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Une femme est assise sur un trône.  De sa main droite, elle tient une épée tandis que sa main gauche porte une balance.  L’épée est bien sûr celle de la rectitude qui sied à la justice, mais c’est aussi la lame qui tranche les illusions, les préjugés, qui fait que l’être voit au-delà des apparences comme le signale le regard intense du personnage représenté.  Regard spirituel qui permet de passer par delà le voile (cfr le symbolisme de la lettre Heith à laquelle est reliée la lame de "La Justice")

La balance symbolise l’équilibre, et l’ensemble des éléments qu’il faut prendre en compte et soupeser lorsqu’on veut porter un jugement sur quelque chose.

La couronne indique que la véritable justice vient de Dieu, les hommes ne peuvent que rendre une justice limitée qu’on espère la plus objective possible mais qui ne l’est pas entièrement puisque la vision de l’homme seul est toujours limitée.

Dans cet ordre d’idée, il appartient à l’homme qui cherche à être un homme juste, d’ouvrir ses yeux mais aussi son esprit, afin de le vider des images toutes faites et d’y accueillir la Grâce éclairante.

Ce n’est que dans cet état de vision juste, que l’homme pourra être un réceptacle pour la divinité qui viendra habiter en son sein et lui faire voir la Vérité car Justice est fille de Vérité.

 

A un autre niveau de lecture, la Justice représente aussi les conséquences cosmiques de nos actes, de nos paroles et de nos actions qu’on appelle presque vulgairement « karma », tant le terme s’est popularisé dans nos contrées.  Il faut bien insister sur la conception occidentale de cette notion de karma qui, en Asie, est une force froide et aveugle de rétribution.

Or, Dieu est Amour et le soleil brille de manière identique sur les bons et les méchants.  La carte de la Justice pose donc un triple problème :

 

  1. Existe-t-il une justice immanente ?
  2. Cette justice est-elle de type karmique, froid principe de causes à effets ? Et comment la justice karmique aveugle peut-elle se combiner avec l’Amour de Dieu ?
  3. L’idée de Justice divine soulève aussitôt le problème du mal – est mauvais celui qui contrevient à la Loi divine or la loi divine c’est l’Amour. Dans cet ordre d’idée, comment comprendre la notion de jugement après la mort ou de jugement dernier, comment comprendre aussi l’idée de l’enfer et qui plus est de l’enfer éternel ?

 

Voici mes tentatives de réponse ou mes pistes de réflexions sur ces questions :

 

  1. Il peut sembler étrange de croire qu'il existe une justice divine immanente dans ce monde lorsqu’on voit le nombre de gens sans foi ni loi qui s’engraissent alors que des gens très bien crèvent la faim.  Comment combiner la croyance en la Justice divine (ou en Dieu tout court) avec les injustices criantes qui sclérosent le monde ?
  2. J’aurais tendance personnellement à croire au karma mais à un karma tempéré par l’incommensurable Amour divin.  Somme toute, si karma il y a, il faut sans doute l’envisager comme une balise censée nous ramener au bercail en nous protégeant de nous-même et de nos pulsions de mort. 
  3. Je suis profondément persuadé que cette notion de Jugement Dernier ou post-mortem est une profonde erreur.  Dieu ne juge pas, Dieu aime.  Et Son Amour embrase les scories de l’âme, purifie le méchant et le rend pareil à un éclat de soleil.  Par Amour, Dieu nous a donné la liberté car on ne peut aimer que dans la liberté.  L’unique sens de notre vie est de nous ouvrir à Son Amour, de nous en rendre conscient.  Dieu n’est pas en face de l’Homme comme un juge, mais avec l’Homme dans un projet commun.  L’Homme est amené à participer à la construction de la Jérusalem Céleste dans un projet eschatologique grandiose, qui nous mènera de la Réconciliation à la Réintégration.  Dans cet ordre d’idée, faire le Bien, c’est participer pleinement et en conscience à la construction de ce projet, le mal étant tout ce qui l’entrave.  Or, le mal n’est pas en l’homme fondamentalement, il vient de la Chute.  Et la Chute, c’est se retirer volontairement de l’influence divine.  Donc le mal est l’éloignement du Bien.  Autrement dit le juste est celui qui suit la voie le ramenant à son origine divine et le mauvais est celui qui s’en éloigne.  L’un comme l’autre vivent les conséquences de l’endroit où ils se trouvent (plus ou moins éloignés ou proches de Dieu), la Justice ne cherchant qu’à ramener les égarés en son centre où réside Dieu. 

Ainsi l’enfer existe bien car celui qui s’est coupé totalement de Dieu vit dans l’espace glacé privé de Dieu et prisonnier de la fournaise de ses passions.  Dans cet état malheureux, la moindre seconde a valeur d’éternité, ce qui nous mène à l’idée d’enfer éternel.  Comme le soulignait Berdiaiev : « L’enfer est l’état d’une âme qui est incapable de sortir d’elle-même, centrée absolument sur elle-même, le sombre et mauvais isolement, c’est-à-dire l’impuissance finale d’aimer. »

Tag(s) : #Art et Culture

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