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Les lecteurs de ce blog et ceux qui me connaissent le savent, je ne rate jamais une occasion pour me dresser contre les prises de position que je juge trop réactionnaires ou fondamentalistes.  On peut s’inscrire dans le courant traditionaliste de l’ésotérisme et honnir le fondamentalisme.  Après tout, c’est bien connu, la lettre prise telle quelle tue l’esprit or c’est bien l’Esprit qu’on cherche.  Ceci étant, les religieux n’ont pas le monopole de la vue bornée et j’en connais des laïques athées convaincus qui n’ont rien à envier à Torquemada tant il mettrait volontiers sur un bûcher quiconque ose évoquer l’idée même de transcendance.

 

Parfois pourtant, on peut être surpris…agréablement et l’honnêteté intellectuelle m’oblige à le signaler et à tirer mon chapeau à Benoît XVI qui a publié, cette semaine, une encyclique que je trouve fort à propos.

 

Pour rappel une encyclique, bien que formellement destinée aux évêques, est une lettre qui s'adresse en pratique à tous les fidèles de l'Église. Une encyclique est le texte de référence sur la position de l'Église, mais sauf précision contraire, elle n'engage pas l'infaillibilité pontificale.  Le fidèle reste donc libre de ne pas suivre cet enseignement, si sa conscience le lui dicte, tout en restant dans l'Église.  Le moins que l’on puisse dire est que le Pape actuel est un homme plein de surprises et de contrastes, pouvant choquer parfois par son intolérance outrancière (notamment à l’égard des homosexuels ou de la franc-maçonnerie), son conservatisme (dialogue exclus sur le mariage des prêtres ou l’ordination des femmes) ou son manque de réalité (la fameuse histoire du préservatif), il peut manifester un sens profond de la charité que je découvre à l’instant !

 

Pour le coup, ce texte visionnaire de 65 pages sans les notes, appelé « Caritas in Veritate », traite des grandes questions de l’heure : crise économique et environnement, mondialisation et solidarité, travail et communications, droits et devoirs des citoyens de la planète et de leurs gouvernants.  Pour autant le texte n’est pas uniquement à caractère temporel puisqu’il aborde ces sujets d’une manière très spirituelle.  Ce texte propose des remèdes concrets pour notre société malade mais des remèdes se reposant sur une spiritualité solide et ouverte, une spiritualité à l’image du Christ qui est Force et Amour, Vérité et Beauté, Amour et Vérité.  Alors certes, la spiritualité en question est celle de l'Eglise Catholique (la seule vraie de vraie pour BXVI) et cette position un chouia exclusiviste va sûrement lui attirer les foudres des uns et des autres.  Mais ça, c'est l'éternel problème des religions dites révélées.... 

 

En réalité, le texte mériterait vraiment d’être débattu et réfléchi (j’y reviendrai peut-être dans les mois à venir) tant par les citoyens lambdas que part les décideurs politiques ou économiques ainsi qu’au sein des ordres initiatiques qui pourraient voir là une spiritualité appliquée (les prises de position ne sont pas sans rappeler, toutes proportions gardées, un manifeste édité il y a quelques années par un ordre rosicrucien bien connu). 

 

Voici le résumé en bref (présenté par les journalistes de la Croix) et pour ceux qui voudraient la lire dans son intégrité, c’est là que ça se passe :

 

« Dans l’introduction, Benoît XVI apporte sa touche personnelle à l’enseignement social de l’Église. À la charité, pilier traditionnel de la doctrine sociale, il ajoute celui de la vérité. Car « dépourvu de vérité, l’amour (…) devient une coque vide susceptible d’être arbitrairement remplie » au gré du relativisme ambiant…. Ainsi, « dans la vérité, l’amour reflète en même temps la dimension personnelle et publique de la foi au Dieu biblique » qui est à la fois « Charité et Vérité, Amour et Parole. » L’Église n’ayant « pas de solutions techniques à offrir », sa doctrine sociale n’est autre qu’une « annonce de la vérité de l’amour du Christ dans la société ».

