans un monde soumis à la mort et à l’entropie, comment concilier ces deux observations ? Autrement dit comment comprendre que nous sommes à la fois partie prenante dans l’Eternité et soumis à la maladie, à la déchéance et à la mort.  Les religions répondent différemment à cette question mais toutes insistent sur la possibilité pour l’homme de (re)trouver sa condition numineuse, soit en transcendant complètement le monde, soit en se transfigurant par l’union sans confusion avec le Créateur.

 

Promis à retrouver notre situation d’origine, nous vivons dans un monde de combat, de maladie, de vieillesse et d’affrontement.  Pour celui qui a vu ou pressentit l’autre côté du miroir, il y a deux manières de réagir.  Soit, on geint, on pleure sur ce qu’on a perdu.  Soit, on se réjouit de notre origine et de ce qui nous attend.

Certains auteurs mesurèrent l’abîme séparant l’homme accomplit de l’homme actuel et vécurent très mal la comparaison.  Citons par exemple Saint Martin qui nous donne un portrait cru et sans concessions de l’Homme terrestre :

« Comment pourrions-nous cesser de nourrir en nous 1'esprit de douleur; ou plutôt la douleur de l'esprit quand nous considérons la voie temporelle et spirituelle de l'homme sur la terre ? L'homme est conçu non seulement dans le péché, comme le disait David de lui-même, mais il est encore conçu par le péché, vu les ténébreuses iniquités de ceux qui l'engendrent. Ces ténébreuses iniquités vont influer sur lui corporellement, et spirituellement jusqu'à sa naissance. Il naît; il va recevoir intérieurement le lait taché de ces mêmes iniquités, et extérieurement mille traitements maladroits qui vont déformer son corps avant même qu'il soit formé; des conceptions dépravées, des langues fausses et corrompues vont  assaillir toutes ses facultés, et les épier au passage pour les infecter dès qu'ïl les manifestera par le moindre de ses organes.

Ainsi vicié dans son corps et dans son esprit avant même d’en avoir l'usage, il va entrer sous la fausse administration de ceux et celles qui l'environnent dans son premier âge, qui sèmeront en abondance des germes empoisonnés dans cette terre déjà empoisonnée elle-même, et s'applaudiront de lui voir produire des, fruits analogues à cette atmosphère désordonnée qui  est devenue leur élément naturel.

La jeunesse, l'âge viril ne vont être qu'un développement successif de tous ces germes. Un régime physique, presque toujours contraire à la nature, va continuer de presser à contresens le principe de sa vie. Un régime moral destructif' de toute morale va nuire encore plus à son élite intérieur; et le dévier tellement hors de sa ligne, qu'il ne croira plus même qu'il en existe une pour lui,- des doctrines de tout genre vont repousser son esprit par leur contrariété ou ne l'asservir qu'en le trompant ; des occupations illusoires vont absorber tous ses moments, et lui voiler sans cesse sa véritable occupation. C’'est ainsi qu'au terme d'une tempête perpétuelle, il arrive au terme de sa vie; et là pour achever de mettre le sceau sur le décret qui l’a condamné à venir dans cette vallée de larmes, l 'on tourmente son corps par les procédés une médecine ignorante, et ,son esprit par des consolations maladroites, tandis que dans ces moments périlleux cet esprit ne cherche qu'à entrer dans sa voie et éprouve peut-être en secret toute la douleur de s'en voir écarté. Quand on pense que nous sommes tous composés de ces mêmes éléments, dirigés  par ces mêmes lois, alimentés par ces mêmes désordres, et ces mêmes erreurs, que nous sommes tous immolés par ces mêmes tvrans, et que nous immolons nos semblables à notre tour par ces mêmes armes empoisonnées,-quand enfin on pense que telle est l'atmosphère qui nous enveloppe et nous pénètre, on craint de respirer, on craint de se regarder; on craint de se remuer et de se sentir. » (Le Nouvel homme, § 9.) »

 

Bien sûr, on peut supposer que si le Philosophe Inconnu force le trait, c’est pour mieux détourner les hommes de son temps de la superficialité de la vie mondaine et attirer l’attention sur le chemin à parcourir et le peu de temps que nous avons.

 

Néanmoins, on ne peut Aimer si on ne s’aime pas, qu’on ne peut éprouver la Charité universelle que si l’on peut voir l’étincelle de Beauté qui se trouve en chacun, même si celle-ci est noyée dans un océan de faiblesses, de défauts et de complexes.

Car s’il faut vaincre l’égoïsme, l’orgueil, le mensonge et tous les maux qui afflige la Terre, il faut sans doute aussi vaincre le pessimisme et le désespoir.  En effet, comment espère-t-on faire jaillir l’étincelle de Lumière si tout est trempé de larmes ? Comment espère-t-on éclairer le monde si l’on rajoute aux ténèbres ? Il ne s’agit pas d’avoir un regard niais sur les choses et d’ignorer la souffrance mais de ne pas céder devant elle.  Il faut plier comme le roseau face à l’adversité, plier pour ne pas se laisser submerger, plier pour aller puiser la joie afin de mieux vaincre les épreuves, plier afin de n’être pas arraché, afin de n’être pas brisé, afin de pouvoir renaître.

La forme de l’arcane Kaph montre bien cette idée, car il est dit de cette lettre « Ses ennemis ne peuvent le dominer, ils ne peuvent lui faire aucun mal, et en définitive, sont entièrement soumis à lui.  Il est sous le signe de la lettre Kaph… » (Sepher haZohar ; 2 :73b) 

Tag(s) : #Art et Culture

Partager cet article

Repost 0