Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Mon site se revendiquant de l’  « ésotérisme chrétien », il était temps que je dédie une rubrique à ce sujet et pour commencer que je tente une définition de l’ésotérisme chrétien.  D’emblée, je peux dire que ce texte sera le premier d’une longue série car le sujet est complexe et pour le moins, sujet à débat.

 

Qu’est ce que l’ésotérisme chrétien ?  Alors que les Eglises chrétiennes nient officiellement, la plupart du temps, la possibilité de faire co-exister ésotérisme et christianisme, il faut faire remarquer que :

 

 Au cours des âges l’Eglise n’a jamais condamné en tant que tel l’ésotérisme mais plutôt certaines pratiques maléfiques associées (le plus souvent à tort)  à celui-ci : goétie, nécromancie, satanisme…  

 

Ces pratiques pour le moins nauséabondes (mais rares heureusement) ne furent jamais l’œuvre des ésotéristes chrétiens (ce serait le comble !) mais de différents mouvements revendiquant une allégeance à l’ « ennemi » ou d'inconscients en mal de sensations fortes.  Ennemi qui trouva d'ailleurs plus de satiété dans la soit disante chasse aux sorcières que dans les "maléfices" de celles-ci, généralement coupables non pas de sorcellerie ou d’ésotérisme mais de connaissances médicinales traditionnelles et campagnardes.

 

L'ésotérisme chrétien ne peut être assimilé à des pratiques dangereuses ou douteuses qui ne font pas partie ni de son corpus, ni de son essence profondément rattaché au Christ.  

 

Les différentes sociétés secrètes constituées pour transmettre la science ésotérique ne furent jamais en odeur de sainteté auprès des Eglises chrétiennes.  Mais là encore la critique vise plus la discipline de l’arcane ou du secret  sous prétexte que si les pratiques exercées dans ce cadre spécifique ne sont pas nuisibles pourquoi ne pas les pratiquer en pleine lumière.  C’est donc le secret qui est critiqué plus que l’ésotérisme en tant que tel. 

 

La « victoire » temporaire au sein de l’Eglise des forces légalistes (pour ne pas dire pharisiennes dans le sens symbolisé par les évangiles) a permis la création de l’Inquisition et de diverses formes d’intolérance.  Le cœur de l’Eglise s’est asséché et s’est détourné des eaux vives de la spiritualité et du mysticisme.  La conséquence fut l’exil volontaire et le rassemblement – hors de la vue des institutions – de ceux qui recherchaient à s’élever consciemment vers Dieu, qui voulaient apprendre Son langage tout de symboles, présent dans la Nature et le coeur des hommes.  Le secret ne fut jamais instauré pour protéger une connaissance factuelle (à titre d’exemple les rituels franc-maçon ont été publié depuis longtemps.).  Le secret fut instauré pour protéger l’identité des frères, soumis à l’opprobre d’une institution momentanément sclérosée.  En définitive, le seul secret est celui, non communicable, qui existe dans le cœur de celui qui expérimente la Grâce et le chemin du retour vers Dieu.

 

Par ailleurs, au cours des âges, beaucoup d’auteurs chrétiens, certains tout ce qu’il y a de plus « orthodoxes », d’autres plus hétérodoxes, ont développé une pensée ésotérique ou ont utilisé des outils provenant de l’art ésotérique.  Parmi les ésotéristes chrétiens (ou ayant nourrit l’ésotérisme), on citera brièvement (et de manière non exhaustive) : Clément d’Alexandrie, Origène, Pseudo-Denys, Boèce, Maxime le Confesseur, Isidore, Jean Scot Erigène, Grégoire Palamas, Honorius, Saint Bonaventure, Robert Grosseteste, Roger Bacon, Raymond Lulle, Vincent de Beauvais, Bartholomé d’Angleterre, John Dee, Marcile Ficin, Pic de la Mirandole, Alain de Lille, Paracelse, Guillaume Postel, Valentin Weigel, Jacob Boehme, Franz Von Baader, Louis Claude de Saint Martin, Karl Von Eckartshausen, etc…, etc… 

 

Nous voici donc face à un courant de pensée qui défie les définitions faciles : non, l’Eglise n’a pas toujours condamné l’ésotérisme en tant que tel.  Non, l’ésotériste n’est pas systématiquement en réaction contre l’Eglise ou en opposition à la doctrine chrétienne traditionnelle.    Donc oui, on peut être ésotériste et confesser la doctrine chrétienne (catholique, orthodoxe ou protestante) mais sans toutefois être prisonnier du dogme et de la forme. 

 

Mais alors qu’est ce que cet ésotérisme chrétien ? 

 

Pour commencer, on doit reconnaître que la notion d’ésotérisme est aujourd’hui, tout à fait galvaudée :

Sur les rayons des bibliothèques et des librairies, sur internet et dans les revues spécialisées, on ne retrouve que peu d’ouvrage réellement ésotérique mais la plupart du temps, beaucoup de déchets sensationnalistes mêlant extraterrestres, horoscopes, cartomancie raz les pâquerettes, complots internationaux aux relents antisémites, channeling, contre vérité scientifique et autres « prêt à s’élever cosmiquement » sont le reflet d’une société de consommation malade de son matérialisme, de son désenchantement du monde et de sa religion trop longtemps légaliste et desséchante.  Toute cette spiritualité bon marché ne peut pourtant être qualifié d’ésotérisme. 

 

Si l’on veut faire resplendir l’ésotérisme chrétien, le concept même d’ésotérisme doit être redéfini afin que les érudits, les théologiens et le grand public puissent l’appréhender à sa juste mesure et que la pensée ésotérique regagne l’écrin qu’elle n’aurait jamais dû quitter, celui du christianisme.  Car, fondamentalement cette expatriation de l’ésotérisme est un mouvement non naturel, produisant une fracture comparable à l’exil de l’homme sur Terre car, comme nous le verrons, l’ésotérisme ne saurait se passer de l’exotérisme qui en est le corps ou la gangue et l’exotérisme ne pourrait se passer de l’ésotérisme qui en est le cœur ou le noyau.

Comme le dit justement le père Jérôme Rousse Lacordaire : "L’ésotérisme chrétien se vit au sein même du christianisme exotérique ; il est l’aspect intérieur de la tradition chrétienne qui se déploie aussi selon des modalités exotériques".

 

 

        

    

Partager cet article

Repost 0