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On perd la trace du Corpus Hermeticum en Occident entre le VIe siècle et le XIe siècle. W. Scott suggère qu'il aurait été conservé par les Sabéens qui célébraient un culte consacré à Hermès-Thot jusqu'au XIe siècle. Les Sabéens faisaient remonter leur origine à Hermès et ils produisirent eux-mêmes un certain nombre d'écrits originaux dont ils attribuaient le contenu à Hermès lui-même. Ainsi en est-il du Risâlat fi'n-nafs (Lettre sur l'âme) et les Institutions liturgiques d'Hermès rédigé probablement par Thâbit ibn Qurra de Bagdad.

 


Très tôt dans le monde islamique on s'intéresse à Hermès. Celui-ci est en effet reconnu d'emblée comme un prophète et ce par les autorités les plus exotéristes. On se souvient, en effet, que la religion musulmane ne s'est jamais posée en nouvelle révélation mais que Muhammad est le « sceau des prophètes ». C'est-à-dire le dernier maillons d'une chaîne de prophètes (Noé, Moïse, Jésus,...), tous porteurs d'une partie du message Divin. Hermès apparaît ainsi à deux reprises dans le Coran et dans certains hadiths sous le nom d'Idris : « A l'époque d'Idris, les anges s'adressaient aux hommes, les saluaient, leur parlaient, les fréquentaient, car c'était une ère d'harmonie » dit un hadith. On assimila également Idris-Hermès à Hénoch ce qui lui donna une présence considérable et permit à l'Islam de se rapprocher de la tradition helléno-égyptienne. Pour la tradition islamique, il y eut trois Hermès :

 

 

1. Hermès le Majeur qui vécut avant le déluge. Il reçut par inspiration divine la science de l'écriture, de l'astronomie et de l'architecture. C'est lui qui fit construire les pyramides pour y graver en hiéroglyphes les secrets de la création et ainsi les préserver du déluge.

 

 

2. Hermès le Babylonien qui vécut après le déluge. Maître en médecine, en philosophie, en mathématique. C'est lui qui initia Pythagore aux mystères de la science sacrée.

 

 

3. Hermès l'Egyptien. Maître d'Esculape, il est le premier à enseigner l'alchimie et fut une des plus grande autorité en magie et en sciences occultes de tous les temps.

 

 

Celui du Coran est le premier. En effet, il s'agit d'Idris, fils de Yared, l'arrière-petit-fils de Seth, ayant vécu peu avant Noé. Son rôle principal fut celui de savant civilisateur et son message fut plus une transmission de techniques qu'une parole religieuse. Mais Idris-Hermès n'a pas obtenu ces sciences par recherche personnelle mais bien par inspiration divine. Ces sciences : mathématiques, astronomie, médecine, sont autant de prolongements de l'activité divine sur Terre, autant de moyens et de méthode pour connaître Dieu. Idris-Hermès est le héros civilisateur non pas porteur d'une science mécanique mais de la Science. Science du monde, des hommes et de l'univers. Mystères du cosmos, du microcosme et du macrocosme, de la sagesse divine. Idris-Hermès, le prophète sans visage. En effet, si Idris est un des quatre piliers soufis sur lesquels repose la hiérarchie mystique des saints qui soutient l'existence du monde, il n'en demeure pas moins une figure énigmatique et intemporelle. Ces quatre piliers sont en fait les quatre prophètes immortels qui reviendront à la fin des temps pour accomplir une tâche bien précise : Jésus combattra les forces de l'idolâtrie et du mal, Elie est l'intercesseur auprès des Amis de Dieu, Khadir l'Initiateur des initiateurs. Mais Idris n'a ni fonction, ni rôle historique à jouer. D'où vient cet imprécision ? S'agit-il réellement d'une imprécision ? Ou plutôt s'agit-il de mettre en évidence par l'absence, procédé ésotérique classique.

