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Pays-de-galles-106.jpgRien n'est jamais achevé. Nous sommes des pèlerins de passage, des chevaliers errants en quête perpétuelle du Graal, des œuvres d'art dont la matière brute demande à être à jamais travaillée, des roses cherchant désespérément le soleil pour s'épanouir.

Le Carême qui commence n'est pas un moment triste et pénible fait de privations morbides, de repentances culpabilisantes et de névroses érigées en « sainteté ». Mal compris, les notions de jeûne et de repentance font l'inverse de l'effet recherché qui est de donner une nouvelle impulsion à notre évolution. Car le carême est encore moins l'observance d'une quelconque loi divine ou d'une arbitraire obligation religieuse. Le concept de loi et d'obligation est étranger au christianisme où le concept de liberté est central : « Vous en effet, mes frères, c’est à la liberté que vous avez été appelés » (Ga 5 ; 13)

En réalité, le Carême qui commence est un symbole dans le sens noble du terme, c'est-à-dire une occasion de prise de conscience, un acte concret qui est le signifiant d'un signifié beaucoup plus large. Une opportunité de mener consciemment un combat aussi.

 

Symbole parce que de passage dans ce monde, nous marchons vers notre Pâques, c'est-à-dire vers le Royaume et la Vie. Les cycles de l'année et les fêtes liturgiques sont des réactualisations symboliques mais non moins réelles des événements vécus par chaque âme dans son individualité mais aussi dans sa reliance aux autres. Comme aimait à le dire Alexandre Schmemann : « Avant tout le carême est un voyage spirituel et sa destination est Pâques »1

 

Mais il est vrai que nous vivons encore dans un monde de combat où règne, en apparence, les forces du chaos et de l'entropie, où le sentiment d'absurde s'impose parfois violemment dans les vies et les consciences. Le carême est donc l'occasion de mener consciemment un combat spirituel sur les trois plans de l'existence : le corps, l'âme et l'esprit afin de les préparer à leur inscription dans l'éternité.

 

Combat spirituel sur le plan du corps : le jeûne. L'homme est un tout, corps, âme, esprit. Créatures hybrides, entre les anges qui sont purs esprits, et la dense matière, nous sommes le lien entre le monde spirituel et le monde matériel. Loin d'être mauvaise, la matière dont nous sommes issus doit être raffinée et épurée. Notre corps, temple de l'Esprit, doit être préparé afin d'être transfigurée et devenir le corps de lumière qu'il est ontologiquement. Aussi, le jeûne n'est pas une privation débilitante mais une préparation à accueillir l'Esprit. Un corps sportif, sain, musclé et reposé est plus vif, plus en alerte, plus présent à la Vie. L'énergie vitale, qui est une forme de la vie de l'Esprit Saint, y circule mieux. Le carême est l'occasion de revoir notre hygiène de vie et de fortifier notre Temple.

 

Combat spirituel sur le plan de l'âme : la repentance. Tout comme ceux qui affaiblissent leur corps par les privations font en réalité l’œuvre de l'Ennemi en minant les fondations de leur Temple, de même, ceux qui tombent dans la haine masochiste d'eux-mêmes participent à la destruction de la Lumière dans le monde. Pas de repentance donc dans son sens destructeur, mais une sérieuse et consciente remise en question. Que puis-je faire pour évoluer ? Que puis-je changer dans mes pensées, mes paroles ou mes actes pour qu'ils deviennent plus digne de l'héritage divin que je porte ? Comment puis-je transmuter mes défauts en leur qualité opposée ? Quels sont les chaînes qui m'empêche de m'élever vers le Ciel et dont je dois me défaire ? Comment puis-je être davantage le reflet de l'amour divin ? Comment puis-je être réellement (et non superficiellement) heureux et faire partager ce bonheur à mes proches ? Comment puis-je participer à la construction d'un monde plus juste, plus réellement humaniste, plus beau, plus sage ? Comment puis-je réparer le tort que j'ai commis volontairement ou par inadvertance ? Autant de questions à se poser, autant d'occasions d'installer en soi une dynamique de conversion perpétuelle. Conversion, c'est-à-dire un mouvement de l'âme qui va chercher à chaque instant à se tourner davantage vers Dieu, à chercher davantage le dialogue avec Lui, à lui crier sans cesse son amour et à s'ouvrir à la rosée céleste que le Bien Aimé dépose en permanence en son cœur.

 

Combat spirituel sur le plan de l'esprit : la prière. Célébration des quarante jours passés dans le désert par le Christ afin de préparer à sa mission, le carême est le moment d'implanter dans notre vie une hygiène de l'esprit, c'est à dire un moment quotidien de prière. Que chaque jour soit l'occasion d'un tête à tête ou pour mieux dire, d'un cœur à cœur, avec Jésus Christ. Petit à petit, qu'on installe ce dialogue permanent avec le Ciel, qu'on gagne en familiarité avec le Christ, avec l'Esprit, la Mère de Dieu, les Saints ou son ange gardien. Le monde de l'invisible est réel et présent, prêt à nous aider, à nous soutenir et à nous parler. Une manière aussi de se débarrasser du superflu et de l'inutile qui encombre notre existence. Dieu a prévu une mission pour chacun d'entre nous afin que nous participions à notre petit niveau à l'établissement de son Royaume, le carême est le moment de nous recentrer sur notre vocation personnelle profonde.

 

Le Carême est un voyage spirituel au cœur de nous-même à la recherche de la Source de Vie, le moment de nous débarrasser du manteau du vieil homme, perdu que nous sommes quelque part entre l'Alpha et l'Omega. Symbole de toute notre vie où nous sommes en route vers notre accomplissement et en attente des Noces Divines, le Carême est un nettoyage intérieur et une invitation lancée par notre âme à l'Ineffable.

 

Mais surtout, le carême est une période de joie car la détermination d'acier qu'elle implique n'a d'autre but que de mener à la paix profonde d'une vie vécue en compagnie du Christ.

La destination du carême est Pâques, c'est-à-dire la victoire de la Vie sur la mort et la destruction de celle-ci. Mieux encore, Pâques est la célébration de la Vie éternelle, de la Grâce donnée gratuitement à chaque personne par Dieu fait chair. A Pâques, la joie éclate : « Que vous ayez jeûné ou non, réjouissez-vous aujourd’hui. La table est préparée, goûtez-en tous; que nul ne s’en retourne à jeun. Que nul ne se lamentresurrection-jesus-christ-lavie.jpge sur ses fautes, car le pardon a jailli du tombeau. Que nul ne craigne la mort, car celle du Sauveur nous en a délivrés: il l’a fait disparaître après l’avoir subie. Il a dépouillé l’Enfer, celui qui aux Enfers est descendu. Ô Mort, où est ton aiguillon? Enfer, où est ta victoire? Le Christ est ressuscité, et toi-même es terrassé. Le Christ est ressuscité, et les démons sont tombés. Le Christ est ressuscité, et les Anges sont dans la joie. Le Christ est ressuscité, et voici que règne la Vie. » (Saint Jean Chrysostome, Homélie sur Pâques) 

 

PHOTO : "Path to Snowdownia" copyright Odalis Duncan


1Le Grand Carême, Alexandre Schemann, Abbaye de Bellefontaine,1974

Tag(s) : #Théologie et spiritualité

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