Vendredi 20 mars 2009 5 20 /03 /Mars /2009 19:13

Dans les légendes celtiques, la Déesse Ceridwen supplia les druides de lui donner la recette d’un breuvage apportant la Sagesse ultime à qui en boirait.  La Déesse réservait ce divin liquide à son fils Afagddu pour compenser la laideur de celui-ci.  Comme la potion était très longue à préparer, Ceridwen demanda au jeune Gwion de surveiller le chaudron dans laquelle elle cuisait.  Il était connu que seules les trois premières gouttes du chaudron étaient bénéfiques, le reste du breuvage, un poison virulent. 

Mais Gwion, très distrait, mit trop de bois sous le chaudron et le liquide se mit à bouillir méchamment.  Trois gouttes tombèrent sur la main du jeune homme qui la porta à ses lèvres et qui acquis instantanément l’illumination.

Furieuse que le breuvage destiné à son fils fut gâché, Ceridwen se jeta sur le jeune homme.  Pour s’échapper, Gwion mit à profit sa nouvelle connaissance de toute chose pour se changer en lapin, mais la Déesse se changea en chien.  De lapin, Gwion sauta dans une rivière et se transforma en poisson, la Déesse le suivit sous forme de brochet.

Dans un bruissement d’ailes, le pauvre Gwion s’extrait de l’eau sous la forme d’un oiseau, bientôt suivit par un redoutable faucon.  Enfin, Gwion aperçoit un tas de grain et devient un grain parmi les grains, espérant échapper à la vengeance de Ceridwen.  Mais celle-ci se transforma une dernière fois en poule et avala tous les grains.  Elle tomba enceinte et neuf mois plus tard, Gwion renaquit à lui-même et devint Taliesin, le Barde des bardes.

 

La signification de la légende est plutôt claire : l’Inspiration Divine se trouve dans le chaudron, symbole féminin par excellence.  Le Chaudron est la part féminine de l’Etre, celle qui se trouve en chacun de nous, qu’on soit homme ou femme car « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa ; male et femelle il les créa. (Gn 1 :27) »

 

Dans notre état d’exil, nous sommes séparés de cette partie de nous, de cette moitié inspiré et inspirante.  Car c’est dans cette partie inconnue, créative, surconsciente que se trouve caché la source d’inspiration capable de nous relier à la Source de toute chose, notre partie féminine est notre fil d’Arianne capable de nous guider hors du labyrinthe des illusions. 

Il nous appartient d’épouser cette partie féminine au cours des Noces Chymiques, autre manière de désigner le mariage entre la partie rationnelle et spirituelle de notre être, entre notre côté humain et notre côté divin, entre notre corps et notre esprit…

 

Avant d’atteindre cette partie profonde de notre être, encore faut-il en passer les épreuves, échapper aux gardiens qui en protègent le seuil et qui sont ne sont jamais que nos peurs de grandir, nos peurs de l’inconnu, nos peurs d’évoluer.   

Cette résistance au changement, à l’exploration de nous même nous fait rejeter notre Féminin des Profondeurs.   Alors Eve devient Lillith, démon plein de rancœur qui se tapi dans les tréfonds de notre conscience et surgit sous forme de cauchemars, d’aigreurs inconscientes, de dépressions ou de psychoses. Erreur ! Car oublier ou dénigrer l’autre partie de nous, revient à refouler l’inspiration, à nous fermer au créatif et finalement à rejeter le divin.

 

Quoique peu mis en valeur aux cours des âges, le féminin sacré et intérieur est partout présent dans la Bible, dans l’Ancien Testament sous les traits d’Eve, des Matriarches et des autres femmes présentes (voir à ce sujet l’excellent livre d’Annick de Souzenelle, Le féminin de l’Etre) et dans le Nouveau sous les traits de Marie Madeleine et surtout de Marie, quintessence de la Féminité Sacrée portant l’Enfant Dieu, Roi du Monde.    