 

Pierre Lory souligne que selon les sources ésotériques musulmanes, Hermès aurait rédigé des odes en arabes, en hébreux et en syriaque. Cette polyglossie est le signe de l'intemporalité et de l'universalité d'Idris-Hermès, celui-ci ne se rattache à aucune tradition en particulier, ou plutôt il se rattache à l'ensemble des traditions monothéistes. Une lecture plus ésotérique, verticale, donne à Hermès-Idris toute sa dimension. En effet certaines traditions soufies donnent une valeur ésotérique aux langues susmentionnées « qui dépasse de beaucoup leur fonction littéraire et liturgique dans l'histoire » Le syriaque est la langue des anges, utilisée dans les rituels magiques et théurgiques. L'arabe aurait été la langue parlée par Adam au Paradis et l'hébreu, un idiome de l'arabe que les hommes se seraient mis à parler sur terre après la chute. « Idris parlait donc les langues du ciel, de la terre, et celle de l'homme à l'état accompli, l'arabe. Il s'est exprimé à ces trois niveaux de conscience et d'être en poèmes, c'est-à-dire en un discours structuré et proféré selon des harmonies métriques - donc mathématiques : parole du parfait équilibre de l'intellect purifié » et reflet de l'harmonie divine.
Selon Pierre Lory, si on met les réflexions précédentes en parallèle avec plusieurs textes de théurgie mentionnant Idris-Hermès invoquant sa Nature Parfaite ou étant lui-même la Nature Parfaite de l'orant, on peut comprendre alors Idris-Hermès comme le maître intérieure, l'ange personnel de l'ésotériste qui est en réalité le Soi supérieur. Car comme le suggère le traité occulte du Ghayat al-hakim, Hermès était à la recherche de son être supérieur : le découvrant, il devient lui-même cette Nature Parfaite. Ainsi en sera-t-il de l'initié soufi qui, réalisant sa part divine, devient le reflet de Dieu.

 

 

L'Hermétisme aujourd'hui :

 

 

Aujourd'hui encore certains groupes ésotériques et initiatiques authentiques étudient les textes et les enseignements hermétiques. Outre l'idée (souvent fausse) que l'on peut se faire de l'ésotérisme en général, on est en droit de se poser la question de l'utilité et de la pertinence d'une pareille étude. Le Corpus Hermeticum ? Un ensemble de vieux textes poussiéreux qui ne devrait attirer l'attention que de quelques érudits et historiens. La philosophie hermétique ? Le reflet d'une certaine pensée antique et pré-scientifique, des textes à ranger parmi les expressions de la superstition et de l'ignorance humaine. L'alchimie, l'ésotérisme, Paracelse, Jacob Boehme, Robert Fludd ? Autant d'idées et de personnes « allumées », hallucinées, fantaisistes, autant de temps perdu en vaines chimères.

Voilà les jugements a priori : « Il faut remarquer qu'aucune autre discipline ou science ne fait l'objet de pareille agressivité immédiatement, immanquablement, foncièrement. Quand on parle avec un mathématicien, on critique une démonstration, ou une hypothèse, jamais la mathématique. On ne commence pas un échange de vues politiques en suspectant l'interlocuteur de folie...A peine le mot « ésotérisme » est-il lâché que fusent les railleries... »
On peut à juste titre s'interroger sur les raisons profondes d'une telle attitude vis-à-vis de l'ésotérisme en général. On ne peut qu'inviter le lecteur à se reporter à l'excellente analyse de Pierre A. Riffard.
Pour ce qui est des textes hermétiques en particulier, ils restent et resteront à jamais d'actualité. Car, loin de véhiculer des idées dépassées ou antiques, ils nous parlent d'éternité. Loin d'être un amas de curiosités et de superstitions, ils nous entretiennent de la nature humaine profonde. Cette part de nous même qui est en relation perpétuelle avec la Nature et l'ensemble de la Création. Sans dogmatisme, ils invitent à une réflexion sur la condition humaine, ils emmènent l'esprit vers le chemin des étoiles et de la divinité au cœur de nous-même, là où le Mystère réside, aux sources de la Vie. Par delà les frontières de la vie et de la mort, en un lieu où la transmutation s'accomplit, où l'homme redevient Homme et renaît à lui-même. C'est un fabuleux voyage dont on revient transformé. C'est la réalisation véritable de cette maxime intemporelle écrite sur le fronton du Temple de Delphes : « Connais-toi toi même et tu connaîtras l'Univers et les dieux. »

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