« Populorum progressio », quarante ans après

Cette encyclique marque le 40e anniversaire de celle de Paul VI sur le développement des peuples : « Populorum progressio », (1967). «Caritas in veritate» entreprend un bilan réaliste de ces quarante ans, avec de nombreuses continuités dans la manière dont se pose la question du développement, qui « concerne unitairement la totalité de la personne dans chacune de ses dimensions » et est à accueillir comme une « vocation », d’origine transcendante, pour tout homme et toute société.

Or, l’humanité ne répond guère à un tel appel, entretenant des « situations de sous-développement qui ne sont pas le fruit du hasard ou d’une nécessité historique » : plus que les causes matérielles, c’est le péché des hommes qui en est responsable. Parmi les nouveautés apparues depuis son prédécesseur, Benoît XVI souligne la globalisation des rapports humains, économiques et politiques.

Face à la crise, la confiance

Si le développement « a eu lieu et qu’il continue d’être un facteur positif » pour tirer des populations de la misère et émanciper des peuples », il « continue d’être obéré par des déséquilibres et par des problèmes dramatiques, mis encore davantage en relief par l’actuelle situation de crise ». Quels problèmes ? La litanie en est aussi longue que triste : « effets délétères sur l’économie réelle d’une activité financière mal utilisée », « énormes flux migratoires »… Pour Benoît XVI, il faut que la crise devienne « une occasion de discernement » et mette les hommes « en capacité d’élaborer de nouveaux projets » : « C’est dans cette optique, confiants plutôt que résignés, qu’il convient d’affronter les difficultés du moment présent. »

La gratuité et le don

« Le grand défi qui se présente à nous », affirme le pape, c’est de montrer que « dans les relations marchandes les principes de gratuité et la logique du don peuvent et doivent trouver leur place à l’intérieur de l’activité économique normale ». L’encyclique signale l’émergence d’un secteur placé sous autre chose que la recherche du profit, de comportement de la société civile vers une « démocratie économique », et de la prise en compte de la « responsabilité sociale de l’entreprise ».

L’économie a besoin d’éthique

« Les droits élémentaires et fondamentaux d’une grande partie de l’humanité sont violés ». Droit à la vie, à la famille, à la solidarité. Le respect de ces droits a aussi des retombées bénéfiques sur le plan économique : l’économie en général a besoin d’éthique. Le texte développe longuement le droit à une juste utilisation des ressources naturelles. On retrouve là l’intérêt de Benoît XVI pour l’écologie. L’encyclique donne quelques pistes. Par exemple, « trouver des voies institutionnelles pour réglementer l’exploitation des ressources non renouvelables ». Ou encore, instaurer la solidarité des consommateurs des pays riches.

Une autorité mondiale

Ce chapitre devrait interpeller les responsables politiques des principales puissances économiques, qui étaient réunies à L’Aquila dans le cadre du G8. « Le développement des peuples dépend de la reconnaissance du fait que nous formons une seule famille ». Plus solidaire : les États développés doivent consacrer une part plus importante de leur produit intérieur brut au développement, développer un tourisme responsable, et une gestion humaine de la migration, avec une collaboration entre les pays d’origine et les pays d’accueil.

Solidarité dans le travail, avec un renforcement des institutions syndicales internationales, et une éducation des consommateurs : « acheter n’est pas seulement un acte économique, mais aussi un acte moral ». Cette famille humaine requiert aussi un minimum d’organisation. Pour Benoît XVI, il est « urgent » de réformer l’Organisation des Nations unis, tout comme l’architecture économique et financière internationale.

La question sociale est anthropologique

Pour Benoît XVI, le développement implique une certaine vision de l’homme. Et l’absolutisme de la technique trouve son expression la plus forte dans la manipulation de la vie humaine : « Comment pourra-t-on s’étonner de l’indifférence devant les situations humaines de dégradation, si l’indifférence caractérise même notre attitude à l’égard de la frontière entre ce qui est humain et qui ne l’est pas ? »

En conclusion, le pape revient sur cette affirmation qui lui est chère : l’humanisme qui exclut Dieu est un humanisme inhumain. « Le développement a donc besoin de chrétiens qui aient les mains tendues vers Dieu », dit-il joliment, un Dieu qui a fait don à l’homme de l’Amour, dans la Vérité. »

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