La tradition spirituelle et ésotérique occidentale a beaucoup développé la notion d’androgynéité sans laquelle, pour
Franz von Baader, les mystères de la religion resteraient impénétrables.
« Dieu dit : « Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu'il soumette les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toute la terre et toutes les petites bêtes qui remuent sur la terre ! Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa ;
mâle et femelle il les créa. » (Gn 1 :26-27). Ce passage de la Genèse est celui qui fait mention pour la première fois de l’espèce humaine semble plaider pour une création androgyne de l’Adam Kadmon, de l’âme humaine. Avant la chute, l’âme humaine possède les deux polarités en elle.
L’Homme, contrairement aux animaux, fut créé directement par Dieu, non pour vivre sur Terre mais pour régner sur elle et sur la Création. Pour Martines de Pasqually, « Adam, dans son premier état de gloire, était le véritable émule du Créateur. Comme pur esprit, il lisait à découvert les pensées et les opérations divines… Adam (…) vit que sa puissance était grande et apprit à connaître avec certitude une partie du tout composant l’univers. Cette partie est ce que nous nommons le particulier, composé de tout être actif et passif habitant depuis la surface terrestre et son centre jusqu’au centre céleste appelé mystérieusement ciel de Saturne » (Pasqually, Traité de la Réintégration des Etres, 8)
Dans cet état, la responsabilité de l’Homme était lourde puisqu’il s’agissait ni plus ni moins que d’être le gérant de l’Univers pour le Créateur ; « Adam aussi avait part à ce flamboiement et à cette splendeur de Dieu avant la transgression, quand il était vraiment couvert d’un vêtement de gloire, il n’était pas nu. Mais il était bien plus paré de beauté, cela va sans dire, que ceux qui maintenant sont couronnés de diadèmes ornés de beaucoup d’or et de pierres brillantes. » (Grégoire Palamas, 150 chapitres, 67)
Par ailleurs, il est dit « Dieu les bénit et Dieu leur dit : « Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez-la. Soumettez les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et toute bête qui remue sur la terre ! » (Gn 1 :28)
A cette époque d’avant le temps tel que nous le connaissons, l’âme humaine est un agent-esprit comprenant directement la volonté divine et se reproduisant de manière autonome sans que ses polarités masculine et féminine n’actualisent leur opposition.
« Adam ayant ainsi opéré et manifesté sa volonté au gré du Créateur, reçut de lui le nom auguste d’homme-Dieu de la terre universelle, parce qu’il devait sortir de lui une postérité de Dieu et non une postérité charnelle. »(Pasqually, ibidem, 10)
Pour von Baader, la mission d’Adam était de maintenir en soi l’état d’androgyne afin de se « fixer » lui-même comme une image de Dieu par elle-même ni mâle ni femelle. De cet ordre d’idée, l’Homme, la plus jeune des classes d’esprit émanée par Dieu, n’était pas immuable mais devait faire en quelque sorte ses preuves pour devenir le Roi tout-puissant de la Création ne connaissant que Dieu comme suzerain.