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L'autre jour, à la radio, j'ai entendu le commentaire d'une sœur chrétienne concernant la fête d'Halloween : « Bientôt, nous cauchemarderons à nouveau en orange et noir plutôt que de rêver en blanc et or. »
J'ai d'abord commencé par sourire devant tant de craintes naïves et peureuses. Puis je me suis rappelé avoir lu un article sur un blog qui m'avait également interpellé. L'auteur était un ancien conseiller ministériel devenu évangélique. Entre deux considérations conspirationistes du plus haut ridicule, il expliquait comment, lorsqu'il rentrait chez quelqu'un possédant une statuette de Bouddha, il ressortait aussitôt en courant et en se signant pour conjurer le diable. Atterrant.

Je crois vraiment que le monde ira mieux lorsque chacun sera soucieux de développer la gnose en lui. Par gnose, j'entends non pas les mouvements contemporains des premiers siècles du christianisme, mais bien la Connaissance. Connaissance du monde, des hommes, de soi, de Dieu. Celle-ci ne peut se construire que si, au quotidien, on a à cœur de développer une attitude de perpétuelle recherche et de se questionner sur tout. Peut-être que ma sœur chrétienne aurait fort à gagner en se renseignant sur les origines celtiques de la fête d'Halloween et sur comment les Celtes la percevaient. Car finalement, en ce jour, le monde des vivants et celui des morts étaient censés être concomitant et on rendait hommage aux morts. Le déguisement (il y aurait beaucoup à dire sur la valeur symbolique du masque) peut être vu comme une sorte d'exorcisme et de protection à valeur prophylactique (et aussi une manière d'exorciser notre peur de la mort). Mais tiens, en fait dans le christianisme, la Toussaint est le jour où on rend hommage aux morts... et nos cathédrales ne sont-elles pas gardées par des gargouilles plus effrayantes que nos bambins en quête de bonbons... Comme quoi, les traditions (ou connaissances) persistent sous une forme ou sous une autre... Si ma sœur s'était un peu renseignée, elle verrait peut-être la fête d'Halloween d'un autre œil que le préjugé qu'elle s'en fait. Mais peut-être aurait-elle à gagner à s'interroger sur le pourquoi de sa peur panique des déguisements monstrueux ? Il y a peut-être là quelque chose d'inconscient à régler. En réalité, seul l'esprit sans a priori peut atteindre à la connaissance de Soi qui mène indubitablement à la connaissance du Dieu Vivant.

 

Je suis toujours frappé de me rendre compte à quel point la peur est présente dans le cœur de l'être humain et cause de nombreuses souffrances.
La peur est souvent le produit de l'ignorance, ce qu'on ne connaît pas nous effraye. Le cercle vicieux, c'est que l'humain a tendance à combler le vide causé par les ténèbres de son non-savoir en inventant ou en fantasmant des choses pires que ce qui est.

 

Ainsi, dans l'antiquité, on cherchait à s'attirer la bienveillance des esprits ou des dieux par des offrandes (ce qui est plutôt sympa) ou par l'horreur des sacrifices humains.
L'image négative du chrétien, presque archétypale est celle du prêtre austère qui, la bave au lèvres, les yeux injectés de sang et de folie, va jeter l'anathème sur la personne dont il ne comprend pas l'attitude ou dont la manière de penser est éloignée de ce qu'il pense être la bonne manière.
On l'applique souvent au chrétien cette image, ou avec une certaine variante au musulman barbu et enturbanné. Pourtant, je crois que l'ignorance, et la peur qui en découle, sont universelles et qu'elles provoquent les mêmes réactions partout dans le monde : chez l'athée qui rejette en bloc la spiritualité qui lui fait peur, chez le religieux qui rejette en bloc tout ce qui n'est pas de sa tradition (ou ce qu'il croit qui n'est pas de sa tradition), chez l'identitaire raciste qui rejette en bloc tout ce qui est étranger à sa culture, chez tous ceux qui rejettent la moindre chose s'écartant de leurs conceptions étroites et étriquées.

 

Bien sûr, cette peur atavique peut sans doute s'expliquer d'un point de vue théologique. Elle fait partie du « package » qui nous échoie lorsque nous arrivons dans ce monde en chute, pauvre âme humaine tombant dans un monde de mort et de souffrance, de guerre matérielle et spirituelle, à la société en crise et submergée par l'absurde. Pauvre être inconscient de sa destinée cosmique mais la sentant pourtant palpiter dans l'essentiel, loin des malheurs de ce monde, tu es ici-bas exilé et perdu en toi-même.
Mais pourtant, la vie n'est pas que souffrance, elle est aussi amour, joie, humour et découverte alors pourquoi trembler devant son ombre ?
Pour les croyants, une lueur inaltérable brille au terme inéluctable de l'existence : le mariage avec Dieu. Encore que Dieu n'attend pas la fin pour se manifester, il est partout et tout le temps présent. Alors avec un compagnon de route comme Lui, comment est-ce possible de ressentir de la peur ?

 

Peur de l'inconnu, peur du mal, peur de « mal faire », d'être jugé ou condamné, peur de l'impermanence et du temps qui passe... Il serait temps pour les croyants de grandir, de ne plus se comporter comme des enfants tremblant devant leur maîtresse d'école. Dieu est notre Alpha et notre Oméga. Il est le commencement et la Lumière de la plénitude nous attend à la fin. Tout ce qui se déroule ici, n'est que phénomènes fugaces et passagers, aussi illusoire que des ombres sur un mur. Pourquoi avoir peur des ombres alors qu'il suffit d'allumer la Lumière en nous, pour voir au-delà du voir et de l'illusion ? La peur empêche la sérénité et la force de s'affirmer. Pourtant, ce n'est qu'en pleine paix de l'âme que l'on pourra remonter vers la Source de Toute Chose.

 

« C'est pourquoi je fléchis les genoux devant le Père, de qui toute famille tient son nom, au ciel et sur la terre. Qu'il daigne, selon la richesse de sa gloire, vous armer de puissance par son Esprit, pour que se fortifie en vous l'homme intérieur. Qu'il fasse habiter le Christ en vos cœurs par la foi ; enracinés et fondés dans l'amour. Vous aurez ainsi la force de comprendre avec tous les saints, ce qu'est la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur...et de connaître l'amour du Christ qui surpasse toute connaissance, afin que vous soyez comblés jusqu'à recevoir toute la plénitude de Dieu. » (Ephésiens 3, 14-19)

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