 

En épousant notre Féminin Sacré, nous nous renouvelons, nous accouchons de notre enfant divin intérieur et nous nous préparons aux noces ultimes, celles qui nous consacrerons en tant qu’épouses de Dieu.

Par Galahad
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Commentaires

Cette partie féminine qui se doit d'être VIERGE pour contenir le DIVIN en elle, réclame donc d'abord un nettoyage ( de printemps?!)très rigoureux.Il faut tout laver, tout purifier, tout repeindre en blanc ( à la chaux, dans les pays de la Méditerranée).C'est une couleur qui évoque l'Immaculée, la Vierge.Ce n'est pas une mince affaire et il faut énormément d'énergie et de passion pour effectuer ce " travail sacré" tout au long de notre vie, avec l'espérance de réaliser peut-être un jour l'Union sacrée avec l'UNIQUE.
Commentaire n°1 posté par Barbara le 27/03/2009 à 09h46
Merci pour le commentaire Barbara, j'avais oublié de le valider d'où son apparition tardive sur le blog.  Je pense effectivement que l'homme a la responsabilité d'élever la Nature.  Elévation qui ne pourra pas faire l'économie d'un grand nettoyage, ne fut ce que pour réparer les torts que nous lui avons occasionés. 
Amicalement.

Galahad.
Réponse de Galahad le 03/05/2009 à 12h21
Bonjour, vous avez un très joli blog. Je suis tombée dessus en recherchant des blogs "interreligieux"...
Concernant l'interprétation de cette légende celtique, je pense qu'on peut aller plus loin : on notera qu'y figurent les 4 éléments : le feu sous le chaudron, l'eau avec les poissons, l'air avec les oiseaux, et la terre avec les grains. Pour le chien et le lapin, je ne sais pas, ils doivent avoir aussi une signification.
Les 4 éléments doivent être purifiés et dissous dans le canal central, afin de réaliser l'oeuvre au noir. Ceci est rendu possible grâce au feu intérieur qui est allumé au niveau du chakra du nombril. A cette endroit se situe la "goutte rouge", élément féminin et igné, c'est aussi le soufre des alchimistes. Le mercure est situé au sommet de la tête, c'est la goutte blanche. L'union des deux permet les dissolution des éléments et l'atteinte de la claire lumière (oeuvre au noir).
Commentaire n°2 posté par kadak le 06/06/2009 à 15h43

Bonjour Kadak,

 

Un grand merci pour vos deux commentaires plein de sensibilité, de vécu, d'intelligence et d'érudition.  Je pense que l'interprétation des quatre éléments et alchimique de la légende de Ceridwen est très pertinente.  Même si certains pourraient la mettre en doute d'un point de vue historique (les druides pratiquaient-ils l'alchimie ? Rien n'est moins sûr).  Néanmoins, en tant que mythe, cette histoire  peut être interprétée de multiples façons voire de manière infinie car comme tous les grands mythes elle ouvre grand les portes de l'âme humaine et celle-ci est d'origine divine donc infinie par nature.

Encore un grand merci pour ce commentaire en tout cas ;o)

Réponse de Galahad le 08/06/2009 à 16h59
"les druides pratiquaient-ils l'alchimie ?"
Il faut bien comprendre que l'alchimie minérale est étroitement liée à des processus internes. Ces processus sont les mêmes sous toutes les latitudes, ce qui peut varier, c'est la façon dont on le traduit dans son rapport au monde et à la matière. Les druides ne pratiquaient sans doute pas l'alchimie minérale, mais ils connaissaient forcément le processus interne qui en est à la base (les opérations à effectuer sur le corps subtil constitué de canaux vents et gouttes).
Commentaire n°3 posté par kadak le 13/06/2009 à 13h43
C'est même fort probable qu'en tant qu'observateurs insassiables de la Nature, les druides ait eu connaissance de l'alchimie corporel et spirituel, peut-être à la manière taoïste....Merci pour ce commentaire.
Réponse de Galahad le 14/06/2009 à 18h05

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