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L'Asclépius est aussi appelé Discours parfait (Logos teleios). Ce manuscrit écrit sous forme de dialogue, nous montre que la révélation hermétique se situe en Égypte, cœur du monde : « Ignores-tu donc, Asclépius, que l'Égypte est la copie du ciel, ou, pour mieux dire, le lieu où se transfèrent et se projettent ici-bas toutes les opérations qui gouvernent et mettent en œuvre les forces célestes ? Bien plus, s'il faut le dire, notre Terre est le temple du monde entier. » (Ascl., 24).
Bien sûr, il y a plusieurs sens à donner à ce passage. Dans la plupart des écrits ésotériques coexistent le sens d'en-bas et le sens d'en-haut : un sens externe et un sens interne, un sens littéral et un sens symbolique.
Comme le fait remarquer F.Bonardel : « Cette proclamation n'est pas la manifestation d'un géocentrisme spirituel injustifiable, mais plutôt la certitude que toute révélation fait du lieu où elle survient le centre symbolique du monde, en même temps qu'elle sacralise la terre où elle advient. »
Si révélation, il y a, il ne s'agit pas d'une révélation complète et définitive. En effet, il s'agit plutôt de périodes cycliques de révélation et d'occultation : « Hermès vit l'ensemble des choses ; et ayant vu, il comprit ; et ayant compris, il eut puissance de révéler et de montrer. En effet, les choses qu'il connut, il les grava, et, les ayant gravées, les cacha, ayant mieux aimé, sur la plupart d'entre elles, garder un ferme silence que d'en parler, afin qu'eût à les chercher toute génération née après le monde. » (Frag. Stobée, XXIII, 5).

 

 

On est donc en présence d'une gnose, d'un enseignement de type ésotérique et initiatique qui en tant que tel, s'adresse à une minorité : « Un entretient si religieux sur un si grand sujet ne doit pas être profané par l'immixtion et la présence d'un nombreux auditoire. C'est chose impie que de divulguer à la masse un enseignement tout rempli de l'entière majesté divine. » (Ascl. prologue, 1). Mais quel est le but de ces enseignements ? A l'instar de l'ensemble des mouvements initiatiques et ésotériques, il s'agit de donner à l'initié l'accès à un monde secret, auquel le profane qu'il était, n'avait jusqu'alors pas accès. L'hermétiste voit plutôt qu'il ne regarde. Par delà l'apparence du monde, il voit le monde dans sa réalité, il perçoit les causes premières. Ainsi, dans le Poimandrès, le Noûs-Intellect-Dieu se manifeste à Hermès : « Un jour, que j'avais commencé de réfléchir sur les êtres et que ma pensée s'en était allée planer dans les hauteurs...il me sembla que se présentait à moi un être d'une taille immense...qui m'appela par mon nom et me dit : Que veux-tu entendre et voir, et par la pensée apprendre et connaître ? ...Et moi je dis : Je veux être instruit sur les êtres, comprendre leur nature, connaître Dieu. ...A ces mots, il changea d'aspect, et subitement tout s'ouvrit devant moi en un moment, et je vois une vision sans limites, tout devenu lumière, sereine et joyeuse... Et peu après, il y avait une obscurité se portant vers le bas, survenue à son tour, effrayante et sombre, qui s'était roulé en spirales tortueuses, pareille à un serpent...Puis cette obscurité se change en une sorte de nature humide...produisant une sorte de son, un gémissement indescriptible. Puis il en jaillissait un cri d'appel, sans articulation, tel que je le comparais à une voix de feu, cependant que sortant de la lumière..., un Verbe saint vint couvrir la Nature. » (Poim.1-10)
Après la création de la lumière et des ténèbres, on voit l'opposition entre la clameur brutale et inarticulée issue du Chaos et la valeur lumineuse du Logos, Verbe divin. « Cette lumière, c'est moi, Noûs, ton Dieu, celui qui existe avant la nature humide qui est apparue hors de l'obscurité. Quant au Verbe lumineux issus du Noûs, c'est le fils de Dieu. » Cette conception du Verbe divin peut, si on croit les textes hermétiques fort anciens, suggérer une pensée pré-christique. Rapprochement que ne manquèrent pas de faire certains Pères de l'Église qui virent dans l'hermétisme l'annonce du christianisme, quoique la "Chute" est ici la conséquence d'un acte d'amour volontaire et non d'une désobéissance culpabilisatrice.

