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Un jour, un maître de taï-chi m’a confié que le véritable maître d’art martial est à la fois un philosophe et un mystique.  En tant que philosophe, il cultive la sagesse, en tant que mystique, il recherche la paix du cœur et de l’âme.  Possédant l’art du combat jusque dans ses moindres subtilités, il est sûr de sa force et ne craint rien.  Cette force qui est sienne, lui donne une telle assurance qu’il n’a pas besoin de se battre, le combat et les ennuis le fuient comme les moineaux s’égaillent devant la foulée du tigre.

 

La  véritable force et la véritable puissance donnent plus de devoirs que de droits et seul le fort peut-être réellement non violent ou pacifique.

Ainsi, l’Empereur est le symbole par excellence de la force et de l’autorité.  L’une de ses mains porte un globe terrestre surmonté d'une croix, tandis que l’autre porte un sceptre (et non une épée).  Ses pieds sont croisés devant lui comme s’il s’empêchait de bouger car s'il règne sur le monde (le globe), il le fait par la Sagesse du sceptre et l’autorité de l’Esprit (la croix) et non par la force du glaive et la peur.


Lorsque le Roi des rois fut crucifié, certains le mirent au défi d’utiliser le pouvoir qui était le sien en tant que Dieu incarné : « Les passants l'insultaient, hochant la tête et disant : « Toi qui détruis le sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, si tu es le Fils de Dieu, et descends de la croix ! » De même, avec les scribes et les anciens, les grands prêtres se moquaient : « Il en a sauvé d'autres et il ne peut pas se sauver lui-même ! Il est Roi d'Israël, qu'il descende maintenant de la croix, et nous croirons en lui » (Matthieu 27 ; 39-43).


Il est évident que le Christ avait le pouvoir de foudroyer ses adversaires, de les subjuguer ou de les terrasser et que s'il l'avait fait, tout le monde aurait cru.  Mais quel exemple aurait-il donné ? Quelle philosophie abjecte l’humanité en aurait-elle tiré ? Celle du fort qui écrase le faible, celle de la puissance érigée en idole, celle du dieu qui foule aux pieds ses pauvres fidèles.  Et Dieu sait que l’humanité a déjà trop tendance à tomber dans ce travers, combien l’histoire ne nous donne pas d’exemples de tyrans, hiérophantes, et autres prélats gorgés de leur puissance et en abusant sur les bases de la pyramide hiérarchique… et je ne parle même pas des patrons d’entreprise actuels méprisants leurs employés taillables et corvéables à merci.


Par sa présence dans le jeu du Tarot, la carte de l’Empereur, nous enseigne l’autorité et le bien-fondé du modèle hiérarchique mais une hiérarchie fondée sur le service et sur l’Amour et non sur la compétition, l’abus de pouvoir et le mépris.  Si Jésus appelait Dieu « son Père », ce n’est pas par machisme ou sexisme déplacé, c’est parce que Dieu présente les aspects de force et d’Amour qu’on relie à la paternité.  L’Empereur apporte la structure bienveillante de la vie et de la pensée, structure nécessaire à la réalisation du Soi et à la construction de l’harmonie.  Mais il montre également la Force infinie du pouvoir soumis à l’Amour.  Cette carte pourrait avoir comme devise « la volonté mais la volonté soumise à l’Amour ».  Car c’est seulement quand les hommes mettront leur volonté et leur force au service de l’Amour que la blessure provoquée par l’Exil pourra être guérie et que l’Univers pourra être transfiguré.  Comprendre cela, c’est comprendre la beauté infinie du sacrifice du Fils du Dieu, c’est comprendre le Mystère de la Passion.  Comprendre cela, c’est comprendre que ce Mystère ne possède en lui nulle trace de masochisme, de légalisme et qu’il est autre chose qu’une représentation sanguinolente.  Car la Passion, c’est l’expression ultime du Pouvoir et de la Force, c’est Dieu qui se donne en entier par Amour comme la Lumière subtile descend au cœur des ténèbres grossières.


Il appartient à l’humanité qui est à l’image de Dieu de ne faire rien de moins : régner par la force de l’Amour, actualiser sa fonction de prêtre-roi de la Création. 

Cela sous-entend de régner en premier lieu sur notre royaume intérieur avec fermeté mais avec également avec foi et Amour, afin de transmuter nos manquements en forces de lumière, de guérir nos brisures et de devenir des Chevaliers du Christ : « Pour finir, armez-vous de force dans le Seigneur, de sa force toute-puissante. Revêtez l'armure de Dieu pour être en état de tenir face aux manœuvres du diable. Ce n'est pas à l'homme que nous sommes affrontés, mais aux Autorités, aux Pouvoirs, aux Dominateurs de ce monde de ténèbres, aux esprits du mal qui sont dans les cieux. Saisissez donc l'armure de Dieu, afin qu'au jour mauvais, vous puissiez résister et demeurer debout, ayant tout mis en œuvre. Debout donc ! A la taille, la vérité pour ceinturon, avec la justice pour cuirasse et, comme chaussures aux pieds, l'élan pour annoncer l'Evangile de la paix. Prenez surtout le bouclier de la foi, il vous permettra d'éteindre tous les projectiles enflammés du Malin. Recevez enfin le casque du salut et le glaive de l'Esprit, c'est-à-dire la parole de Dieu. » (Ephésiens 6 ; 10-17)


L’homme est par nature le Prince de la Création mais, chargé de ramener celle-ci à Dieu, il est un prince qui se doit d’exercer son pouvoir comme un sacerdoce sacré et non comme une tyrannie.  Seulement alors la Création gémira de plaisir et non plus de douleur : « Car la création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu :livrée au pouvoir du néant — non de son propre gré, mais par l'autorité de celui qui l'a livrée —, elle garde l'espérance, car elle aussi sera libérée de l'esclavage de la corruption, pour avoir part à la liberté et à la gloire des enfants de Dieu. »  (Rom 8 ; 19-21)

 

La carte de l'Empereur est symboliquement reliée à la lettre Daleth.

Tag(s) : #Art et Culture

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