 


Mais l'homme dans tout cela ? Quelle est sa place au sein de la pensée hermétiste ? L'homme a été créé par Dieu à son image et se vit livrer la garde de la Création, mais séduit par la beauté de celle-ci, l'Homme brûla du désir de la rejoindre : « Alors l'Homme, qui avait plein pouvoir sur le monde des êtres mortels et les animaux sans raison, se pencha à travers leur enveloppe, et il fit montre à la Nature d'en bas de la belle forme de Dieu...la Nature sourit d'amour, car elle avait vu les traits de cette forme merveilleusement belle de l'Homme se refléter dans l'eau et son ombre sur la terre. Pour lui, ayant perçu cette forme à lui semblable présente dans la Nature, reflétée dans l'eau, il l'aima et il voulut habiter là. Dès l'instant qu'il le voulut, il l'accomplit, et il vint habiter la forme sans raison. Alors la Nature, ayant reçu en elle son aimé, l'enlaça toute, et ils s'unirent, car ils brûlaient d'amour. » (Poim. I, 14). Voilà pour la chute. L'Âme de l'Homme, charmé par la matière et désireux d'en faire l'expérience, se retrouve prisonnier en son sein. Pourtant il reste en lui les traces de sa nature divine. L'homme est donc double : « mortel de par son corps, immortel de par l'homme essentiel » (Poim. I, 15). Cette nature pneumatique qu'il doit réapprendre à exprimer et à développer afin de faire l'ascension du monde céleste. Il s'agit d'un schéma chute-exil-régénération qui apparaît dans la plupart des mouvements ésotériques postérieurs (Rosicrucianisme, Martinisme, Kabbale et même Soufisme) et permet à l'initiable de « rebrousser chemin vers les choses anciennes et primordiales ».

Il y a donc un lien entre l'homme et le Divin, entre le ciel et la terre. Mais ce lien dépasse le stade de simple médiation, il est aussi sympathie : « Il est vrai et sans mensonge, que tout ce qui est en bas est comme ce qui est en haut ; et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas : pour accomplir le miracle d'une seule chose.

De même que toutes choses tirent leur origine de la Chose Unique Seule, par la volonté et le verbe de l'Un, Seul et Unique qui l'a créée dans Son Esprit, de même toutes les choses doivent leur existence à cet Un par ordre de la Nature et peuvent être améliorées par l'Harmonie avec cet Esprit. » (Table d'émeraude). Il s'agit donc de se mettre en sympathie, de devenir Un, le Tout, de ne plus faire qu'un avec la Nature, Dieu et l'Univers : « Monte plus haut que toute hauteur, descend plus bas que toute profondeur. Rassemble en toi-même les sensations de tout le créé, du feu et de l'eau, du sec et de l'humide, imaginant que tu es à la fois partout, sur la terre, dans la mer, au ciel, que tu n'es pas né encore, que tu es dans le ventre maternel, que tu es adolescent, vieillard, que tu es mort, que tu es par delà la mort. Si tu embrasses par la pensée toutes ces choses à la fois, temps, lieux, substances, qualités, quantités, tu peux comprendre Dieu. » ( Poim. XII, 20). Le monde terrestre est donc considéré comme autant de médiations, autant de points d'appui sur lequel l'initié va s'appuyer pour entamer sa remontée vers le Tout. Hermès est considéré comme l'accompli : « Une âme qui possédât le lien de sympathie avec les mystères du ciel : voilà ce qu'était Hermès qui a tout connu. » (K.K., 5). L'initié aux mystères hermétiques devient son digne successeur : « Ce sont eux (les initiés) qui, ayant appris d'Hermès que les choses d'en bas ont reçu du Créateur l'ordre d'être en sympathie avec celles d'en haut, ont institué sur la terre les fonctions sacrées liées verticalement aux mystères du ciel. » (K.K., 68).

 

 

La pensée hermétique va parcourir énormément de chemin, à la fois dans le temps mais aussi dans l'espace. Nous verrons brièvement sa destinée en Occident et en Orient.

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